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Pratique

Comment réagir face à l'insolence ? Témoignage d'une prof qui en a vu passer !

Peggy Chrétien Anselmo
15 mars 2019 10:08
5 mn

Dans mon collège, l'insolence n'est pas une situation exceptionnelle et il faut bien apprendre à gérer. Bien sûr, il y a pléthore de punitions à notre disposition pour répondre à l'insolence d'un élève : on peut le coller, faire un rapport, l'exclure de cours, le faire exclure une journée ou deux du collège. On peut aussi l'envoyer en entretien auprès de la CPE, de la direction et/ou contacter les parents pour les informer. Tout ça marche aussi en primaire avec le bureau du directeur ou de la directrice, la classe d'à côté…

Tout cela est valable, il faut s'en servir et à plus forte raison quand l'insolence est récurrente. Ceci dit, ce n'est pas toujours si simple et surtout, ce n'est pas toujours adapté et efficace face à l'insolence. Je voulais ici partager avec vous quelques souvenirs pour rendre compte de la complexité de certains cas et des réactions qui ont été les miennes.

« De toute façon, t'es nulle, on comprend rien à ton cours pourri ! »


Quand l'insolence cache la colère et le mal-être

Rayan est un élève de cinquième. C'est la deuxième année que je l'ai en classe de français (le pauvre !). Il est volontaire mais son niveau est très faible, en particulier en compréhension et en lecture. Il est souvent en décalage avec la classe. J'adapte pour lui certains contenus et démarches mais pas tout. Toutefois, il reste souriant et mobilisé, ce que je trouve admirable.

Vient un jour de février où je rends une évaluation qu'il a ratée ; il est déçu mais travaille à la correction comme les autres. Nous passons ensuite à un autre travail sur la compréhension d'un texte et lorsque je lui donne la parole pour répondre à une question, il répond à côté. Je lui explique pourquoi il a mal interprété le texte et tout à coup il entre dans une colère noire, range toutes ses affaires et se met à crier dans la classe : « De toute façon t'es nulle, on ne comprend rien à ton cours pourri ! ».

Stupéfaction parmi les élèves. J'avoue que je reste coi pendant dix secondes, moi aussi un peu éberluée. À ce moment-là, je sais que toute la classe attend de voir comment je vais réagir. Je sais que je peux l'exclure pour ses propos déplacés mais, derrière son insolence, me saute à la figure sa souffrance d'élève en échec. Je lui ordonne de se rasseoir, de sortir ses affaires et de venir me voir à la fin de l'heure pour discuter de son attitude inacceptable.

Lorsqu'il vient me voir, il est toujours très fermé, il a aux yeux des larmes de rage. Je lui dis que je refuse qu'il s'adresse à moi de cette façon, mais que son comportement inhabituel me laisse à penser qu'il ne va pas très bien. Je sais que l'école est un monde un peu difficile pour lui et que je lui laisse jusqu'au lendemain pour réfléchir à tout cela et revenir me voir.

Il est venu le lendemain avec des excuses sincères. Il a aussi réussi à dire un peu de ce qu'il avait sur le cœur, a promis que cela ne se reproduirait plus et il a tenu parole jusqu'à la fin de l'année. Ce jour-là, je me suis dit que j'avais eu raison, qu'à fait exceptionnel, réaction exceptionnelle et qu'une punition ou demande de sanction n'aurait fait qu'enfoncer un peu plus Rayan et peut-être créer un hiatus conséquent entre nous.

Prendre le contre-pied de l'insolence

Matthéo est un élève de sixième arrivé en cours d'année. C'est son troisième établissement, il a déjà eu deux conseils de discipline... Autant vous dire que je l'accueille en classe avec une certaine appréhension du genre « Mais qu'est-ce qu'il va nous faire celui-ci ? ». Il se révèle être un élève très futé et qui semble aimer les cours de français. Les semaines passent et « ça tient », il ne fait pas les devoirs mais participe et travaille en classe. Je sais qu'en Vie Scolaire il est difficile à gérer, je sais qu'il vit une situation familiale très compliquée mais bon, au moins, lorsqu'il passe le pas de ma porte, il joue le jeu du cours.

Dans le cadre de notre séquence, je décide de faire faire à la classe un poème collectif, le thème est défini (l'amitié), nous avons travaillé les notions de base de versification et nous nous lançons. Chacun en va de sa proposition pour faire avancer le poème de vers en vers. Bref tout roule. Matthéo veut s'y coller, je lui donne la parole, il a l'attention de ses camarades et là, il nous soumet, avec un naturel à toute épreuve « L'amitié, c'est se rencontrer, partager mais attention tout de même de ne pas se faire enculer ! ».

« Je me dis qu’il cherche à m’énerver et à se faire virer de cours. »


Bouches ouvertes, yeux écarquillés dans l'assistance ! Dans ma tête une alarme clignote « QUOOUUU - WA ?! J'ai bien entendu !! Ah oui, j'ai bien entendu... » Mon premier réflexe est de me dire que je vais le faire sortir du cours et dans la même seconde, je me dis qu’il a dû mettre en place cette situation des dizaines de fois, qu’il cherche à m’énerver et à se faire virer de cours.

Je choisis alors de prendre le contre-pied de ces attentes, je fais un effort presque surhumain pour rester calme et je prends la classe à partie sur la validité ou non du vers proposé et sur les raisons de son caractère inacceptable. Bref, je m’occupe d’abord des autres avant de me pencher sur Matthéo.

Puis je reviens vers lui et l’interroge : « Est-ce approprié de dire le mot “enculer” au professeur, dans le cadre d’un cours et d’un travail collectif ? Est-ce que cela entre vraiment dans ta vision de l’amitié ? Est-ce que tu penses une seconde que je vais faire semblant de croire que tu l'as dit sans t'en rendre compte ? Quel est l’objectif de ta démarche ? »
Puis je lui demande de s’excuser auprès de la classe et de moi, ce qu’ il fait et nous reprenons le travail collectif. Après ce cours, j’ai fait un rapport informatif pour signaler cet incident mais je n’ai pas demandé de sanction.

 

"« Il peut parfois être intéressant de différer l'action et la prise de décision pour laisser retomber l'émotion. »


On peut en retenir quoi ?

À travers les deux exemples que je vous ai livrés, on voit bien que de nombreux enjeux se cristallisent autour de l’insolence : le regard de l’ensemble des élèves sur le professeur (que va-t-il faire ?) et aussi le repositionnement du cadre auprès de l’élève insolent. Mais il est difficile d’imposer ou de s’imposer un fonctionnement systématique à tous les cas. Parfois, vous pouvez laisser votre cerveau de côté laisser parler votre instinct. Celui qui vous dit que face à la situation que vous vivez, ce n'est pas comme d'habitude. Qu'il serait pertinent de s’adapter, de composer, et d'inventer quelque chose. Évidemment, le temps de réaction est très court. Il peut donc parfois être intéressant d'opter pour une réaction qui marque votre désaccord voire votre colère et de différer l'action et la prise de décision pour laisser retomber l'émotion. Parfois ça passe... Parfois ça casse... C'est ça qu'il faut accepter, même si c'est le plus dur ! 


Peggy, professeure de français au collège

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Commentaires

  • Cora — 22 janvier 2021 00:24

    Bonjour, je vous remercie pour cette article dont la lecture m’a aidé à récupérer une classe très compliquée, que je croyais perdue. J’ai préparé un tableau à remplir anonymement par chaque élève, lors d’une heure de vie de classe (je ne suis pas la PP, mais elle était nécessaire), afin qu’ils puissent réfléchir pour prendre ensuite la parole s’ils le souhaitaient. Le résultat a été très positif et ce grâce à votre blog que j’ai pu mener à bien ce travail. Merci beaucoup.

  • François — 30 janvier 2021 11:14

    Bonjour, Merci pour cet article utile et qui rend compte des principes à mettre en oeuvre en pareil cas. Enseignant en lycée, je dois parfois gérer des débordements d'élèves totalement démotivés. J'avoue que je suis parfois désemparé parce que ces élèves n'ont, selon eux, "plus rien à perdre". Du coup, ils vont se lâcher dans le style "votre cours est nul, etc.". Avec des élèves qui ne sont pas (jamais) au travail, je me demande bien quelle attitude pertinente adopter. Pour ceux qui étudient, je rejoins totalement les réactions décrites dans l'article.

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