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Faire de la pédagogie de projet en anglais en 4 étapes

Lycée7 min
Alexandra Zonina
Alexandra ZoninaProfesseure d'Anglais-Lettres en lycée pro depuis 3 ans

Quand j’ai commencé à enseigner, on m’a tout de suite parlé de pédagogie de projet - surtout lors de la formation en MEEF. On a d’ailleurs passé beaucoup de temps sur la notion : la question était de savoir comment faire un projet réaliste et réalisable avec les élèves, et que l’anglais y soit réellement nécessaire (pas simplement de la traduction). 

Ça sonne merveilleux, un projet avec les élèves, quelque chose de concret qui les accroche ! C’est super oui, en tout cas, moi c’est ce qui me motive dans ce métier ! La question, c'est : comment faire ? Je ne voyais vraiment pas comment c’était possible avec les niveaux de mes élèves et les périodes de stages qui font que je ne les verrai pas pendant un certain temps.

l'essentiel

La pédagogie de projet, c’est quoi ?

  • On doit partir d’un besoin de savoir et non pas de ce que l’on veut que les élèves sachent. Ce sont eux qui doivent être demandeurs, ce qui les oblige à utiliser la langue cible.
  • Les élèves utilisent les compétences du XXIème siècle telles que la pensée critique, la communication, la collaboration et la créativité.
  • Faire de la pédagogie de projet veut aussi dire intégrer le choix de l’élève dans le processus.
  • Utiliser le CECRL pour évaluer par compétence. Pour en savoir plus, voir des articles ici et ici.

Étape 1 - Penser la structure de son projet 

La première image qu’on m’a donnée pour expliquer plus précisément ce qu’est la pédagogie de projet, c’est celle de la maison. La question qu’on doit se poser c’est : de quoi est-ce que j’ai besoin pour construire la maison ?

  • Le plan : Le projet, il faut essayer de l’établir avec les élèves - et donc quelle sera la tâche finale, sous quelle forme ? Quelles en seront les critères d’évaluation ? De quoi a-t-on besoin pour que la maison tienne debout ?
  • Les fondations : Le vocabulaire, la grammaire. Pour pouvoir faire des phrases, s’exprimer à l’écrit à l’oral.  Le travail de groupe en fait partie - qui travaille mieux avec qui. Soit par niveau, soit mélangés avec des “tuteurs” qui peuvent guider leurs camarades.
  • Les pièces : On met en place  le contenu,  la mise en page, les vérifications, c’est là que chacun y met de sa patte et que le projet prend forme.
  • Le toit : Relecture et préparation à la tâche finale.

 

Cette image me permet de faire une séquence toute en progressions. Chaque étape est censée provoquer le besoin de la suivante. Si notre tâche finale est bien pensée, on devrait presque entendre : "Mais madame, on sait pas faire ça !"...  Eh bien justement, on y arrive ! 

On avait prévu le besoin, mais la nécessité vient de l’élève. On trouve ensuite les ressources adaptées pour chaque étape. Un conseil : téléchargez les vidéos ou audios en avance, en cas de problème avec Internet ou autre.

pistes d'action

Voici un exemple concret :

 

Projet : Envoyer un e-mail au comité olympique pour faire la pub de sports qui ne sont pas encore au catalogue. Write an email to the Olympic Committee to suggest a sport.

 

Fondations : Prendre connaissance des sports qui existent déjà : je leur ai fait découvrir des jeux typiquement anglais ou américains, également pour le côté culturel. À la suite de quoi les élèves choisissent un jeu qui leur plaît et qui n’est pas au catalogue.

À la lecture des textes concernant les jeux,  il a été nécessaire pour les élèves de connaître le mode impératif pour expliquer les règles (grammaire) du jeu qu’ils avaient choisi, mais également de travailler sur les arguments (vocabulaire). Cette étape a été l’occasion de TICE ( à savoir faire des recherches en salle informatique pour avoir des informations concrètes sur leur jeu pour pouvoir ensuite en parler dans leur e-mail).

 

Pièces : Pour pouvoir faire un e-mail, il a été nécessaire de leur donner des exemples et d’apprendre les différentes formulations (mise en place de la pièce - du cadre), puis mise en  place des arguments et des informations trouvées lors des recherches. A ce point les élèves se sont départagés des tâches: celui qui cherche les informations, celui qui écrit et celui qui relit.

 

Toit : La première version de l’e-mail a été corrigée entre les élèves puis par moi. Le deuxième e-mail a servi d’évaluation. Les dernières retouches ont été réalisées puis l’e-mail a été envoyé à la commission (et ils ont répondu !).

Étape 2 - Choisir son projet

Le tout, c’est de trouver une idée de projet qui nous motive. S’il peut motiver nos élèves, c’est encore mieux ! Il peut être lié au projet d’établissement : par exemple, organiser des événements durant la semaine des langues. Il peut aussi faire appel à des partenaires extérieurs, en lien avec un musée ou d’autres organisations.

Quand j’ai commencé et que je savais que j’étais là que pour un an, j’ai opté pour des projets simples, comme l’organisation d’une journée spécifique, l’envoi d’e-mails ou des expositions au CDI. Ces projets impliquent de pas trop devoir demander une implication aux collègues, des autorisations ou autres, ce qui peut nécessiter de mieux connaître l’équipe ou les rouages et les spécificités de l’établissement.

Puis, j’ai enfin eu un poste fixe : j'ai pu penser à des projets plus conséquents. Mais même en étant contractuel, il arrive qu’on reste plusieurs années consécutives dans le même établissement. C’est le moment d’être un peu plus ambitieux : on peut essayer de prévoir des projets de plus grande envergure.

pistes d'action

Quelques exemples de projets : 

  • Envoyer un e-mail au Comité des jeux olympiques en faisant la pub des sports qui ne figurent pas au catalogue.
  • Participer au concours des langues vivantes.
  • Faire une vidéo promotionnelle de sa filière (le genre de projet qui peut aussi se faire en Chef d’oeuvre).
  • Organiser une semaine américaine au lycée, avec des choix de films ou des dégustations. Les élèves travaillent sur certaines étapes en anglais, et d’autres où c’est plus transversal (organisation, autorisation gestion de l’événement, etc.).
  • Ma collègue avec vingt ans d’expérience a fait un projet beaucoup plus long. Elle a fait en sorte que les élèves téléphonent sur une ligne d’écoute à Chicago pour les personnes désirant faire une fuite. Évidemment, les personnes étaient prévenues. En amont, les élèves avaient préparé le scénario, désigné les porte-parole, etc.
  • Une semaine du goût, où les élèves rédigent les recettes, trouvent des partenaires pour fournir les ingrédients nécessaires, etc. Ce genre de projet suppose qu’on connaît bien les élèves, qu’on les a suivis.

Une fois le projet trouvé :

  • Rédiger chaque étape, par exemple découvrir la thématique (généralement brainstorming) ; faire une compréhension écrite qui parle de la thématique ou une compréhension orale ; travailler sur le vocabulaire / grammaire nécessaire à la thématique.
  • Prévoir l’évaluation formative, puis sommative (l’évaluation intermédiaire et finale).
  • Voir comment et si vous voulez intégrer vos collègues pour en faire un projet transversal ou transdisciplinaire.

Étape 3 - Évaluer les besoins des élèves 

Ce que j’entends en formation… en anglais, en LP, on travaille à partir de deux thématiques principales : la vie quotidienne et la vie professionnelle. Le projet peut donc facilement s’inscrire dans les deux, toujours penser à cette idée qu’il doit être réaliste voire réalisable. L’idée, c’est qu’il faut qu’il y est un produit fini dans l’idéal. On essaye de toujours partir du besoin des élèves, de quoi ont-ils besoin pour réussir. 

… VS sur le terrain : en LP, le niveau des élèves peut être faible. Les niveaux d’ailleurs sont aussi nombreux que le nombre d’élèves dans la classe, et pour que tout le monde puisse trouver sa place dans le projet, j’essaye d'évaluer par compétences. Par exemple, celui qui va trouver les idées (faire des recherches - compétence TICE) , un autre qui va écrire (compétence en écriture et donc en syntaxe et mise en page), et un troisième qui va pouvoir passer à l’oral (capable de restituer et de présenter le travail qui a été fait en groupe - celui qui est le moins timide). 

Ce système permet à la fois de différencier et de s’assurer que tout le monde dans le groupe fait sa partie du job, ainsi que de trouver un moyen de contrer la timidité des élèves face à la participation orale ou au passage à l’oral devant la classe. D’ailleurs, si vous avez la chance d’avoir des classes dédoublées, le passage à l’oral se passe mieux en demi-groupe. On est bien d’accord qu’on ne peut pas faire ça tout le temps, mais on essaye de le faire le plus souvent possible. 

Il faut dans tous les cas des évaluations individuelles. Lors des évaluations intermédiaires, vous pouvez demander des écrits et ou des passages oraux individuels, car dans tous les cas il faut pouvoir suivre les progrès des élèves dans chacune des compétences.

pistes d'action

  • Procédez à un test de niveau (Qioz est un excellent outil, disponible sur l’ENT). Les élèves passent le test et ont ensuite accès à des ressources en anglais qu’ils peuvent consulter pour progresser en vocabulaire, grammaire et compréhension orale. Sur les établissements où cette application est disponible sur ENT, vous pouvez également vous y connecter et programmer des tests de niveaux, programmer des devoirs, etc. Cela vous permettra par la suite de faire des groupes de niveau.
  • Si vous avez des heures en demi-groupe, faites du pair work ou des ilôts de niveaux. Cela fait travailler les élèves sur l’expression orale en continu (pour le pair work) et sur la médiation ou le tutorat (pour les groupes de niveaux).
  • Essayez, le plus possible, de concevoir des évaluations différenciées. On est bien d’accord qu’on ne peut pas faire différentes évaluations à chaque fois, mais au fur et à mesure, quand vous connaissez les élèves, vous pouvez vous centrer sur des points spécifiques de leur présentation ou écrits.
  • Au fur et à mesure des tâches, des activités que vous proposez, les élèves vont vous demander eux-mêmes le vocabulaire. Vous pouvez durant l’activité circuler dans les rangs et en profiter pour faire le point avec les élèves.
  • Sans rien changer à votre pratique, testez-vous sur le prochain texte que vous proposerez à vos élèves. Identifiez leurs difficultés, catégorisez-les pour faire émerger les sujets d’amélioration.
  • Proposez à vos élèves des exercices de remédiation avec un plan de travail individualisé, à réaliser sur une heure de cours ou sur des fins de cours selon votre organisation. Une fois cette logique intégrée, vous ne pourrez plus vous en passer !

Étape 4 - Choisir les supports pour travailler les compétences écrites et orales 

La pédagogie de projet doit aussi prendre en compte la préparation au CCF. Au cours de vos séances, vous devez donc travailler les 4 compétences : 

  • la production écrite et orale (écrit en anglais et passage à l’oral de 15 min en terminale) ;
  • la compréhension écrite et orale (compréhension d’un document écrit et d’un audio, avec compte-rendu à faire en français) ; 
  • évidemment, la médiation entre élèves dans chacune de ces compétences.

 

N’oubliez pas qu’on préfère des documents authentiques (personnellement, je n’utilise presque plus les manuels. Ils restent utiles pour des liens/ images). Utilisez des sites anglophones, le document ne doit pas être didactisé. Par contre, pour la compréhension écrite, vous pouvez couper dans le texte pour le raccourcir.

pistes d'action

  • Piocher vos audios sur Streamglish, British council ou sur des sites d’information. Vous pouvez en trouver sur des sites anglophones et ensuite les couper avant de les utiliser en classe.
  • Utiliser les textes utilisés pour les CCF les années précédentes. Sinon, toujours la même règle : essayez d’aller trouver un extrait d’article, de commentaire pour la thématique que vous avez choisie. Par exemple, j’ai utilisé le site Rotten tomatoes pour travailler sur le synopsis et la rédaction d’avis sur les films.

J’adore le principe de projet : je trouve que ça donne un champ des possibles énorme. En plus, vu qu'en LP, il y a les chefs d'œuvre et la co-intervention, ils peuvent s’y insérer tout naturellement. Le chef d'œuvre est certes un projet à part entière, mais rien ne vous empêche de traiter le même sujet pour faire un projet qui s’y prête et que les élèves peuvent utiliser. Tout dépend des collègues, de l’établissement. Plus vous connaîtrez les rouages de votre établissement, plus vite vous repérerez les collègues avec qui ça marche bien, plus vos projets pourront prendre de l’ampleur ! 

 

Alexandra Zonina, professeure d'anglais et lettres en lycée pro depuis 2019

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