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Construire une intervention sur les CPS en classe efficace

Cycle 1 à 34 min
Élodie Mirow
Élodie MirowDirectrice d’école primaire depuis 2016

Développer les compétences psychosociales de nos élèves de primaire, c’est bien. Le faire efficacement et durablement, c’est mieux ! 

Comment savoir si une intervention en CPS est réellement adaptée ? Cet article vous propose un éclairage théorique rapide, et surtout des pistes concrètes pour passer à l’action !

Qu'est-ce qui rend une intervention sur les CPS vraiment efficace ?   

Le développement des compétences psychosociales (CPS) est devenu une priorité dans de nombreux systèmes éducatifs. L’OMS (1993) définit les CPS comme :

« la capacité d’une personne à répondre efficacement aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne ». 

Cela inclut l’empathie, la gestion des émotions, la communication, la pensée critique, ou encore la résolution de problèmes.

Toutes les interventions sur le sujet se valent-elles ? 

Certaines activités, même bien intentionnées, manquent de structure, de continuité ou d’adaptation aux élèves. La recherche en éducation (notamment les travaux de Weissberg et Durlak de 2011) met en avant 4 grands principes d’efficacité pour une bonne intervention en classe.

l'essentiel

Les principes sont regroupés sous l’acronyme SAFE :

  • Séquentielle : l’intervention suit une progression structurée.
  • Active : les élèves sont impliqués activement (jeux, mises en situation).
  • Focalisée : les objectifs sont clairement définis.
  • Explicitée : les compétences visées sont identifiées, verbalisées, évaluées.

Ces interventions sont d’autant plus efficaces lorsqu’elles sont intégrées dans la vie de classe, portées par les adultes de confiance, et menées dans un cadre sécurisant et bienveillant. Autrement dit, la qualité relationnelle, la cohérence pédagogique et l’inscription dans la durée sont aussi essentielles que le contenu de l’atelier lui-même !

Comment mettre en œuvre une intervention dans sa classe ?

1 - Clarifier les objectifs et les compétences ciblées

Avant toute chose, identifiez précisément la ou les compétences que vous souhaitez travailler : est-ce la gestion des conflits ? L’affirmation de soi ? La coopération

Évitez les objectifs vagues (comme "nous allons travailler sur les émotions") au profit de formulations précises : "je souhaite aider les élèves à reconnaître et nommer 5 émotions de base".

2 - Structurer une séquence dans le temps

Une intervention efficace ne se limite pas à une séance isolée. Elle s’inscrit dans une séquence de plusieurs séances, idéalement hebdomadaires, avec des temps de retour et de réactivation.

Un exemple de déroulé de séances

  • Séance 1 : identifier les émotions à partir de la lecture d’un album jeunesse.
  • Séance 2 : les relier à des situations vécues lors d’un débat à visée philosophique.
  • Séance 3 : apprendre à exprimer ses émotions par la parole, lors de mises en situation.
  • Séance 4 : écouter et comprendre les émotions des autres, avec des saynètes pour mesurer l'émotion de l'autre dans une situation vécue et racontée lors de la séance 3.

3 - Mobiliser des méthodes actives et coopératives

Favorisez les jeux de rôle, les récits personnels, les débats mouvants, les dessins, les jeux coopératifs… 

Ces modalités permettent aux élèves de vivre les compétences plutôt que de simplement les entendre expliquées. Ainsi, ils les vivent à travers leur corps et les intègrent totalement.

deux exemples de rituels

  • Le feu d’émotions. En maternelle ou élémentaire, chaque élève dépose une carte ou un objet qui symbolise son ressenti du jour, et le groupe peut réagir avec empathie et bienveillance.
  • Les bocaux des émotions. Chaque jour, les enfants déposent un bouton ou un jeton de la couleur correspondant à leur émotion du moment dans un bocal correspondant à cette dernière. 
    Les bocaux, petit à petit, se remplissent. Au fil de l’année, cette visualisation collective permet, lors de temps d’échange ou de débats, d’identifier les émotions dominantes et, si nécessaire, de les interroger pour mieux les comprendre et les ajuster ensemble.

4 - Créer un climat de confiance propice à l’expression

Les CPS s’enseignent dans une atmosphère de sécurité émotionnelle. Cela passe par un cadre clair et une posture d’adulte bienveillante, disponible, non intrusive, avec des règles sur le respect de la parole de l'autre.

par exemple...

Pour travailler l’affirmation de soi :

  • commencez par des situations fictives (marionnettes, BD muettes, ou de situations anonymes de cour par exemple), avant de passer à des situations vécues, pour préserver la pudeur des élèves et les mettre en confiance.

L'enfant peut se reconnaître dans ses situations et ainsi déjà trouver des solutions à ses questionnements.

5 - Relier les compétences à des situations concrètes

Pour que les apprentissages fassent sens, ancrez-les dans des situations réelles, sans jamais nommer d'élèves : disputes dans la cour, projets de groupe, gestion des émotions en cas d’échec… Invitez les élèves à transférer ce qu’ils apprennent dans leur quotidien.

deux exemples d'activités

  • Utilisez des “fiches réflexes” plastifiées, avec les étapes de gestion d’un conflit, à consulter en autonomie ou avec l’aide d’un pair comme autour des messages clairs. 
  • Réalisez des jeux types mémory avec la situation problème, que l'on associe à la solution trouvée par le groupe. En maternelle , il peut s'agir de photographies.

6 - Observer, réguler, valoriser les progrès

L’évaluation en CPS n’est pas une note. Elle repose sur l’observation, les retours réflexifs des élèves, les auto-évaluations (si on les questionne). Il est essentiel de valoriser les efforts, même si les résultats ne sont pas encore stabilisés.

par exemple...

Mettez en place un mur des CPS, sur lequel les élèves peuvent déposer un post-it quand ils ont réussi à résoudre un conflit ou aidé un camarade. 

Comment impliquer les adultes et ancrer les CPS dans la vie de l’école ?

Les CPS ne peuvent être portées uniquement par l’enseignant·e. Plus les adultes sont alignés sur les mêmes valeurs et les mêmes outils, plus les élèves développent des compétences transférables.

Autrement dit : une école qui développe les CPS est une école qui apprend à mieux vivre ensemble, dans toutes ses dimensions !

trois exemples d'actions

Vous pouvez :

  • Échanger avec les équipes (ATSEM, AESH, animateurs périscolaires) autour d’une posture commune lors de réunions.
  • Afficher les règles de communication positive dans différents lieux.
  • Créer des temps collectifs (cercle de parole, médiation par les pairs).

 

Élodie Mirow, professeure des écoles et directrice d’école depuis 2016 - @hello_teacher_elo

Sylvie Knoch, professeure des écoles en maternelle depuis 1991

Nous vous proposons un rapide quizz pour tester vos connaissances sur des interventions en classe :

alors, safe ou pas safe ? je me teste sur des cas pratiques