Chronique : les profs en janvier, une étude sociologique par Monsieur Z
Janvier n’est pas un simple mois à cocher sur un calendrier. C’est un test de résistance. Officiellement reconnu mois le plus long de l’année avec ses 58 jours avant la paie, c’est aussi le mois de la reprise, le mois du renouveau.
Mais renouveau de quoi, ON EST TOUS FATIGUÉS ! Mais personne ne veut le reconnaître. Alors face à des élèves pas plus investis et les yeux bouffis.
On donne quoi ? Nous. En retour. Petit lexique des archétypes…
1. Le prof “nouvelle année, nouvelle vie”
Repérable entre le 5 et le 9 janvier. Il a un nouveau petit carnet, celui qu’il a reçu à son Secret Santa du bahut (merci Madame Bouchard !).
Et dans ce nouveau carnet, il a écrit une nouvelle organisation, une nouvelle posture pédagogique qu’il compte adopter en 2026. Oui car les profs AUSSI, font des vœux pieux.
Il n’a pas envie de perdre du poids, mais de gagner en consistance devant les élèves. Vous le verrez donc fanfaronner en salle des profs, clamant haut et fort que ses appréciations semestrielles sont terminées, et que tout a été rendu à temps.
Phrase type :
“Cette année, je m’y prends à l’avance.”
Disparaît mystérieusement avant la mi-janvier.
2. La prof en mode économie d'énergie
Elle parle moins. Du moins, elle articule plus lentement... Elle annone presque. Elle corrige en silence. Il semble qu’elle ait passé les vacances dans une retraite enseignante avec des moines Montessoriens, main dans la main avec son inspecteur.
Elle fait de grandes respirations avant de parler. Comme si elle allait plonger en apnée dans la fosse des Mariannes. Mais non. EN VRAI.
Son seul objectif : tenir jusqu’aux vacances d’hiver sans s’effondrer. Dans sa tête, elle égrène chaque heure passée. Comme de petites victoires sur la vie.
Phrase type :
“Doucement. Reprend doucement." (Alors qu’Enzo lui a juste dit "bonne année").
Parvint en général à ses fins. Mais avec un investissement comprimé.
3. Le prof déjà en février
Mentalement absent. Regard dans le vide. Soupir automatique.
La tête dans les descentes de poudreuse. Il a réservé son séjour par le CSE du bahut et il va profiter des soldes et de la prime informatique pour enfin se payer la paire de ski dont il rêve secrètement depuis des années. Les rouges là, avec les flammes…
Du coup, faut pas se cacher, il est un peu en obsession là dessus : en maths il adapte ses problèmes au niveau d’enneigement et aux calculs de pente, en géo, bah il est sur les massifs montagneux, même si c’est plus au programme de terminale. Il a du baume à lèvre constamment dans la poche: on l’appelle “ lèvres de ballerine” mais peu importe.
Phrase type :
“Bon… on avance. Tout schuss !”
Si quelqu’un lui parle du redoux de février ou du réchauffement climatique, il est capable d’insulter sa grand-mère direct.
4. La prof irritable, mais lucide
Plus de filtre. Plus de patience. Elle est morte en 2025 écrasée par un tractopelle.
Mais une honnêteté brutale et ceci dès le retour en classe "Je vous préviens, vous allez pas m’emmerder longtemps” (alors que les élèves rentrent juste dans la salle).
Sans doute épuisée par les fêtes et la faculté de mamie Suzanne de tenir aussi bien l’alcool, elle est déjà au bout quand on lui parle de renaissance. Elle ne compte ni février, ni avril, ni même juillet, mais plutôt ses annuités pour la retraite.
Phrases entendues :
“C'est écrit. Quelque part. Relis.”
“Non. Ben fais dans la poubelle si tu peux pas te retenir”.
C’est violent. Mais juste.
5. Le prof en déni total
Il refuse totalement d’admettre qu’on est en janvier et parle encore des vacances de Noël au présent de narration. Il a laissé la déco dans sa classe et accueille ses élèves (médusés) sur du Mariah Carey.
Pull de Noël sur son torse bombé, il distribue les chocolats en grande pompe en passant Love actually, alors que tous les autres profs ont repris les cours. En plein jet-lag péda, il mangera du chapon le soir pendant encore une semaine et changera donc de garde-robe assez rapidement.
Phrase type :
“Ho ho ho… Passe-moi ton carnet !”
6. La prof philosophie de couloir
Janvier l’a rendue profonde... L’actualité aussi. Elle est gaie comme un pinson mort transi par le froid et à demi-bouffé par un chat. De ce fait, effectivement, cette joie de vivre se transmet easy dans ses cours, si bien que les élèves sortent en pleurant assez souvent. Dans les couloirs, on l’appelle le fossoyeur. Même Mercredi Addams inspire plus le bonheur.
Phrases types :
“De toute façon, le devoir rendu ou pas, on sera bientôt six pieds sous terre. ”
“ Fais ce que tu peux, on est peu de choses. ”
“Un café ? Ouais, faut bien mourir de quelque chose…”
7. Le prof qui se découvre des projets inutiles
Janvier l’a rendu esthète et inventif. En pleine fuite créative devant des élèves qui n’écoutent pas plus, des collègues sourds, une hiérarchie aveugle et une secrétaire inapte, il se lance à corps perdu dans des innovations salvatrices qui le sauveront des abysses.
Une magnifique affiche murale présentant les règles de vie de classe à travers les âges et dans le cadre de l’Union européenne (les élèves en PLS). Un projet de recyclage des bouchons de stylo usagés permettant la construction d’une école en Namibie, un cours de coanimation. Bref, de la folie utopique.
Phrase type :
“ Je suis certain que ça peut apporter beaucoup aux élèves.” (Les élèves se cotisant pour l’achat de Lexomil.)
Il y en aurait d’autres, mais je suis bien trop épuisé pour en parler. Et je dois finir mon 3ème chapon…
Bonne reprise !
Monsieur Z., prof de lycée pro quelque part en France, dont l'humour sévit sur Facebook et sur Instagram.
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