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5 façons d'observer le vivant en hiver en maternelle

Cycle 13 min
Bénédicte Koeyemelk
Bénédicte KoeyemelkProfesseur des écoles @Lenvol_maternelles25 (YouTube)

"J’aime pas l’hiver, y a rien à faire !"

Cette phrase, entendue en classe, revient souvent quand les journées raccourcissent, que les sorties se font plus rares et que la nature semble endormie. En hiver, tout paraît au ralenti : moins de lumière, moins de changements visibles. Dans ce contexte, faire des sciences en maternelle peut sembler plus complexe, voire moins stimulant…

Et pourtant ! L'hiver regorge de choses à observer, à condition de savoir où poser son regard. Végétation, sol gelé, lumière changeante, graines et bourgeons en dormance, empreintes ou passages d’animaux : autant de signes discrets qui invitent à ralentir, observer la nature et développer une véritable posture d’observateur.

Voici 5 conseils simples, testés en classe, pour faire des sciences en maternelle en hiver. Ces pistes s’adressent aux profs de la PS à la GS qui souhaitent installer une démarche d’observation scientifique en apprenant à regarder autrement le vivant.

N°1 - Développer et travailler une posture d'observation

Souvent, les enfants reviennent de week-end et me disent que celui-ci a été ennuyeux. L’hiver, il n’y a rien à faire ! Et pourtant, en sortant dans la cour avec une loupe, un appareil photo, ils ont pu découvrir des trésors insoupçonnés. 

Ce qui semblait sans intérêt est devenu un terrain d’exploration merveilleux. J’ai alors compris que l’enjeu n’était pas ce que l’on observe, mais comment on observe.

l'essentiel

  • Observer et ressentir finement ce qui nous entoure est possible partout, que l’on enseigne en ville ou à la campagne. 
  • L’observation ne se limite pas à voir : elle mobilise aussi l’ouïe, l’odorat et le toucher, et permet aux élèves d’affiner leur attention.

Il suffit de ralentir, de prendre le temps et de savoir où poser son regard. Sortir quelques minutes suffit souvent pour écouter des chants d’oiseaux devenus plus rares, sentir l’air froid, observer les changements de lumière ou les effets du gel sur le sol, les feuilles ou les branches.

Une loupe, un appareil photo ou simplement un regard attentif transforment un flocon de neige ou une trace de givre en véritables objets d’étude. Ces temps courts mais réguliers développent une posture d’observateur et donnent du sens, sans nécessiter de matériel complexe ni de dispositifs lourds.

Pour se lancer, partir des représentations des élèves

« Il fait beau dehors, donc il fait chaud… Vraiment ?» 

Cette question permet de déconstruire une idée fréquente chez les élèves. Par grand soleil mais par temps froid, nous sortons observer et photographier les traces visibles du froid. 

« Aujourd’hui, il y a un grand soleil, pourtant il fait très froid dehors. Nous allons sortir pour observer les traces de ce froid dans la nature. Qu’est-ce qui est différent quand il fait froid ? »

Végétaux sans feuilles, végétaux aux couleurs ternies, givre sur le grillage, toiles d’araignée gelées… On prend des photos qui serviront de points de repère que l’on reprendra plus tard pour comparer et observer les évolutions au fil des saisons.

N°2 : Saisir la présence discrète des animaux

Un week-end neigeux, de retour à l’école, des traces dans la neige attirent notre attention. Une ronde de petites empreintes : à qui appartiennent-elles ? Puis d’autres, plus grandes. Celles-ci, c’est sûr, sont celles d’un chat. Très vite, les questions fusent. Mais que s’est-il passé ici ?

À partir de ces simples indices, l’imaginaire s’active et l’observation prend tout son sens…

En hiver, les animaux se font plus discrets. Certains restent présents, d’autres, sans que l’on y ait prêté attention, ont peu à peu disparu. Pourquoi ? Où sont-ils ? Que font-ils ? Autant de questions qui permettent d’aborder la notion d’hibernation et de migration.

Les oiseaux se prêtent particulièrement bien à l'observation. On les voit chercher à manger avec frénésie, retourner des tas de feuilles, s’attaquer à un compost resté ouvert. Autant de scènes à observer pour se questionner. Installer une mangeoire permet alors une observation facilitée et régulière.

On peut aussi s’intéresser à ce que l’on entend…

Dans le tumulte d’une classe de maternelle, prendre le temps d’écouter le silence fait parfois du bien. À l’extérieur, en se mettant volontairement en retrait, les élèves s’aperçoivent que la nature s’exprime elle aussi. 

« Aujourd’hui, nous allons écouter la nature en hiver. Qu’est-ce qu’elle a à nous dire ? Qui entend-on ? Et où ? »

Les oiseaux sont, là aussi, les plus faciles à entendre. On invite alors les élèves à se mettre en pause, à écouter attentivement les chants, puis à se demander d’où vient le son et à repérer où se trouve l’oiseau.

N°3 - Comprendre le cycle de transformation des végétaux

Cela fait de nombreuses années que j’enseigne en milieu rural. Très souvent, ce sont les élèves eux-mêmes qui nous partagent leurs découvertes. Lors d’une sortie en janvier, l’un d’eux est arrivé fier de sa trouvaille : des chatons de noisetier déjà formés, alors que la saison semblait encore endormie. Cette observation a ouvert de nombreuses questions et a rappelé que, même en hiver, le vivant se prépare déjà aux changements à venir.

Qui n’a pas déjà travaillé sur les saisons et les changements visibles qui s’opèrent sur la végétation ? Pourtant, en sortant un peu des sentiers battus, on s’aperçoit que la végétation ne se conforme pas toujours aux standards attendus.

Alors que beaucoup de végétaux se mettent au ralenti, certains, juste avant l’hiver, forment déjà leurs bourgeons en vue de la saison suivante. C’est l’occasion de comprendre que, durant l’hiver, le vivant ne s’arrête pas : il se transforme.

3 activités pour se lancer

  • Prendre des photos est une première étape accessible à tous. Si cela est possible, photographier un même endroit à intervalles réguliers (par exemple chaque lundi et chaque vendredi) permet de visualiser les évolutions dans le temps. 
  • Pour les plus grands, le dessin d’observation peut compléter ce travail et affiner le regard porté sur les détails.
  • Enfin, lorsque les élèves n’ont pas spontanément perçu ces transformations, la littérature de jeunesse peut servir de point d’appui pour lancer la discussion, attirer l’attention sur les indices du vivant. Par exemple, Arbre d'Amandine Laprun.

N°4 - Soutenir le vivant

En ce début de mois de décembre plutôt doux, nous avons trouvé une chenille dans la cour. L’hiver arrive : mais que fait-elle ici ? Nous la rentrons pour l’observer et cherchons à identifier l’espèce à laquelle elle appartient. Il s’agit d’une chenille qui passe l’hiver dans son cocon, en attendant le printemps pour se transformer. Se pose alors la question de savoir où l’installer pour qu’elle puisse survivre.

Par des actions simples menées durant l’hiver, il est possible d’aider les animaux à mieux traverser cette saison parfois éprouvante pour eux. Abris, points de nourriture et points d’eau sont des éléments essentiels à leur survie. En retour, ces installations offrent de précieuses occasions d’observation pour les élèves.

2 activités pour se lancer

  • Fabriquer des boules de graines pour nourrir les oiseaux.
  • Installer une mangeoire à oiseaux, en veillant à utiliser des éléments non toxiques et adaptés aux animaux (bois brut, ficelle naturelle, bouteilles découpées, briques alimentaires nettoyées). Ces réalisations peuvent être menées en classe ou lors de temps collectifs, et donnent du sens aux gestes posés.

Ces actions permettent également d’anticiper l’arrivée du printemps et les besoins qui en découlent : prévoir des endroits pour nicher, pour s’abriter, et aménager des espaces favorables au retour de l’activité animale. 

 

Elles inscrivent les élèves dans une démarche de soin du vivant et de responsabilité, tout en nourrissant l’observation sur le temps long.

N°5 - Repérer le moment où la nature s'éveille

Fin février, l’hiver est encore là, mais les premiers signes de transformation apparaissent déjà. Un lundi, un élève me raconte sa promenade du week-end : dans une clairière, il a découvert un vaste parterre de jonquilles. Cette observation fait aussitôt naître une question :

« Mais maîtresse, pourquoi il y a des fleurs alors qu’on n’est pas encore au printemps ? »

Les changements de saison s’opèrent par des transitions progressives. À la sortie de l’hiver, les mélopées des merles et des mésanges sont les signes annonciateurs de l’arrivée prochaine du printemps. Si on observe attentivement, les tiges des jonquilles apparaissent peu à peu, tandis que les primevères ponctuent les espaces verts de touches colorées.

Autant d’indices que l’on peut inviter les élèves à repérer et à observer durant des séances d'école du dehors. Photos à l’appui, il devient alors possible de garder une trace de ces évolutions et de construire une mémoire des changements du vivant au fil du temps.

petit point de vigilance

Observer la nature avec les élèves suppose aussi, pour l’adulte, de questionner certaines pratiques. Il peut être utile de s’appuyer sur des sources fiables (comme les ressources pédagogiques de l'ONF ou sur le site de l'OFB), pour éviter de reproduire des gestes autrefois banalisés, mais aujourd’hui reconnus comme peu respectueux du vivant : cueillette sauvage, déambulation hors des sentiers, etc.

 

Solliciter des acteurs comme l’ONF permet d’adopter une posture éclairée et cohérente, tout en transmettant aux élèves une approche respectueuse et responsable de l’environnement.

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Bénédicte Koeyemelk, professeure des écoles en maternelle depuis 2006

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