Tu te sens expert ou experte dans ta classe. Tous tes PPCR se sont bien passés. On te conseille de passer le CAFIPEMF ou le CAPPEI. MAIS tu n’oses pas ?
Tu as besoin d’autre chose que la classe, tu veux évoluer mais rester au service de la réussite des enfants ?
Cette question je me la suis posée et j’ai franchi le pas : RASED, direction d’école, PEMF et conseillère pédagogique. Je partage donc mon expérience : dans cet article, nous évoquerons 6 pistes pour trouver du renouveau dans notre pratique professionnelle.
Eh oui : l’évolution professionnelle, ce n’est pas une lubie et ça ne concerne pas que les “carriéristes”.
Entre autoformation, changement de classe ou d’école, liste d’aptitude à la direction d’école, CAFIPEMF, CAPPEI, le choix est tout de même possible pour envisager une évolution professionnelle satisfaisante et épanouissante.
Changer d'environnement
Au bout d’une dizaine années de classe, j’ai commencé à avoir envie de plus, d’autre chose, d’enrichir mon cursus, ma pratique sans pour autant vouloir quitter la classe. J’ai donc essayé plusieurs pistes d’évolution professionnelle et vous partage les possibilités à envisager.
Lassitude, ennui, manque de motivation, cela peut arriver tout au long d’une carrière : on peut y remédier sans avoir à changer de voie ou à démissionner.
Changer de niveau
Si cela est possible dans votre école : cette option vous demande d’en parler dès maintenant à vos collègues. Expliquez-leur que vous ne vous épanouissez plus dans votre niveau, que vous avez besoin de changer un peu.
Parfois, un autre collègue vit la même situation sans oser le dire. Cela implique évidemment une remise en question de votre pratique, une mise à jour de votre maîtrise des programmes, et cela peut suffire à vous donner un nouvel élan.
en résumé
Ce changement de niveau vous permettra :
- de mieux comprendre la construction des apprentissages en amont ;
- de mieux maîtriser les attendus de fin de cycles ;
- de mieux comprendre le cursus scolaire des élèves, leur développement psycho-affectif et leur maturité émotionnelle et cognitive.
Changer de niveau vous apportera :
- beaucoup de réflexions, de nouvelles pistes à explorer ;
- un renouveau intellectuel ;
- un travail avec d’autres collègues, une autre coopération professionnelle.
Passer de l’élémentaire à la maternelle (ou l’inverse)
Là, on franchit une étape plus importante car, on le sait, ce n’est pas tout à fait la même chose. La maternelle et l’élémentaire, si elles ont les mêmes objectifs, demandent des aptitudes différentes et une prise en compte des besoins adaptées. Programmes et attendus sont différents, la remise en question et la mise à jour est plus longue. Mais c’est une option à ne pas négliger aussi.
en résumé
Ici aussi, ce changement vous permettra :
- de découvrir une toute autre facette des élèves, des apprentissages, des modalités de travail, du travail en équipe élargie (en maternelle avec l’aide des ATSEM par exemple) ;
- d'avoir un rythme différent, des attendus précis et variés d’un côté comme de l’autre, des contraintes et des avantages à l’équilibre.
Tester les deux pans de l’école primaire peut :
- enrichir sa compréhension du système éducatif, des apprentissages, surtout lorsqu’on s’engage dans la formation à plus ou moins long terme.
S'engager vers le remplacement de courte ou longue durée
Cela peut vous permettre de découvrir d’autres niveaux, un autre mode de vie aussi, d’autres collègues, d’autres fonctionnement d’école. Cette option peut être une option intéressante à creuser. Là encore, parlez-en à vos collègues ou à votre IEN, il pourra vous conseiller.
en résumé
Si je n’ai pas eu l’opportunité de tester ce type de poste, tous les collègues que j’ai croisé m’en ont fait des éloges :
- possibilités de voir plein de fonctionnements d’école différents ;
- de connaître plein de profs, de découvrir de nombreuses méthodes, de nombreux niveaux de classe.
Cela leur permet de :
- savoir ensuite vers quel niveau se diriger ;
- ne pas sentir la pression d’avoir une classe à l’année, et cela correspond bien au fonctionnement de certains d’entre nous, ou même ponctuellement dans une carrière longue.
Changer d’école ou de milieu
Passer de l’éducation prioritaire à milieu “ ordinaire” ou l’inverse, passer de zone urbaine à zone périurbaine ou plus reculée encore. Une nouvelle école, de nouveaux collègues, un nouveau fonctionnement : un nouveau cadre pour une nouvelle vie professionnelle !
en résumé
- Là encore, le changement alimente cette envie d’évolution, cette soif de nouveauté, ce besoin de se remettre en question.
- Un appel à la circonscription peut être intéressant au moment du mouvement pour savoir si ces postes se libèrent éventuellement ou sont tenus par des contractuels cette année, cela peut vous donner des pistes de choix.
je passe à l'action
- Je fais un diagnostic : de quoi ai-je vraiment besoin/envie ?
- voir un autre niveau ;
- changer de collègues ;
- évoluer vers la formation ;
- avoir moins de pression de classe ;
- manager une équipe ?
- Quels changements suis-je prêt à accepter ? Pour et contre : réfléchir par écrit en deux colonnes (avantages et inconvénients). Savoir quand sauter le pas pour éviter “l’année de trop”.
Passer à la direction d'école
Passer la liste d’aptitude et s’engager dans la direction de classe peut facilement être une possibilité d’évolution. Pour avoir testé cette option, j’ai vite déchanté... Mais c’est très personnel et j’ai su percevoir que cette option n’était pas la bonne pour moi à ce moment-là de ma carrière et ai pris un autre chemin : le Cafipemf.
Néanmoins, si vous avez une âme de manager et l’envie de diriger une équipe d'adultes et pas seulement d’enfants, cette option est faite pour vous.
- La liste d’aptitude prépare à ce changement de carrière, de même que la formation de directeur qui vous sera proposée après.
- L'équipe de l’inspection pourra vous orienter et répondre à vos questions.
- Votre directeur ou directrice peut bien sûr vous conseiller et expliquer son travail
Savoir déléguer certaines tâches est indispensable pour avancer sereinement sur ce poste
De mon expérience de direction, je retiens que le directeur, déchargé ou non, passe beaucoup de temps personnel à réguler les demandes de l’inspection, des familles mais aussi des collègues. C’est parfois fatiguant, car on a l’impression de courir beaucoup.
Savoir prioriser les actions : oui, on fait le plus urgent, le reste doit attendre
On doit faire le deuil du “super/man-ager”… C’est comme ça, faut s’y faire, d’autant qu’il y aura toujours quelqu’un pour vous dire ou vous faire sentir que vous ne faites pas assez. Donc savoir prendre du recul, se préserver et déléguer sont des compétences indispensables.
Néanmoins, ce poste apporte beaucoup : des relations privilégiées avec l’inspection et les conseillers, des formations adaptées à la pratique, des relations privilégiées avec la mairie. Cela peut être très satisfaisant de ce point de vue.
quelques lectures pour vous aider
Utiliser son CPF
Envie de creuser une question liée à mon travail : cela m’est arrivée mille fois... Puis un jour, j’ai cherché davantage. J’ai commencé par faire des formations à distance type m@gistère et MOOC (sur la plateforme FunMooc).
Puis j’ai appris que j’avais un compte personnel de formation (CPF) que je pouvais utiliser si je le voulais après un certain nombre d'années (5 je crois, au minimum). J’ai donc regardé sur Colibri dans mon académie, et hop j’avais mon décompte !
J’ai ensuite cherché ce qui pouvait m’intéresser et être accessible tout en gardant la classe (on peut faire d’autres choix aussi !). J’ai choisi le DU Neuroéducation de Paris Descartes qui était en hybride et qui correspondait à mes attentes.
Si vous avez donc envie d’une formation personnalisée, de monter en compétences sur un domaine, le CPF est fait pour vous ! Il permet de financer tout ou partie d’une formation universitaire ou professionnelle. Les démarches sont à faire en décembre pour la rentrée suivante donc en N-1. Les possibilités sont très variées, donc n’hésitez pas à vous renseigner.
À noter que l’on peut aussi solliciter un Congé personnel de formation, qui, lui, permet de quitter la classe tout en étant payé en partie pour un an.
je passe à l'action
- Surveiller les parutions officielles pour capter le moment où il faut se lancer. Attention, la fenêtre de demande est souvent étroite ! Puis, rechercher les formations accessibles, via le CPF de préférence, pour une prise en charge de la formation.
- Demander conseil aussi aux collègues qui ont pu en bénéficier ou à la circonscription qui peut aussi vous aiguiller.
- Identifier ses besoins : comprendre le fonctionnement de mes élèves, comprendre les troubles des apprentissages, qu’est-ce que j’aimerais connaître, savoir ou savoir faire avec mes élèves.
- Vérifier le rythme de la formation, les lieux, vos disponibilités. Pour ma part, c’était 120 heures de formation sur l’année , dont les ¾ en visio et 7 jours en présentiel sur les premiers jours des vacances.
Devenir maître ou maîtresse d'accueil (MAT)
On repère en vous un formateur en devenir ?
Vous avez envie de partager votre pratique ?
Vous acceptez facilement le regard d’autres adultes dans votre classe ?
Alors cette étape est faite pour vous. Pour ma part, c’était un peu de tout ça, alors un jour, j’ai franchi le pas. Et j’ai A-DO-RÉ et j’adore encore !
Pour être maître d’accueil, il faut en général la validation de votre pratique par l’Inspecteur de la circonscription. Il peut donc être nécessaire de passer par l’étape de visite ou de PPCR pour y accéder.
C’est une mission intéressante quand on se projette en tant que formateur sans que cela soit définitif ni trop engageant. On accueille de jeunes profs ou des étudiants, on leur montre notre travail, on échange avec eux sur les modalités, sur la relation avec les élèves, sur la gestion de classe, etc.
Cela nous permet de conscientiser notre pratique professionnelle, de verbaliser tous nos gestes dont on n’a même plus conscience à force de pratique. Bon, parfois, les étudiants n’ont pas la bonne posture, et ça, ça m’énerve, car notre métier est tellement exigeant qu’on ne peut pas faire l’impasse sur des gestes professionnels experts... Mais globalement, ça se passe bien à chaque fois.
Qu'attend-on de nous ?
Des compte-rendus nous sont parfois demandés sur l’activité des étudiants ou profs reçus. Cette mission permet de se remettre en question, d’être d’autant plus modélisant qu’explicite.
Les MAT sont repérés en fonction de leur pratique modélisante, de leur envie de partager leur pratique, de leur niveau d’expertise… Il leur est donc demandé de montrer et savoir expliquer leur pédagogie, de prendre un temps personnel pour présenter leurs documents de travail, la manière dont ils préparent la classe… Cela demande donc un peu d’investissement personnel, qui engage doucement vers l’évolution professionnelle.
Bonus : parfois, des petites indemnités sont versées en fonction des personnes accueillies, de leur nombre et de leur niveau de formation. En savoir plus sur les Missions des maîtres formateurs et des maîtres d'accueil temporaire
Passer le Cafipemf
Être MAT, c’est une expérience presque indispensable avant de passer le Cafipemf. Ici l’évolution de votre statut est plus réel (PEMF ou conseiller pédagogique), définitif et vos missions sont impactées par votre certification : visites de PE débutant, formations à dispenser, administratif à gérer, accompagnements et conseils à dispenser…
Le métier n’est pas de tout repos, mais il offre la possibilité de faire autre chose, de faire différemment tout en travaillant dans le même objectif : la réussite des élèves. Il est nécessaire d’avoir au moins 5 années d’expérience.
Qu'est-ce qu'un PEMF ?
Le maître-formateur (PEMF) garde sa classe mais dispose souvent d’une décharge de classe (un tiers du temps) pour pouvoir effectuer ses missions de formateurs (visites de fonctionnaires stagiaires, visites d’enseignants contractuels, actions de formation au sein de la circonscription). Il bénéficie d’une prime de formation.
C’est une mission qui me passionne car elle me permet, en plus d’accompagner mes jeunes collègues, de voir des pratiques variées, de réfléchir sur ma propre pratique, de travailler à plusieurs sur une même problématique. Bref, je ne regrette aucunement mon investissement.
Qu'est-ce qu'un conseiller pédagogique ?
Le conseiller pédagogique, lui, est totalement déchargé de classe et travaille en circonscription. Il accompagne les profs de manière générale et ses missions sont très nombreuses, et dépendent aussi du nombre de conseillers en circonscription.
Les conseillers coordonnent toutes les actions pédagogiques et demandes institutionnelles sous couvert de l’inspecteur de la circonscription. Ils effectuent également des actions de formations multiples. Ils effectuent environ 45 heures par semaine - ce qui équivaut au temps de travail moyen d’un prof. Ils bénéficient également d’une bonification et d’une prime.
La certification Cafipemf se déroule en 2 temps (voir le détail ici) :
- Séquence 1 : observation par le jury d'un temps d'enseignement du candidat en classe, en français ou en mathématiques. Ce temps est suivi d’un entretien (60 minutes).
- Séquence 2 : Un mois après la première épreuve, elle permet au candidat de se mettre en situation de formateur lors d’une observation en classe et est suivie d’un entretien avec le jury sur la base d’un rapport rédigé par le candidat (60 minutes).
je me lancer
- Questionner la direction sur la manière dont prévenir l’inspection que cette mission vous intéresse, puis questionner la circonscription et vous faire connaître.
- S’inscrire au Cafipemf. Une formation prépare à cette certification, pensez-y !
Passer le Cappei
L’accompagnement des élèves à besoins particuliers vous intéresse ?
Le champ du handicap capte votre attention ?
Le Cappei, pour devenir prof spécialisé, est peut être fait pour vous ! Les candidats doivent valider une expérience professionnelle de 5 ans d'exercice ou 3 années d’exercice à temps complet dans les domaines de l'enseignement adapté et de la scolarisation des élèves en situation de handicap.
Les missions des enseignants spécialisés sont vastes. Ils peuvent demander à travailler au Rased, en Ulis, en Segpa ou en IME, ou encore devenir coordonnateur référent.
L'examen du Cappei comporte 3 épreuves (voir le détail ici) :
- Épreuve 1 : Séance pédagogique d'une durée de 45 minutes avec un groupe d'élèves, suivie d'un entretien d'une durée de 45 minutes avec la commission.
- Épreuve 2 : Entretien avec la commission à partir d'un dossier élaboré par le candidat portant sur sa pratique professionnelle (15 minutes) et entretien de 45 minutes.
- Épreuve 3 : Présentation d'une action conduite par le candidat témoignant de son rôle de personne ressource en matière d'éducation inclusive et de sa connaissance des modalités de scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers (20 minutes), puis échange avec la commission de 10 minutes.
je me lance
- D'abord et surtout avoir envie de travailler dans le champ du handicap, avec des élèves ayant des besoins spécifiques pour apprendre et réussir au mieux. Si on n’est pas animé par cette envie d’aider ce public spécifique, on peut vite être amené à baisser les bras, à se sentir dépasser ou à se décourager. Une formation solide permet plus facilement de faire face, de même qu’une motivation sans faille. Ce ne sont pas des postes “plan-plan”, il faut aimer l’action !
- Demander l’avis de collègue du Rased, de la circonscription afin de valider avec vous votre projet. Un petit conseil de vos collègues et/ou de vos supérieurs peut vous aider à vous lancer ou parfois à vous conseiller de mûrir encore un peu votre pratique de classe avant de vous lancer, car parfois il faut savoir reculer pour mieux sauter ensuite… C’est du vécu !
Il faut parfois du temps pour mûrir une nouvelle orientation professionnelle, donc ne pas se précipiter peut sembler être un conseil avisé. Si néanmoins vous avez déjà réfléchi à tout cela, vous ne risquez que d’avoir appris sur vous même et au mieux, vous accéderez à l’évolution tant attendue.
Si vous avez envie de renouveau, tout est possible. Renseignez-vous, questionnez et lancez-vous car si c’est le moment, c’est le moment !
Claire Le Gall-Donot, professeure des écoles en élémentaire depuis 2002, PEMF depuis 2020, DU neuroéducation de Paris Descarte… et fan de licornes for ever