3 pas pour te lancer
- Garde ta séance prévue et ajoute juste 5 minutes de manipulation au début.
- Choisis un seul matériel par séance pour commencer.
- Note une ou deux réactions d’élèves pendant la séance pour y revenir ensuite.
Je me souviens très bien de ma première séance sur les fractions. J’avais préparé une fiche, bien progressive, comme il faut… et sur le coup, ça avait plutôt bien marché. La plupart des élèves avaient réussi, donc j’étais contente. Sauf que quelques jours après, plus rien. Dès que je changeais un peu la représentation, je sentais que quelque chose bloquait.
En discutant avec eux, je me suis rendu compte que certains avaient réussi, mais sans vraiment comprendre. Ils faisaient ce que j’attendais d’eux mais vraiment sans savoir pourquoi. Du coup, j’ai complètement changé ma manière de faire. Maintenant, en cycle 2, je prends vraiment le temps : on manipule, on joue, et surtout on part de ce que les élèves ont fait pour construire les exercices.
Je vous partage ici 5 étapes que j’utilise en classe. Rien de révolutionnaire, mais des choses que j’ai testées, ajustées… et qui, clairement, font la différence.
Je me souviens de ma toute première séance sur les fractions où je leur avais demandé de colorier 1/2 d’une figure, en pensant que ça allait être assez simple pour eux. Et là, ça a été un peu le choc : certains coloraient une case sur deux, d’autres faisaient “à peu près la moitié”. À ce moment-là, j’ai vraiment réalisé qu’on ne parlait pas tous de la même chose, et surtout qu’ils n’avaient pas d’image claire de ce que représentait “une moitié”.
Depuis cette séance, j’ai complètement changé mon point de départ. Je ne commence plus par une fiche de recherche, mais par des situations très concrètes où les élèves manipulent vraiment. On prend du papier, on plie, on découpe, on recommence parfois plusieurs fois parce que ce n’est pas “égal”, et ça fait partie de l’apprentissage.
Mais je ne m’arrête pas au papier. J’utilise aussi tout ce que j’ai sous la main : des cubes, des formes géométriques en bois, parfois même de la nourriture à partager. Le fait de pouvoir toucher, déplacer, regrouper ou séparer change vraiment leur compréhension. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas que ce soit propre ou réussi du premier coup, mais qu’ils comprennent ce que veut dire partager en parts égales.
Les élèves comparent aussi beaucoup, ils discutent et il y a souvent des désaccords, mais c’est justement dans ces moments-là que les compétences se construisent. Avec certains élèves, je prends vraiment le temps de rester sur cette étape, parce que je me suis rendue compte que si cette base n’est pas solide, les difficultés reviennent très vite ensuite.
Et surtout, je ne me précipite plus pour introduire l’écriture fractionnaire car au début, ça ne leur apporte pas grand-chose et ça peut même ajouter de la confusion.






Avant, je proposais des jeux mais plutôt en fin de séquence, une fois qu’on avait fait les exercices. C’était un peu le moment “bonus” quand il restait du temps. Sauf que je me suis rendu compte que ça arrivait trop tard..
Les élèves avaient déjà travaillé sur fiche, certains s’étaient trompés sans comprendre pourquoi, et le jeu ne servait plus vraiment à construire la notion. Petit à petit, j’ai changé ma façon de faire et j’ai déplacé le jeu plus tôt dans la séquence.
Maintenant, j’utilise le jeu juste après la manipulation par petits groupes hétérogènes afin de construire les échanges entre pairs. Je garde ma séance prévue et j’ajoute simplement un jeu court à ce moment-là.
Je reste sur des choses assez simples que je peux sortir facilement :



Je choisis volontairement un seul jeu simple, pour éviter de perdre du temps en explications. Mais au final, ce n’est pas vraiment le jeu qui compte. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe entre les élèves pendant qu’ils jouent : ils valident, ils ne sont pas d’accord, je les entends hésiter, comparer et expliquer.
Ce n’est pas toujours juste, mais ça oblige chacun à réfléchir et à dire ce qu’il comprend. Je les laisse faire au début, même si ce n’est pas parfait. J’interviens seulement après quand on fait un bilan tous ensemble (sauf si certains disent des horreurs bien évidemment).
Je repère d’ailleurs une ou deux phrases d’élèves pendant le jeu pour pouvoir y revenir ensuite. C’est souvent à ce moment-là que je vois vraiment qui a compris et qui a encore besoin d’un coup de pouce.
Un jour, j’ai ressorti une photo de mon téléphone en début de séance, pour voir si les élèves se souvenaient de ce qu’on avait fait la veille. C’était une manipulation assez simple autour du partage.
Les élèves ont vite réagi et certains ont reconnu et expliqué, il ont commencé à dire ce qui n’allait pas ou ce qui n’était pas égal. Les élèves discutaient et on est re-rentrés dans la notion sans que j’aie besoin de relancer beaucoup.
Depuis, je prends des photos dès qu’on manipule, mais sans chercher à faire quelque chose d’instagrammable, ce n’est vraiment pas le but. Je garde aussi les essais, les partages qui ne sont pas vraiment égaux pour faire vivre les discussions. Je projette ou j’imprime ensuite quelques photos prises lors des ateliers pour pouvoir les réutiliser facilement en classe.
Je réutilise ces photos en classe de façon assez simple :
On ne part plus d’une règle déjà écrite. On repart de ce qu’on voit sur la photo et de ce qui a été dit. Je prends le temps de noter certaines phrases d’élèves, même si elles ne sont pas parfaites. Je peux aussi les faire réfléchir en binôme pour rédiger une première phrase à partir de la photo. On les reprend ensemble, on ajuste, on reformule petit à petit. Parfois, on hésite sur un mot, on teste plusieurs formulations et ça fait partie du travail.
Finalement, la trace écrite ressemble vraiment à ce qu’on a vécu en classe. Les élèves reconnaissent la situation : ils comprennent d’où viennent les mots et ça change beaucoup leur manière de s’y référer ensuite.
Quand ils la relisent, ce n’est pas un texte “à apprendre”, c’est quelque chose qu’ils ont construit. Je garde une trace visible (affiche, cahier) reformulée avec eux pour stabiliser la formulation. Ils vont s’y appuyer plus facilement.

Pendant longtemps, je prenais des fiches toutes faites ou j’en fabriquais moi-même à partir de manuels. Sur le moment, ça fonctionnait : les élèves réussissaient, on avançait, j’avais l’impression que c’était acquis. Mais dès que je changeais un peu la façon de présenter, ou que la consigne était différente, ça ne tenait plus pour certains. Ils savaient faire mais sans trop savoir pourquoi.
Maintenant, j’essaie de repartir de ce qu’on a vraiment fait en classe quand je prépare une fiche.
Je prends une photo d’une situation qu’on a vécue et je construis autour. Les élèves accrochent tout de suite car ils ne cherchent pas à comprendre la consigne puisqu’ils reconnaissent la situation familière. Du coup, ils se lancent plus facilement dans l’exercice et expliquent davantage lorsque je les sollicite.
En faisant ainsi, je trouve qu’on est moins dans “je fais parce qu’il faut faire” et plus dans “j’essaie de comprendre ce que je vois”. Après ça, je rajoute parfois un ou deux exercices plus classiques, mais seulement une fois qu’on a bien parlé de la première situation. Et ça change l’entrée dans la fiche, surtout pour les élèves qui avaient tendance à se perdre dès le départ, on sent un vrai engagement.


Après avoir travaillé avec les photos et les fiches construites à partir de ce qu’on avait fait, je voyais que les élèves étaient beaucoup plus à l’aise. Mais dès que la fiche ne ressemblait plus à ce qu’on avait vu en classe, certains se retrouvaient de nouveau bloqués, comme s’ils avaient compris mais seulement dans un cadre très précis.
Du coup, maintenant, je fais attention à ce moment-là. Je ne reste pas trop longtemps sur des situations qu’ils reconnaissent. À un moment, il faut introduire des exercices qui changent un peu :
On présente alors la nouvelle situation et on prend le temps d’en parler. Je leur demande ce qui est pareil et ce qui change, ce qu’ils reconnaissent quand même. On fait des liens avec ce qu’on a déjà vu. J’observe particulièrement les élèves qui ne reconnaissent pas la situation.
Petit à petit, ils comprennent que ce n’est pas la situation qui compte, mais ce qu’ils ont appris au fur et à mesure de la séquence d’apprentissage. C'est à ce moment-là que tu vois les étoiles dans leurs yeux. Ils ont compris ! Je prends alors le temps de discuter avec eux et de les rediriger vers les situations connues (affiche, trace écrite, vidéos).
On manipule pour comprendre, on joue pour consolider, on s’appuie sur ce qu’on a vécu avec les photos, on construit des fiches à partir de ces situations, puis on apprend à s’en détacher petit à petit. Finalement, tout s’enchaîne assez naturellement.
Ces conseils ne sont pas des étapes magiques, mais plutôt un chemin qui permet aux élèves de passer du concret à quelque chose qu’ils peuvent réutiliser ailleurs.
Élodie Parmentier, professeure des écoles depuis 2013
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