Réaliser un mur des fuseaux horaires en classe va permettre de mêler plusieurs apprentissages : des mathématiques à l’écriture, en passant par la géographie. C’est un projet complet, qui peut être facilement mis en place en cycle 3.
Dans cet article, vous trouverez la trame pour vous l’approprier : préparer le terrain et les élèves, organiser le jour J et les prolongements envisageables.
Étape 1 - Préparer le terrain selon ses outils
Dans ma classe, les parcours sont multiples : des élèves venus d’ailleurs, des histoires familiales riches, et certains qui voyagent régulièrement. Au retour des vacances, la question du décalage horaire s’est invitée naturellement dans nos échanges, notamment avec des élèves revenant du Canada. Très vite, la curiosité a pris le dessus :
“Mais maîtresse, quand on se couche ici, ils font quoi là-bas ?”
C’est exactement ce genre de moment que j’aime saisir. Une question authentique, un vécu réel… et voilà un projet qui prend racine sans même qu’on ait besoin de le forcer.
Ce projet peut ainsi s’inscrire sur toute une période, avec une montée en compétences progressive… et une finalisation enthousiasmante en fin de séquence. Côté organisation, il est très modulable : plan de travail, ateliers, travail en groupe classe… chacun peut s’en emparer à sa manière.
Étape 2 - Préparer les élèves au grand voyage !
Quelques jours avant de lancer le projet, un élève me dit :
“Maîtresse, quand je pars en Algérie, je suis fatigué le soir… mais pas pareil qu’ici.”
Un autre enchaîne :
“Moi quand je vais au Canada, je me réveille à 3 heures du matin.”
On rit, on compare, on raconte. Et puis cette question arrive :
“Mais du coup… c’est la même heure pour tout le monde ou pas ?”
C’est exactement là que le projet commence. Pas dans une fiche, pas dans un manuel. Mais dans un vécu, un décalage… presque magique !
C'est parti pour un voyage en classe !
Souvent, j’utilise des billets d’avion pour les destinations qu’ils vont visiter l’été prochain. On se rend sur les sites des aéroports, on fouille, on calcule. Soit je fais la manipulation devant eux, avec le projecteur, soit j’imprime des billets en amont.
On calcule la durée pour se rendre à l’aéroport, la durée du vol… Toute cette partie rend les choses vraiment concrètes pour eux. Ils comprennent le sens et l’utilité de ce qu’ils travaillent.
J’aborde à partir de là les fuseaux horaires : on déborde avec de la science, de l’EDD, de la géographie. Je leur distribue une carte du monde avec les différents fuseaux, on observe, on calcule les écarts. “Dans quels pays les gens sont en train de dormir ?”. En général, c’est quelque chose qu’ils apprécient vraiment.
Tout ce travail va permettre de poser les connaissances nécessaires pour ensuite pouvoir travailler sereinement lors de la réalisation du mur des fuseaux.

→ Voir aussi notre article 7 idées de projets collaboratifs avec ses élèves
Étape 3 - C'est le jour J ! Départ en vacances à l'autre bout du monde
1) Faire des groupes
Afin que les élèves soient motivés, je prépare tout avec eux. J’explique aux élèves que nous allons faire des groupes de 5. Au-delà, j’estime qu’ils sont trop nombreux pour être efficaces (risque de bavardage, de laisser un élève de côté).
2) Définir les pays que l’on va étudier
Je leur fais des propositions : des pays anglophones, leur pays d’origine, les endroits où ils rêvent d’aller, les vacances prévues… On échange et on parvient à se mettre d’accord sur nos six groupes. Pour trancher, je veille à ce qu’on ne parle pas de pays qui se trouvent tous dans le même fuseau horaire.
3) Direction la bibliothèque pour trouver des documents sur les pays choisis
On peut également faire des recherches en ligne si on est équipés. Je fais ensuite le point sur les ressources. Cette année, je n’avais rien sur le Cameroun par exemple, qui était un pays choisi. J’ai donc fait des recherches de mon côté et j’ai imprimé aux élèves des documents. L’idée est de pouvoir situer le pays, expliquer rapidement sa culture, ses paysages, ses coutumes, un peu comme un mini-exposé.
4) On peut y aller !
Le jour J, l’excitation est palpable.Les groupes sont déjà formés, chacun sait sur quel pays il va travailler, et certains en parlent déjà comme s’ils y étaient :
“Nous, on a le Japon !” “Mais attends, ça veut dire qu’ils mangent quand nous on dort ?!”
Les questions fusent, les hypothèses aussi. Je sens que je n’ai plus qu’à lancer… ils sont prêts. Avant de démarrer, je prends quelques minutes pour poser un cadre clair : je rappelle les attendus (ce qu’on cherche à produire, simplement), je redis les règles du travail de groupe, je présente le matériel disponible.
Ensuite, je distribue : les documents sur les pays, la fiche de restitution et le matériel (horloges à manipuler, supports). Les groupes sont déjà définis en amont, souvent en fonction des intérêts des élèves, un vrai levier d’engagement.
Puis, je lance : “Vous avez 2 heures. Organisez-vous comme vous voulez.” Et là… ça vit. Certains lisent, d’autres découpent, d’autres débattent. Ça tâtonne, ça s’ajuste, ça construit.
De mon côté, je me mets en retrait actif : je circule, j’accompagne, je relance si besoin. Mais je laisse surtout les élèves faire.
Ce que je m’impose surtout à ce moment, c'est d'accepter une part de flou : tout ne sera pas parfait, et c’est OK. Il faut observer plus que diriger : c’est un moment riche en infos sur les élèves, et ils sont souvent capables de plus qu’on ne pense. Prévoir quand même un timing visible, pour rythmer sans couper l’élan.
Étape 4 - Prolonger les acquis pour faire vivre le projet
À la fin du projet, alors qu’on observe le mur terminé, un élève me dit :
“Mais maîtresse… on pourrait faire pareil avec d’autres pays ? Ou écrire à quelqu’un là-bas !”
Et là, je comprends que le projet ne s’arrête pas. Il s’étire, il appelle autre chose. Le mur devient alors un point de départ pour travailler :
- en géographie : situer, comparer, comprendre les territoires ;
- en histoire des arts : explorer une œuvre, un monument, une culture ;
- en littérature : lire des contes du monde, voyager autrement ;
- à l'oral : présenter à une autre classe, enregistrer un podcast.
Ce projet est né d’une simple question… et il a doucement ouvert une fenêtre sur le monde !
Un mur, quelques horloges, des recherches parfois hésitantes, et pourtant, derrière tout ça, des élèves qui comparent, qui comprennent, qui voyagent sans bouger de leur chaise.
Ce que j’aime particulièrement, c’est qu’il ne demande pas d’être parfait pour exister. Il suffit d’un point de départ, d’un peu de curiosité… et d’accepter de ne pas tout contrôler. Le reste, ce sont les élèves qui le construisent. Alors si l’idée vous traverse l’esprit, même rapidement, même imparfaitement, c’est peut-être déjà le bon moment pour vous lancer !
Marion Blanc-Catherinet, prof en cycle 3 bilingue, team projets fous et inclusion totale
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