L’entrée à l’école maternelle constitue une étape majeure dans la vie d’un enfant, mais également dans celle de ses parents. Alors, pourquoi ne pas les accompagner dans ce processus ?
Bien avant le jour de la rentrée, l’accueil des futurs élèves de petite section peut être pensé et devenir un véritable levier de réussite. Anticiper, rassurer, créer du lien : autant d’actions qui transforment une première séparation en une expérience positive et fondatrice !
Ces moments sont des temps précieux qui permettent d’établir un premier lien avec les familles, leur permettre de les rassurer, de les guider dans l’accompagnement à effectuer pendant l’été… Et pour nous, profs, nous permettre de nous projeter avec des futurs petits élèves !
La règle d'or : anticiper pour mieux accueillir
Quand j’ai commencé à enseigner en maternelle, c’était dans un dispositif d'élèves de moins de 3 ans. La spécificité de ce dispositif m’a obligée à réfléchir et penser la classe autrement… notamment en termes d’accueil et de préparation.
On a tous vécu des moments particulièrement difficiles avec tous ces petits en "détresse". Je me souviens d’une petite fille, accrochée à la jambe de sa mère lors de la visite de l’école qui refusait d’entrer dans la classe.
Quelques semaines plus tard, après deux temps d’immersion courts mais réguliers, elle franchissait seule la porte avec un sourire timide. Ce jour-là, j’ai compris à quel point anticiper change tout !
Mes conseils
- Mettre en place une visite lors de l’inscription : ce premier contact est rassurant avec la présentation des lieux et des adultes de l’école.
- Concevoir un livret d’accueil clair et accessible : présenter l’école, son fonctionnement avec des photographies, l’organisation de la journée, les objets autorisés et quelques conseils pour aider son enfant à l’école.
- Organiser une visite guidée de l’école par les profs de maternelle, ponctuée par les questions des familles : présentation des différents espaces essentiels, les salles de classe avec les coins, le dortoir, la cour de récréation, la cantine, la garderie, etc.
- Voici quelques questions que les parents pourraient vous poser : à quelle heure les enfants se couchent ? Les tétines sont-elles autorisées ? Les doudous aussi ? Comment ça se passe si notre enfant n’est pas propre ? Que faut-il acheter ? Comment la cantine se déroule ? Bien souvent, les questions vont porter sur les besoins émotionnels et physiologiques des enfants.
1,2,3, action !
1. Je m’interroge sur les éléments de mon école qui peuvent rassurer immédiatement un enfant.
2. Je m’interroge sur ce qui pourrait les inquiéter et je les liste afin de pouvoir répondre aux inquiétudes des familles.
3. Je fais la liste de phrases qui pourraient rassurer les familles.
Comment acceuillir les craintes et questions des parents ?
Je me souviens d’un premier entretien où, face à moi, un futur parent enchaînait les questions, presque sans reprendre son souffle. Au bout de quelques minutes, il s’est interrompu pour s’excuser, comme s’il craignait d’en faire trop.
En réalité, derrière ce flot de questions, je percevais surtout une grande inquiétude et un besoin d’être rassuré. Ce moment m’a rappelé combien, dans ces rencontres, ce qui se joue dépasse largement les informations échangées.
Lors d’un autre accueil, c’est le silence qui m’a marquée. Une personne restait en retrait, répondant brièvement, évitant le regard. J’ai d’abord pensé à un manque d’implication, avant de comprendre, au fil de l’échange, qu’il s’agissait plutôt de pudeur et peut-être d’une certaine appréhension face au cadre.
En ajustant mon attitude, en laissant davantage de temps et d’espace, la parole a fini par émerger, plus posée, mais aussi plus authentique. Ces situations m’ont progressivement appris à être attentive à ce qui ne se dit pas immédiatement, à accueillir les émotions sans les brusquer, et à considérer chaque échange comme une rencontre singulière, au-delà du cadre formel.
ce qu'en dit la recherche... et les conseils que j'en tire !
Au fil de ces expériences, j’ai progressivement ajusté ma posture en m’appuyant sur certains repères issus de la recherche…
Les travaux de Carl Rogers sur la relation d’aide m’ont notamment éclairée : adopter une écoute active, fondée sur l’empathie, la congruence et le non-jugement, favorise un climat de sécurité propice à l’expression des émotions.
-> Concrètement, cela m’amène à reformuler régulièrement, à valider les ressentis des parents (dire "ce que vous décrivez semble important pour vous") et à tolérer les silences sans chercher à les combler trop vite.
Je m’appuie également sur la théorie de l’attachement développée par John Bowlby, qui souligne combien le sentiment de sécurité relationnelle est central dans tout processus d’engagement. Même dans un entretien ponctuel, proposer un cadre clair, prévisible et bienveillant permet de réduire l’incertitude et de soutenir l’implication des futurs parents.
-> Par exemple, expliciter le déroulé du temps d’immersion, les objectifs, ou encore les étapes à venir aident à contenir les inquiétudes.
D’un point de vue plus pratique, j’ai appris à porter attention aux micro-signaux : la posture corporelle, les variations de ton, les hésitations... Ces éléments, étudiés notamment dans les travaux sur la CNV, donnent souvent accès à des émotions peu verbalisées.
-> Prendre le temps d'accueillir les familles en osant dire “j’ai l’impression que ce sujet vous met un peu mal à l’aise” ouvre parfois des espaces d’échange plus profonds. Ces temps d’échange me semblent essentiels lors des temps d’immersion et seront la base d’une future relation de confiance essentielle à l’accueil du jeune enfant.
Enfin, les apports des approches centrées sur les compétences, inspirées entre autres par Albert Bandura et le concept de sentiment d’efficacité personnelle, m’encouragent à valoriser ce que les futurs parents savent déjà faire ou ont déjà traversé. Mettre en lumière leurs ressources contribue à renforcer leur confiance.
-> Il me semble essentiel de ne pas juger les parents mais d’adopter une posture professionnelle d’analyse et de compréhension. De nombreux facteurs peuvent expliquer une approche de l’éducation bien différente.
Ainsi, répondre aux enjeux émotionnels et relationnels ne repose pas uniquement sur une posture intuitive… mais bien sur des pratiques étayées qui s’appuient sur des apports scientifiques. Elles peuvent se travailler, s’ajuster et se penser en articulant constamment les expériences de terrain et les apports scientifiques.
1,2,3, action !
1. Je tiens un petit journal réflexif. À la suite de la première immersion, je prends le temps d’écrire les faits marquants, les émotions ressenties, les réactions adoptées, les points de satisfaction et d’étonnement. Le but est de passer d’une observation globale à une analyse plus fine.
2. Si cela est possible, je m’enregistre. Je vais ensuite prendre le temps de m’écouter et d’analyser ma posture afin d’adapter.
3. Je réfléchis à la construction d’une grille d’observation (des parents et de l’enfant).
L’immersion : un processus progressif vers les apprentissages sociaux
Je me souviens d’un élève récemment arrivé qui, lors des premiers jours, restait systématiquement en retrait pendant les temps collectifs. Il observait beaucoup, sans réellement entrer en interaction avec les autres.
Au départ, à tort, j’ai été tentée de l’encourager à participer davantage, pensant que cela faciliterait son intégration. Mais j’ai rapidement compris que cette phase d’observation était en réalité essentielle pour lui. Progressivement, il a commencé à entrer en interaction avec les autres, jusqu’à trouver sa place dans le groupe.
Cette situation m’a amenée à reconsidérer l’immersion non pas comme une immersion immédiate et active, mais comme un processus progressif, rythmé par les besoins et la sécurité de l’enfant. Et je me suis rendu compte, qu’au début, la présence de l’un des parents peut s’avérer nécessaire pour la plupart des jeunes enfants…
Soyons honnêtes, accueillir le futur petit sans son parent au mois de juin pour une rentrée en septembre (à deux mois de la rentrée) n’a pas forcément d’intérêt. Accueillir l’enfant, c’est lui permettre de voir un nouveau lieu, rencontrer un nouvel adulte, entrer en contact avec des pairs.
Prendre conscience de l’importance de la phase d’observation
Les travaux de Lev Vygotski montrent que l’apprentissage se construit dans l’interaction sociale, mais aussi dans une zone intermédiaire, la ZPD, où l’enfant s’appuie sur ce qu’il observe avant d’agir. Ainsi, laisser un temps d’observation active est une étape à part entière de l’engagement.
Proposer des activités sécurisantes et progressivement engageantes
Dès son plus jeune âge, l’enfant est un être social qui apprend par imitation, et donc par observation de ses pairs. Concrètement, favoriser des petits groupes, expliciter les attentes sociales (attendre son tour, écouter, faire attention à l’autre) et valoriser les premières tentatives d’interaction permettent de soutenir la première entrée dans le collectif.
quelles activités proposer ?
- Des activités d’observation active qui nécessitent un faible engagement :
- Permettre à l’enfant de regarder et comprendre sans pression : par exemple, installer des temps de jeux libres structurés (coin cuisine, construction, dessin) où l’enfant peut se placer en observateur ou activement.
- On peut aussi proposer des “rôles d’observateur” (regarder comment les autres font, repérer une règle du jeu).
- Des activités en binôme sécurisant avec un engagement guidé :
- Proposer des situations à deux, avec un pair “tuteur” ou un adulte. Cela fonctionne d’autant plus si l’enfant a un écart d’âge d’au moins 2 ou 3 ans. Par exemple : jeux de coopération simples (puzzle à deux, construction commune), lecture partagée, ou petites activités de découvertes ou d’exploration ou de manipulation.
- Le binôme réduit la pression du groupe et facilite l’entrée en interaction. Ici, on mobilise aussi les principes de modelage décrits par Albert Bandura : l’élève apprend en observant et en imitant un pair.
- Des situations de valorisation des essais avec un renforcement positif :
- Quel que soit le dispositif, il est essentiel de valoriser les tentatives plutôt que la performance.
- Comme le montre Albert Bandura avec le sentiment d’efficacité personnelle, reconnaître les petits pas “tu as essayé de répondre”, “tu es resté avec le groupe” renforce la confiance et encourage l’engagement futur.
1,2,3, action !
1. J’observe et j’accueille les phases d’engagement des élèves. Je peux repérer les différents niveaux d’implication de l’enfant (observation, participation, entrée en communication avec ses pairs, type de communication, etc.).
2. Je me questionne sur mes interventions. À quel moment suis-je intervenue ? Ai-je laissé suffisamment de temps ? Mon intervention a-t-elle soutenu ou freiné son engagement ?
3. J’ajuste progressivement mes dispositifs pédagogiques. En fonction de mes observations, si je propose plusieurs temps d’immersion, je vais adapter la taille de mes groupes, le type d’activités proposés, l’intervention de l’adulte, etc.
Initier les bases de la coéducation avec les familles
Je pense véritablement que mon expérience au sein des dispositifs d’accueil de moins de 3 ans a changé radicalement mon rapport aux familles. Dans ces dispositifs, on ouvre les portes, on accompagne à la parentalité, on les accueille parfois sans les enfants.
Accueillir les familles des tout petits m’a permis de me rendre compte que c’était l’un des facteurs essentiels d’une rentrée réussie en petite section. Une famille “conquise” est rassurée et va pouvoir accompagner son enfant à l’école en toute confiance.
La coéducation se const à travers des actions qui associent les familles dès les premières expériences de l’enfant
Les travaux de Joyce Epstein montrent que l’implication parentale est d’autant plus efficace qu’elle débute tôt et dans un cadre sécurisant. Concrètement, cela peut se traduire par :
- Organiser des temps d’immersion avec présence du parent, sur des durées courtes au départ (30 minutes à 1 heure), où le parent accompagne l’enfant dans la découverte de la classe.
- Proposer une séparation progressive, en explicitant aux parents qu’ils peuvent s’éloigner progressivement (rester en retrait, puis sortir quelques minutes), afin de respecter le rythme de l’enfant. Cela n’a pas d’intérêt de faire partir le parent car nous sommes en juin et la rentrée est dans deux mois.
Cette progressivité permet à la fois à l’enfant et à sa famille de construire un premier sentiment de confiance envers l’école.
Dans une perspective inspirée de Lev Vygotski, l’enfant apprend dans un environnement social élargi, où les interactions entre adultes, avec les parents et l’enseignant, jouent un rôle structurant et primordial. Ainsi, on peut :
- Mettre en mots des échanges positifs avec les parents (“ta maman m’a expliqué que tu aimais dessiner, on pourra le faire ici aussi”) en présence de l’enfant, ce qui crée un lien entre les deux univers. Rapporter une production à la maison est un excellent souvenir positif pour l’enfant.
- S’appuyer sur les habitudes familiales (objets transitionnels, rituels, langage) pour faciliter l’entrée dans la classe et assurer une continuité affective.
Ces pratiques permettent de sécuriser l’enfant en donnant du sens à ce nouveau milieu. Enfin, pour soutenir l’engagement des familles et éviter un sentiment de mise à distance, il est important de reconnaître leur place et de les rendre actrices de cette étape essentielle dans la vie de l’enfant. On peut :
- Proposer un temps d’échange individualisé en fin d’accueil, même très court, pour partager une observation positive sur l’enfant et recueillir le ressenti du parent.
- Donner des repères concrets sur la rentrée (déroulement d’une journée, attentes, séparation), afin de réduire l’incertitude, souvent source d’anxiété.
- Valoriser les compétences parentales, en soulignant leur rôle dans cette transition “ce que vous mettez en place à la maison aide beaucoup votre enfant à se préparer”. (donner des conseils de lecture pour accompagner la rentrée si les parents le demandent)
Ainsi, l’immersion de juin ne constitue pas seulement une familiarisation pour l’enfant : elle devient un véritable espace de coéducation, où se tissent les premiers liens entre famille et école, dans une logique de continuité et de sécurité affective.
qu'en dit la recherche ?
La coéducation ne se limite pas à une simple coopération organisationnelle entre l’école et les familles. Elle t’engage à adopter une véritable posture professionnelle. De nombreux travaux en sciences de l’éducation montrent que la qualité de la relation école-familles repose largement sur la reconnaissance mutuelle des compétences éducatives de chacun.
Ainsi, Philippe Perrenoud souligne que les tensions dans la relation avec les familles naissent souvent des non-dits et d’un sentiment de "supériorité". L’école peut être tentée de considérer ses savoirs comme plus légitimes que ceux des parents. Or, la coéducation suppose précisément de reconnaître que les familles possèdent, elles aussi, une expertise construite par leur connaissance quotidienne de leur enfant.
Dans la même perspective, Bernard Lahire rappelle que les pratiques éducatives des familles sont profondément liées à leurs vécus sociaux, culturels et scolaires. Certains malentendus entre l’école et les parents ne relèvent donc pas d’un « désintérêt » mais d’un écart de codes, de rapports à l’institution ou d’un sentiment de légitimité variable face au monde scolaire.
Les recherches de Joyce Epstein montrent également que les dispositifs de coéducation les plus efficaces sont ceux qui construisent une relation de confiance, dans laquelle les familles se sentent reconnues, écoutées et capables d’agir aux côtés de l’école.Cette confiance ne se décrète pas : elle se construit dans les interactions ordinaires, les paroles échangées, les postures adoptées et la manière dont chaque acteur considère l’autre.
1,2,3, action !
1. Je m’interroge sur mes propres attentes : comment je considère une famille comme impliquée ? Quelles attitudes j'interprète comme négatives ? Je prends conscience afin d’éviter de rentrer dans les jugements.
2. Je visionne cette vidéo.
3. Je m’interroge sur la coéducation.
À ce sujet, si tu veux anticiper la rentrée, cette fiche-outil peut t'aider :
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Obligatoire dans les quinze jours qui suivent la rentrée, une réunion de parents d’élèves réussie est la première pierre d’une année efficace dans la coopération école / famille. Pour s’assurer de ne …
Pour terminer, quelques points de vigilance à avoir en tête, issus des sciences cognitives…
- L’enfant apprend mieux lorsqu’il se sent en sécurité. Le stress lié à la séparation peut mobiliser fortement ses ressources attentionnelles. Selon les recommandations officielles, l’école maternelle doit être un lieu de sécurisation affective, favorisant la confiance et le bien-être. Le point de vigilance doit se situer au niveau de la durée de l’immersion et la prise en compte des signaux émotionnels (pleurs, colère...)
- Un excès de nouveautés (lieux, adultes, règles, pairs) peut saturer les capacités de traitement de l’enfant. D’où la nécessité de mettre en place une adaptation progressive à l’école.
- Les routines stabilisent l’environnement et libèrent des ressources pour apprendre. Il est important d’expliciter les moments clés aux familles et de les convier à ces temps d’immersion.
- La continuité entre les milieux de vie (famille/école) favorise l’adaptation et les apprentissages. En effet, la relation avec les parents est un levier essentiel de réussite scolaire. Le but n’est pas de se limiter à une transmission descendante d’informations mais de construire un véritable dialogue avec les familles.
L’accueil des futurs élèves de petite section en juin dépasse largement la simple découverte de l’école : il constitue un véritable temps de transition, où se construisent les premiers liens de confiance entre l’enfant, sa famille et l’enseignant. Pensé comme un processus progressif, sécurisant et partagé, il devient un levier essentiel pour une rentrée apaisée et réussie.
Natacha Cazogier, professeure des écoles depuis 2007, PEMF depuis 2022, bâtisseuse de rêves pédagogiques chez ÊtrePROF depuis 2024
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Pour commencer l’année le plus sereinement possible, voici une liste d’activités brise-glace qui peuvent facilement être mises en place afin que les élèves de maternelle (et l’équipe enseignante) accu…