L’autorégulation est un processus important dans l’apprentissage. Pour devenir un apprenant actif et autonome, l’enfant a besoin de développer des capacités pour s’autoréguler sur le plan émotionnel, attentionnel, motivationnel et cognitif.
Les neurosciences et la psychologie de l’éducation montrent désormais que la gestion des émotions influence directement l’attention, la motivation, la mémorisation.
Cet article présente, à partir des dernières recherches en psychologie cognitive des points théoriques sur la régulation émotionnelle et propose des pistes pédagogiques concrètes pour la classe.
C’est quoi, une émotion ? Quel est son rôle dans l’apprentissage ?
Dans le champ de la psychologie et des sciences cognitives, une émotion se produit en réponse à un stimulus accompagné de changements physiologiques, de comportements expressifs. Les émotions de base sont la joie, la colère, la peur, la tristesse, le dégoût, la surprise.
Les émotions sont des constructions sociales, normées selon la culture. La socialisation émotionnelle des enfants se développe au sein de la famille et dans le cadre de l’école, durant la petite enfance.
Pour le jeune enfant, l’âge et la maîtrise du langage constituent des facteurs très importants par rapport à l’expression et au contrôle des émotions.
Le développement cognitif et socio-émotionnel de l’enfant n’est pas linéaire, mais dynamique
Ainsi, les caprices du jeune enfant sont l’expression de cette immaturité du cerveau. Dans l’apprentissage, les stimuli émotionnels capturent notre attention ; une humeur négative aurait tendance à orienter l’attention vers des pensées internes, intrusives.
Alors qu’une humeur positive élargirait l’attention vers des informations externes. Les émotions agréables et positives, comme l’intérêt ou des émotions désagréables et négatives, comme le stress, influencent l’encodage, la consolidation mémorielle.
Quel impact sur la réussite scolaire ?
David Sander, professeur à la Faculté de psychologie et sciences de l'éducation à l’université de Genève évoque des émotions d’accomplissement comme le plaisir, la fierté, l’intérêt, la curiosité, qui déterminent la réussite scolaire.
Le rôle des adultes est d’accompagner les jeunes enfants pour nommer les émotions, les sensations corporelles qu’ils éprouvent pour leur permettre de les apprivoiser et progressivement les réguler. Pour les élèves les plus âgés, susciter l’intérêt et la curiosité en classe constitue un véritable levier pour renforcer la motivation et favoriser la réussite scolaire.
Comment aider les élèves à nommer les émotions, les besoins liés à ces émotions et à les reconnaître chez les autres ?
Identifier les émotions
Sous forme de cartes de jeux, les outils de ScholaVie permettent d’identifier les émotions de base, les sentiments qui y sont associés ainsi que les besoins nécessaires.
Le travail d’identification des émotions, des sentiments et des besoins est lié à un travail sur le lexique dans le domaine de la maîtrise de la langue. Il est possible aussi de mimer ces émotions pour les reconnaître, les illustrer en lien avec les arts plastiques.


Les cartes émotions de ScholaVie
Développer l’empathie
Le jeu coopératif Feelings (à partir de 8 ans) invite à exprimer son ressenti, à se mettre à la place de l’autre et à se rencontrer sur la piste d’empathie. À partir de situations données, chaque participant à tour de rôle choisit une émotion. Les autres doivent trouver l’émotion choisie. Il est possible aussi de faire des saynètes à partir des situations du jeu proposées.
Parler de ses émotions
La réglette individuelle des émotions (ou l'humeur du jour) permet une reconnaissance de son émotion et une attention à celles des autres.
On peut l’installer en rituel de classe, tous les matins. Dans ma classe, nous avons aussi des petits coeurs en bois que chacun peut poser sur la table d’un camarade ou sa propre table pour apporter du réconfort.
Réguler ses émotions
À partir de 8 ans, on peut utiliser un outil intéressant dans la régulation des émotions, qui est celui proposé dans l’ouvrage Opéraction, de Geneviève Dufour. Inspiré de l’approche cognitive comportementale, il s’agit d’accompagner l’enfant à réfléchir puis modifier ses pensées par le questionnement l’impact sur les émotions et les comportements reliés à ces pensées.
Cette approche permet de protéger et aider à accroître l’estime de soi. Il peut constituer un outil de suivi pour des enfants qui ont besoin d’un accompagnement plus ciblé dans la régulation émotionnelle. L’Office central de la coopération à l’école propose aussi des outils de régulation émotionnelle.



Le jeu Feelings, la réglette des émotions de Papa positive et l'outil de l'ouvrage Opéraction
Comment intégrer les émotions positives dans l'apprentissage ?
Comme nous l’avons vu dans la première partie, les émotions agréables, positives facilitent l’apprentissage et la mémorisation.
Installer des gestes professionnels adaptés
Les gestes professionnels de l’enseignant ou l'enseignante sont fondamentaux dans le soutien aux apprentissages et la régulation émotionnelle.
- Être chaleureux, empathique et soutenant ;
- manifester son enthousiasme et son intérêt pour les progrès et la réussite des élèves, sont des gestes qui vont favoriser des émotions agréables.
La gestion de l’erreur faisant partie de l’apprentissage permet également de réduire le sentiment de ne pas y arriver, protège l’estime de soi, et augmente le sentiment d’efficacité personnelle chez les élèves.
Les recherches en psychologie positive montrent que les apprenants qui ont un bon sentiment d’efficacité personnelle vont développer un apprentissage plus en profondeur avec des buts de maîtrise.
Axer sur l’intérêt de la situation d’apprentissage
Une des pistes pour susciter l’intérêt des élèves est que l’enseignant ou l'enseignante exprime de l’intérêt pour l’objet d’apprentissage, engage les élèves dans des situations explicites dont le but est clairement identifié. Une situation qui représente de l’intérêt est celle qui favorise une nouveauté tout en étant complexe mais également compréhensible.
Proposer un enseignement plus personnalisé
Permettre à l’élève de réaliser des choix entre des exercices différents, mais de même utilité pédagogique, favorise son autonomie et son engagement dans les apprentissages. Cette pratique, appelée parfois choix différencié ou plan de travail, consiste à proposer des activités équivalentes sur le plan des compétences, tout en variant les modalités ou les supports.
Encourager la reconnaissance de la pertinence d’un apprentissage en le situant dans le contexte de l’élève, en le reliant à des situations concrètes de la vie de tous les jours.
Il est essentiel de relier les savoirs scolaires à des contextes concrets et des préoccupations quotidiennes vécues par les élèves. Cette démarche permet aux élèves de donner du sens à leurs apprentissages et d’en percevoir l’utilité dans leur vie de tous les jours.
Des astuces pour agir concrètement au quotidien
Si vous êtes prof au premier degré :
Si vous êtes prof en secondaire :
Marie-Christine Pennors, professeure des écoles et directrice d’une école primaire, diplômée en sciences cognitives et neuroéducation, doctorante en sciences de l’éducation et de la formation