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Quand l'hiver se fait long... 4 idées pour s’épauler entre collègues

Cycle 1 à 33 min
Marion Blanc-Catherinet
Marion Blanc-CatherinetProfesseure des écoles depuis 2021

En hiver, je suis souvent au ralenti… J'ai tendance à m’isoler, à manquer de motivation. J’ai compris que je n’étais pas la seule dans ce cas. Avec la pression des livrets, les RDV parents, tout s'enchaîne et nous sommes tous épuisés. 

Dans mon école, je comprends le sens du mot “équipe” 

Travailler en équipe, ce n’est pas être ami avec tout le monde, ce n’est pas d'aller boire des verres ensemble tous les soirs. Être une équipe, c’est savoir que les autres sont là, qu’ils nous épaulent et que si on commence à flancher, on peut compter sur eux. L’école, c’est un microcosme, on fonctionne ensemble, on est dans le même bateau. 

Le midi, j’aime rester dans ma classe et m’isoler un peu. On m’a demandé si je ne m’entendais pas avec mes collègues, pourquoi je n’étais pas si souvent avec eux. Justement, comme je m’entends bien avec eux, ils savent et respectent le fait que j’ai besoin de ce calme sur la pause méridienne. 

Je vais donc vous raconter comment on peut faire équipe, nouer des liens, mettre en place des projets communs durant cette période hivernale !

Conseil n°1 - Déléguer, quand c'est trop…

On a tous des moments où c’est simplement trop. Ici, on revient à l’idée de faire équipe. Sauf de rares exceptions, on est rarement seul dans une école. Quand la pression devient trop, qu’on va à l’école avec la boule au ventre, qu’on se dit que là, ça ne peut plus durer, on s’appuie sur les collègues. 

Il faut définir en réunion ce qui est possible de faire dans ces cas. L’idée va être de proposer des solutions en cas de crise, sans que cela devienne abusif ou que ce soit énergivore. On peut lister les cas rencontrés qui ont été “trop” pour nous, et définir comment proposer des solutions. 

Par exemple, à un moment de la semaine, je n’ai que la moitié de mes élèves. Mes collègues savent qu’à ce moment j’ai de la place pour accueillir des élèves perturbateurs. 

mon astuce

Créer un tableau pour définir les classes où des élèves peuvent être accueillis selon les disponibilités de chacun. Garder à l'esprit qu'on confie son élève à un ou une collègue sur un temps court et muni d'un travail à effectuer.

Pour un rendez-vous parents un peu tendu et qui inquiète

La présence d’un autre adulte peut être une solution. Cela va permettre de s’en tenir au factuel et de ne pas interpréter des paroles. La présence d’un collègue montre au parent qu’on le prend au sérieux, mais aussi nous protège. Le parent un peu virulent le sera moins en présence d’un “témoin”.

Face à cet élève qui ne fait que parler et qui ne travaille pas

Quand il nous fait sortir de nos gonds, on arrête. C’est un travail très compliqué, mais on y arrive peu à peu. Quand un élève devient “trop”, je lui dis calmement de se lever et d’aller dans la classe d’à côté. Le fait de ne pas le dire en s’énervant va être le plus compliqué, je le sais. C’est un travail, sur soi, pas sur les élèves. 

Quand un conflit implique plusieurs élèves (comme du harcèlement)

 Il va être très compliqué de se positionner de manière neutre, et c’est normal. On peut demander à un collègue de se charger de la récolte des informations. Ainsi, on délègue ce moment compliqué et on se retrouve uniquement avec le factuel. 

Cette aide de délégation, de lâcher prise fonctionne quand elle va dans les deux sens. Quand on repère un collègue en difficulté, on peut simplement lui proposer de prendre ses élèves perturbateurs pendant une heure par exemple. Quand cela arrive, je ne demande pas forcément ce qu’il se passe, mais je propose de l’aide. On est une équipe !

je me lance !

  • Je repère mes limites et ce qui est ingérable pour moi.
  • Je respire et je demande de l’aide à mes collègues - demander de l’aide montre que l’on a confiance.
  • Je propose mon aide quand je sens que quelqu’un atteint ses limites.

Conseil n°2 - Faire des groupes de travail

En début de carrière, quand il m’arrivait quelque chose de difficile en classe, je ne laissais rien paraître. Je ne voulais pas que mes collègues me trouvent nulle, je ne voulais pas devenir “celle qui ne gère pas”. En cas de souci, je cherchais les solutions dans mon coin, sur des blogs ou sur les réseaux. 

Aujourd’hui, je n’hésite plus à échanger et à demander de l’aide à mes collègues. J’ai compris que tout le monde a des moments durs. On est dans le même bateau.  Par exemple en ce moment, où c’est la période des bulletins de classe à l’école. On est tous à cran, tous stressés par les deadlines. 

Quand on est dans ce cas de figure, ce qui est important, c’est de ne pas ajouter de l’isolement. Seul, on va pouvoir se mettre encore plus de pression, ruminer, se dévaloriser. Alors, je peux demander à mes collègues où ils en sont, s’ils ressentent la même chose que moi. 

À partir de là, un sentiment de groupe peut naître

On peut se retrouver pour travailler ensemble, que ce soit en présentiel ou en distanciel. Le fait d’être avec un ou des collègues va apporter une forme de soutien et de motivation pour y arriver, ensemble. On va pouvoir échanger, partager nos doutes, fêter nos petites réussites, s’encourager. Ça peut paraître peu, mais en réalité, ces échanges aident beaucoup. 

La plupart du temps, quand j’ai des tonnes de corrections à faire, des mails par centaines (j’exagère un peu, oui, bon…), je prends mes affaires et je vais dans la classe d’un ou une collègue. 

Pendant un moment, on travaille chacun de son côté. Mais ensemble. Et ça, ça change tout. Savoir que si on a besoin d’aide pour une formulation de correction, d’échanger sur un exercice ou simplement de râler en corrigeant, quelqu’un est là, immédiatement.

et en pratique ?

Comment j'identifie, puis je vais vers des gens que j'estime de confiance ?

  • Une personne avec qui je m'entends bien, avec qui j'ai des atomes crochus.
  • Un collègue qui a une manière de travailler semblable à la mienne.
  • Un collègue sur qui je peux compter, qui est dans la collaboration et qui ne va pas ou prendre toute la place, ou tout me laisser faire.

Conseil n°2 - Organiser une sortie

Dans mon école, on a à cœur que nos élèves coopèrent. La coopération fait partie de nos valeurs. En arrivant, ça peut paraître un peu déroutant de travailler avec ses collègues, de faire des projets ensemble. Surtout, ça peut donner une impression un peu idyllique de l’école. 

Si on conseille aux enfants de travailler en équipe, en groupe, d’échanger, de dire que l’erreur n’est pas un échec, il est aussi important de leur en donner l’exemple. 

un petit exemple de mon expérience...

Je parlais de tricot en salle des professeurs, une de mes collègues est venue me dire qu’elle aimerait bien s’y remettre. Je lui ai expliqué que j’aimerais apprendre à mes élèves, qu’ils sont demandeurs mais que ce projet m’inquiète un peu. Mes élèves sont 30, je ne me sens pas de le faire seule. 

 

Nous avons discuté de ce que nous pourrions faire ensemble pour réaliser mon projet avec mes élèves, et elle avait besoin de soutien pour une activité artistique. Nous allons donc réunir nos deux classes dans une grande salle et proposer les deux ateliers aux élèves. 

 

Ce projet n’aurait pas pu voir le jour si ma collègues n’avait pas réagi à ma conversation en salle des profs et si je ne lui avais pas exposé mes craintes quant à l’apprentissage de mes élèves.

Dans mon école, on définit un thème commun par cycle, ou un projet sur l'année

C’est un super point pour commencer le travail en groupe. Choisir un thème, ce n’est pas s’enfermer dedans. Je le vois plus comme un fil rouge auquel se raccrocher quand on commence à couler. Savoir que les collègues ont le même thème va permettre de pouvoir échanger sur le sujet. Les classes vont pouvoir avoir des rituels communs par exemple, comme des instants lecture, de la musique, du sport. 

On peut également poser des projets bien plus ponctuels. Il y a quelques mois, j’avais en projet de faire de la pâtisserie avec mes élèves. J’ai proposé une journée pâtisserie à mes collègues pour que l’on passe du temps ensemble et pour avoir une charge moins lourde à porter que si j’avais été seule. 

On peut aussi prévoir des petites sorties pour se réchauffer…

Pourquoi ne pas faire une sortie au cinéma du coin pour aller voir un documentaire, aller se promener en ville, sortir observer la nature dans un parc, aller au marché ! On trouvera toujours quelqu’un pour nous accompagner. Les sorties, ça peut être un peu stressant, mais quand on sait que tout ne repose pas sur nos épaules, ça devient un vrai plaisir.

je me lance !

  1. J’identifie mes difficultés et l’aide dont j’ai besoin pour avancer en classe.
  2. J’identifie qui pourrait m’aider, je demande, j’observe les spécialités de chacun.
  3. J’expose mes besoins à la personne en expliquant en quoi elle pourrait m’aider sans faire à ma place.

Conseil n°4 - Faire des échanges de service (de classe)

J’étais terrorisée par les échanges de service au début. Savoir que quelqu’un d’autre va enseigner dans ma classe avec mes élèves, pendant que j’irai dans une autre classe avec d’autres élèves… brrrr, impensable ! 

Sauf que. Ce qui me semble pire que l’échange de service, c’est enseigner une matière qui ne me parle pas. En commençant mes préparations, je me rends compte que la géographie ne me passionne pas. Je me trouve ennuyante, ça ne me parle pas, bref j’y vais à reculons…

J’avoue… Je n’ai pas enseigné la géographie depuis 4 ans !

Alors qu’en faisant un échange, quelqu’un de plus compétent sera devant mes élèves pendant que j’irai enseigner quelque chose qui me plait à d’autres élèves. 

Étape 1 : Définir ses forces

Une force, ça peut être une matière avec laquelle on est vraiment à l’aise, qu’on prend plaisir à enseigner, une méthode que l’on maîtrise, où l’on observe que nos élèves accrochent et comprennent les notions abordées. L’idée est d’alléger notre charge, pas de nous ajouter de l’inconfort. 

Étape 2 : Convenir de l’échange à mettre en place

Il faut définir :

  • Le choix de la matière : on peut dire à un collègue qu’on n’est pas trop à l’aise avec telle matière et qu’on ne se sent pas de l’enseigner à nos élèves.
  • Les enjeux : j’attends de cet échange que mes élèves travaillent sur un point précis, sur ce programme, sur cette thématique… Ce qu’on peut faire en échange dans la classe du collègue.
  • Puis, les éléments pratiques : la période, définir les horaires où les classes sont disponibles pour réaliser l’échange.
  • Ce que l’on est prêt à donner dans cet échange : est-ce qu’on est prêt à tout créer en cas de changement de niveau, de changement de cycle, qui va réaliser et corriger les exercices et évaluations… Tout est possible dans les échanges, mais il est primordial d’être bien au clair avec tous ces points pour que ça fonctionne.

 

À la deuxième séance, tout doit être mis en place. C’est pourquoi, il faudra en amont travailler en équipe : qui sont les élèves, est-ce que certains ont des aménagements, est-ce qu’il y a des prises en charge pendant le créneau, à quoi dois-je faire attention ? Tant de questions qui vous permettront de ne pas être déstabilisé au moment de commencer l’enseignement.

petits points de vigilance

L’échange ne doit pas perturber les élèves. Il conviendra de les prévenir en amont de l’organisation mise en place et la durée de l’échange. Si les élèves ne connaissent pas notre binôme, on peut prévoir un temps pour qu’il se présente à la classe. On leur expliquera aussi les supports à utiliser en classe, les règles de la classe à ce moment-là…

 

Enfin, il va être intéressant de poser les règles avec les élèves. Il y a un changement d’enseignant, quelles sont les règles applicables ? 

  • J’explique à mes élèves que pendant ce temps, l’adulte référent est mon binôme.
  • J’explique que j’ai confiance en cette personne et qu’elle fait figure d’autorité en mon absence. Cependant, chaque personne est différente. Eux-mêmes n’apprécient pas tous de travailler de la même manière. 

Les adultes sont pareil : ce n’est pas parce que je fonctionne en ateliers que mon collègue le fera aussi. En cycle 3, ces échanges vont permettre de préparer les élèves à l’entrée au collège et au changement récurrent de professeurs. Pour les plus petits, une discussion pourra avoir lieu en amont pour que le collègue explique sa manière de travailler en classe.

je me lance !

  • Je définis les matières que j’apprécie vraiment enseigner et celles avec lesquelles je suis le moins à l’aise.
  • J’identifie ce que je ne voudrais vraiment pas dans ma classe, ce qui est de l’ordre de ma personnalité, ce qui serait vraiment inconfortable de découvrir après une intervention d’un ou une collègue dans ma classe.
  • J’échange avec mon binôme pour que tout soit bien clair.

Je tiens à nouveau à préciser que tout cela ne se fait pas du jour au lendemain. On a mis du temps à arriver à cela avec mes collègues. On arrive aujourd’hui à fonctionner en groupe, sans pour autant être amis. 

C’est ça l’équipe, vivre ensemble sans s’imposer de l’amitié ou du personnel. Quand on s’appuie sur les autres, les autres s’appuient sur nous à leur tour, et la fraîcheur de l’extérieur laisse place à la chaleur dans le cœur. 

 

Marion Blanc-Catherinet, prof en CM depuis 2020, team projets fous & inclusion totale

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