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Sport et inclusion : un projet autour des JO avec des élèves en ULIS

Cycle 2 à 34 min
Valérie Armand
Valérie ArmandEnseignante spécialisée

Tout est parti d’une question simple posée par mes élèves :

“Maîtresse, c’est quoi les Jeux Olympiques d’hiver? C’est la même chose que ceux qui se sont déroulés en France et qu’on a suivis ? Il y a encore Phryge ?”

À l’approche de cet événement, j’ai souhaité transformer cette curiosité en un projet fédérateur, accessible à tous, mêlant découverte sportive et valeurs humaines. Dans le cadre du dispositif ULIS école, ce travail a été pensé comme un levier d’inclusion, en lien étroit avec des classes de cycle 3.

Ensemble, nous avons exploré plusieurs axes concrets de ces JO d’hiver à travers leurs valeurs, leurs symboles, leur hymne, la ville hôte de Cortina et les différents sports pratiqués.

NB : Cet article propose plusieurs axes concrets pour mettre en place un projet interclasses autour des JO d’hiver, adaptable aux besoins d’élèves aux profils hétérogènes. 

Il s’adresse aux enseignants du primaire souhaitant faire vivre un projet mêlant sport, culture et inclusion, tout en favorisant la coopération et le vivre ensemble au sein de l’école.

À la découverte des JO et de leurs valeurs…

Lorsque nous avons commencé à parler des JO en classe, mes élèves associaient surtout cet évènement à la compétition et à la victoire. Très vite, des questions ont émergé : 

"Pourquoi il y a un vainqueur ? Est-ce qu’on peut participer, même si on n’est pas fort ?"

Ces échanges m’ont fait prendre conscience que travailler sur les JO est une occasion précieuse d’aborder, au-delà du sport, des valeurs essentielles comme le respect, l’entraide et l’inclusion, particulièrement importantes dans le cadre du dispositif ULIS et du travail mené avec les classes de cycle 3.

S’appuyer sur les valeurs olympiques officielles

Les valeurs des JO (respect, amitié, excellence) constituent une base claire et structurante. Elles peuvent être présentées simplement, à base de pictogrammes, d’illustrations ou être débattues en EMC, lors du conseil de coopération. 

En ULIS, chaque valeur peut être travaillée séparément avec un vocabulaire adapté et des exemples du quotidien scolaire : attendre son tour, encourager un camarade, accepter ses réussites comme ses difficultés.

Donner du sens par des situations vécues

Pour rendre ces valeurs concrètes, il est essentiel de les relier à la vie de l’école. Après la présentation d’une valeur, nous avons pris le temps d’échanger : "Quand est-ce qu’on fait preuve de respect dans la cour ? Comment peut-on s’entraider en classe ?" Ces temps de parole précieux favorisent l’expression de tous les élèves.

Mettre en place des activités coopératives

Plutôt que de multiplier les situations de compétition, des jeux coopératifs inspirés des sports d’hiver peuvent être proposés : relais collectifs, défis en équipe, parcours adaptés. Les groupes sont volontairement hétérogènes, afin de favoriser l’entraide entre les élèves du dispositif ULIS et les élèves du cycle 3. L’objectif n’est pas la performance individuelle, mais la réussite collective.

Valoriser les attitudes plutôt que les résultats

Lors des activités, une attention particulière est portée aux comportements observés : encourager un camarade, respecter une règle, persévérer malgré la difficulté. Ces attitudes sont verbalisées et valorisées.

Créer des liens avec les autres classes

Créer des liens avec les classes de cycle 3 permet de donner une véritable dimension inclusive au projet. Les élèves deviennent acteurs d’un projet commun, où chacun trouve sa place, quelles que soient les compétences.

Une vidéo pour présenter les JO aux élèves.

point de vigilance

Notre posture consiste à rappeler régulièrement que les JO sont avant tout un moment de rencontre, de partage et de respect. Adapter les règles, les supports et les attentes permet à chaque élève de s’engager positivement dans le projet et d’en retirer un bénéfice sur le plan scolaire et social.

Comprendre les symboles olympiques pour donner du sens au projet

Lorsque j’ai présenté l’affiche des JO d’hiver à la classe, plusieurs élèves ont immédiatement remarqué les anneaux :

"Pourquoi sont-ils mélangés ? Pourquoi il y a plusieurs couleurs ?" 

Certains connaissaient déjà ces symboles, d’autres les découvraient. 

Quant à l’hymne olympique, il a suscité des réactions très diverses: étonnement, curiosité… Ces réactions m’ont confirmé que les symboles olympiques pouvaient devenir de véritables supports pédagogiques, à condition d’être explicités.

Les affiches officielles des JO de 2026, en février et mars (pour les paralympiques), en Italie.

Décoder les anneaux olympiques

Les anneaux sont présentés comme un symbole d’union entre les continents. Pour faciliter la compréhension, ils peuvent être associés à des cartes du monde, des couleurs ou des personnages représentant les différents pays. Sur le dispositif, nous avons représenté les anneaux et créé des phrases simples pour permettre de rendre ce symbole concret et compréhensible.

mettre en lien les anneaux et la notion d'inclusion

Je m'appuie sur une métaphore très concrète pour les élèves. Chaque anneau représente un groupe différent : une classe , un pays ou une émotion... Pris séparément, les anneaux existent, mais c'est lorsqu'ils sont liés entre eux qu'ils prennent tout leur sens. Il en va de même pour chacun d'entre nous : seul on avance mais ensemble, on avance plus loin !

 

En ULIS par exemple, nous avons matérialisé cela par une petite expérience en associant chaque anneau à ULIS, classe de CM1- CM2, classe de CM2, les enseignants de Cycle 3 et coordo ULIS : 

 

Qu'est ce qu'on peut faire seul et que peut-on faire ensemble ? 

Nous avons relié ces anneaux, ce qui permet de montrer que chacun a sa place dans l'ensemble, même si nous sommes tous différents. Cette activité nous permet d'aborder concrètement l'inclusion : à l'école comme aux JO, on avance ensemble et personne n'est mis de côté.

Aborder l’hymne olympique par l’écoute et l’émotion

L’hymne olympique est écouté dans un premier temps sans objectif précis, simplement pour ressentir. Les élèves sont ensuite invités à exprimer ce qu’ils ont ressenti : calme, excitation, surprise. En ULIS, on adapte avec un volume sonore ajusté.

Donner une place active aux élèves

Les élèves peuvent apprendre un court refrain, battre le rythme, ou accompagner l’écoute par des gestes. L’objectif n’est pas la performance musicale, mais la participation et le plaisir partagé. Ces temps collectifs renforcent le sentiment d’appartenance à un projet commun.

Faire des liens avec la vie de l’école

Les symboles olympiques peuvent être réinvestis quotidiennement : affiche des anneaux avec des règles de vie associées, utilisation de l’hymne lors de temps forts du projet. Cela permet de prolonger le travail sur les valeurs au-delà des séances dédiées. Il est fort probable qu’on organise aussi des olympiades.

Explorer les villes hôtes pour ouvrir les élèves au monde 

Lorsque j’ai annoncé aux élèves que les Jeux Olympiques d’hiver se déroulaient à Milan et Cortina essentiellement, beaucoup ont réagi spontanément : 

"C’est où ? Ca se passe en France ? Est-ce qu’ils ont de la neige toute l’année ?" 

Ces questions ont été le point de départ d’un travail riche autour de la localisation, du paysage et de la culture du pays hôte. Très vite, ce détour par la géographie a permis de donner du sens au projet, tout en suscitant la curiosité des élèves du dispositif ULIS comme des élèves du cycle 3.

Situer Cortina sur une carte pour construire des repères spatiaux

La première étape consiste à localiser l'Italie, Milan, Cortina sur une carte du monde, puis sur une carte d’Europe. Ce travail est mené de façon progressive avec des supports adaptés : cartes simplifiées, manipulation du globe.

En ULIS, l’objectif n’est pas la précision mais la construction de repères simples : pays, continent, distance avec la France.

Découvrir un environnement différent du quotidien des élèves

Cortina est située en montagne, dans les Dolomites. Le paysage enneigé, les reliefs et le climat peuvent être comparés à l’environnement des élèves. Photos, vidéos courtes et images permettent d’illustrer ces différences. Ce travail favorise l’enrichissement du vocabulaire et l’ouverture culturelle. 

Nous avons fait une sortie en montagne en décembre pour découvrir le relief, nous en ferons une en mars pour faire nos propres JO d’hiver. Les élèves du cycle 3 iront en montagne en juin afin de comparer climat et végétation.

Relier la ville hôte aux sports d’hiver 

Les élèves découvrent que les sports olympiques d’hiver sont directement liés au lieu dans lequel ils se déroulent. Cette compréhension aide à donner du sens aux disciplines présentées par la suite. Des échanges simples permettent de faire le lien entre le lieu, le climat et les activités sportives de neige ou de glace.

Favoriser les échanges entre élèves et différents niveaux

Les temps de travail partagés permettent de valoriser les compétences de chacun. Certains élèves deviennent “experts” d’un aspect du projet (pays, paysage, culture) et transmettent leurs découvertes aux autres. Nous avons là de véritables échanges entre les classes, des constructions partagées pour avancer ensemble. 

 

C’est aussi à ce moment-là que l’on découvre les disciplines sportives des JO avec l'album Vive les jeux d’hiver d’Hervé Le Goff. Plusieurs disciplines sont présentées et illustrées. Nous échangeons sur leurs connaissances ou non dans ces disciplines avant de découvrir certains moments des précédents JO d’hiver sur Youtube, questionnant, suscitant la surprise parfois.

point de vigilance

Il convient de veiller à ne pas trop surcharger les élèves d’informations. L’essentiel est de sélectionner quelques éléments et de les travailler en profondeur. Adapter les supports et varier les modalités : oral, visuel, manipulation….permet à chacun de s’approprier le projet à son rythme.

Expérimenter les sports d’hiver avec des pratiques adaptées et inclusives

Lorsque nous avons commencé à pratiquer les sports d’hiver en EPS, certains élèves étaient enthousiastes, d’autres beaucoup plus réservés :

"Je n’y arriverai pas…. Mais maîtresse, tu sais bien que je suis nul en sport !"

J’ai alors fait le choix d’adapter les disciplines olympiques pour que chacun puisse participer, progresser et surtout prendre plaisir à participer. Très vite, les élèves ont compris que l’objectif n’était pas de gagner mais de vivre ensemble une expérience sportive inspirée des JO d’hiver.

quelques conseils

  • Présenter certains sports d’hiver à l’aide d’images ou de courtes vidéos : ski alpin, ski de fond, hockey sur glace, luge et bobsleigh, biathlon, curling.
  • Faire classer les sports selon leurs caractéristiques : sport sur neige ou glace, individuel ou collectif, en intérieur, en extérieur.
  • Faire manipuler du matériel pour rendre les choses plus concrètes : crosses de hockey, palet de hockey, luge (nos luges à nous).
  • Adapter des situations sportives dans la cour ou salle de motricité : parcours slalom inspiré du ski, biathlon: parcours matérialisé par des plots où l’on court, puis une zone de tir (soit tir à l’arc, soit version chamboule tout), gainage dans la salle de motricité comme les athlètes sur les luges.
  • Former des groupes hétérogènes et mettre en avant l’effort et l’engagement.
  • Valoriser les comportements positifs : coopération, encouragement, respect des règles et du matériel et faire verbaliser les ressentis après chaque activité.

Adapter le hockey pour favoriser la coopération

Le hockey peut être pratiqué avec des crosses en plastique et une balle ou palet en mousse. Un parcours moteur est d’abord suggéré pour apprendre à guider la balle ou le palet. Les équipes sont réduites et hétérogènes. 

Les règles sont simplifiées : pas de gardien, terrain réduit et temps de jeu court. L’accent est mis sur la circulation de la balle et l’entraide plutôt que le score. Chaque réussite collective est valorisée.

Télécharger la fiche activité ici !

Proposer un biathlon accessible à tous

Le biathlon est facilement transposable à l’école en associant une course ou un relais à une activité de tir à l’arc ou de lancer sur cible. Les distances sont adaptées, le rythme est libre et les cibles peuvent être proches ou agrandies selon les besoins. 

Cette activité permet de travailler l’endurance, la concentration et la gestion de l’effort, tout en respectant les capacités de chacun.

Télécharger la fiche activité ici !

Découvrir le curling de manière ludique

Le curling est une discipline particulièrement adaptée à une pratique inclusive. Des ballons lestés ou balles lourdes peuvent être utilisés pour viser une cible au sol. Les élèves jouent en équipe, discutent de la stratégie et encouragent leurs camarades. La précision et la coopération priment sur la force.

Télécharger la fiche activité ici !

Des activités complémentaires inspirées des JO d’hiver

Le relais nordique : en équipe de 4 ou 5 élèves, marche rapide ou course sur un parcours délimité par des plots, avec passage de témoins pour travailler l’endurance et la coopération.

Des défis d’équilibre : parcours avec plots ou bancs, rappelant le ski ou le snowboard, adaptés aux capacités motrices de chacun.

La pratique inter-classes dans mon école.

point de vigilance

Il est essentiel d’adapter les règles, le matériel et les attentes afin que chaque élève puisse s’engager sans craindre l’échec. Les groupes hétérogènes et la coopération doivent être privilégiés pour éviter toute mise en difficulté. 

 

La posture est déterminante : encourager, rassurer et valoriser chaque progrès permet de faire du sport un véritable levier d’inclusion.

Favoriser la coopération avec un projet interclasses

Tout au long de ce projet, j’ai pu observer l’évolution des relations entre les élèves entre eux, entre les élèves du dispositif ULIS et les élèves du cycle 3. Parfois, certains échanges pouvaient être timides ou maladroits. Au fil des activités communes, les élèves ont appris à se connaître autrement. 

Construire un projet commun et visible pour tous

Le projet autour des JO doit être pensé comme un fil conducteur partagé par plusieurs classes, voire par une école entière. Affichages communs, productions collectives, temps forts organisés ensemble permettent aux élèves de se sentir pleinement acteurs d’un projet d’école. Cette visibilité renforce le sentiment d’appartenance et valorise la place de chacun.

Créer des groupes hétérogènes et complémentaires

Lors des activités sportives ou culturelles, les groupes sont constitués en mélangeant les élèves, en veillant aussi à une équité garçons/filles. Chacun peut apporter ses compétences : motrices, organisationnelles, langagières ou relationnelles. Ce fonctionnement favorise l’entraide et déconstruit progressivement les représentations liées aux différences.

Donner des rôles pour sécuriser les élèves

Attribuer des rôles précis (arbitre, observateur, responsable du matériel, spectateur pour les blessés) permet à tous les élèves de trouver leur place, y compris à ceux pour qui l’activité sportive peut être source d’appréhension. Ces rôles valorisent les compétences sociales et renforcent la confiance en soi.

Favoriser les temps d’échange et de verbalisation

Après chaque temps partagé, un moment de retour est proposé pour exprimer ce qui a été vécu : réussites, difficultés, émotions. Ces échanges aident les élèves à mettre des mots sur leurs expériences et à prendre conscience des valeurs vécues : respect, solidarité, coopération.

Inscrire l’inclusion dans le quotidien de l’école

Au-delà des séances ponctuelles, ce projet permet d’ancrer l’inclusion dans la vie de l’école. Les élèves prennent l’habitude de travailler ensemble, de s’entraider et de se respecter, bien au-delà du cadre du projet. Ces apprentissages sociaux sont aussi importants que les apprentissages scolaires.

proposer et coordonner le projet

  • Clarifier les rôles de chacun dès le départ. Un enseignant , ou un coordo ULIS peut être à l’initiative du projet (ce qui est mon cas), en proposant une trame commune et les fiches activités clés en main. Cela peut se faire en co-intervention
  • Les enseignants du cycle 3 s’approprient bien sûr le projet selon leur programmation, en choisissant les axes qu’ils souhaitent développer (les valeurs de l’olympisme, les symboles, les villes hôtes, les sports d’hiver). 
  • Chaque classe peut intervenir à son niveau : travail en classe sur la culture olympique, séances d’EPS adaptées, productions écrites ou artistiques. 
  • Les temps de rencontre entre élèves : séances d’EPS partagées, échanges de productions, voire exposition au sein de l’école permettent de donner du sens au projet et de renforcer la coopération. 
  • Cette organisation souple laisse à chacun une liberté pédagogique tout en s’inscrivant dans un cadre commun, favorisant ainsi l’inclusion et le travail d’équipe au sein de l’école.

point de vigilance

Veiller à ce que l’inclusion ne soit pas uniquement symbolique. Les élèves doivent être réellement impliqués dans les activités et les décisions. 

 

Adapter les attentes, respecter le rythme de chacun et valoriser toutes les formes de réussite permettent de garantir un climat bienveillant et sécurisant pour tous.

Mettre en place un projet autour des JO d’hiver à l’école permet de dépasser la simple découverte d’un événement sportif. C'est l’occasion de travailler des compétences variées tout en donnant une place centrale aux valeurs d’inclusion, de respect et de coopération.

À travers ce projet, les élèves ont appris que l’essentiel n’est pas de gagner, mais d’avancer ensemble !

 

Valérie Armand, enseignante spécialisée, coordo d’un dispositif ULIS école