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Comment aborder la notion de consentement en maternelle ?

Cycle 14 min
Natacha Cazogier
Natacha CazogierProfesseure des écoles depuis 2007

"Ahhhh." A. se raidit sous l’étreinte de son camarade. Elle ne parle pas. 
Son corps, lui, dit quelque chose.

À cet instant précis, je comprends que le consentement n’est pas un sujet lointain réservé à l’adolescence. Il est déjà là. Dans nos classes. Dans les gestes ordinaires. Dans les silences. Il n’apparaît pas soudainement à l’entrée au collège : il se construit dès la petite section. 

Un élève qui veut faire des câlins à tout le monde. Un autre qui force la main d’un camarade dans le rang. Une élève qui ne dit rien, mais son corps se fige sous l’étreinte : ces scènes sont fréquentes en maternelle

Elles peuvent nous déstabiliser, elles peuvent nous sembler "exagérées" si on utilise le terme de "consentement" dans ces conditions. Et pourtant…

Et si, dans chacune de ces situations ordinaires, se jouait déjà une question essentielle : celle du consentement ?

En maternelle, le consentement n’est pas un thème, une leçon, une séance à enseigner. Il est déjà là : dans les jeux corporels, dans les conflits, dans les gestes d’affection, dans le rapport adulte-enfant…

La vraie question n’est peut-être pas seulement "que faire ?", mais d’abord : "où se situe le consentement dans nos pratiques quotidiennes ?"

Parce que oui, ces situations relèvent pleinement de l’enseignement. Elles s’inscrivent dans l’EVAR, le développement des compétences psychosociales et la construction du citoyen. Elles concernent le vivre ensemble, l’intégrité, l’écoute de soi et la prise en compte de l’autre.

Plus tôt nous prenons à bras-le-corps ces "petits" actes (demander, refuser, écouter, respecter), plus nous posons les bases de relations saines pendant l’enfance, à l’adolescence et enfin à l’âge adulte.

Avant toute chose, voici une fiche-outil qui détaille les conditions à installer pour parler d'EVAR en classe : 

Installer un cadre sécurisant pour travailler l’EVAR

Fiche outil

Cycle 1

Aborder l’EVAR demande un climat de confiance. Cette fiche propose quelques repères simples pour favoriser l’expression des élèves et garantir des échanges respectueux autour des émotions, du corps et…

 

Le consentement : “Si ce n’est pas oui, c’est non !"

Je me souviens d’une situation dans ma classe : P. voulait absolument prendre la place de C. sur le banc pendant le temps de regroupement. C. ne disait rien, mais son corps se tendait et elle reculait légèrement. Pendant un instant, j’ai hésité  : intervenir ou laisser faire ? 

En observant attentivement, j’ai compris que ce moment n’était pas un simple « caprice » ou un conflit banal. C’était une véritable occasion d’enseigner le consentement : reconnaître le corps de l’autre, entendre son « non », respecter sa volonté. 

Ce genre de situation de vie quotidienne se reproduit chaque jour en maternelle  : avec les câlins, les mains tendues, les gestes d’affection, ou les silences. Et si ces moments devenaient de véritables apprentissages  ?

le consentement, c'est quoi ?

C’est le fait de donner son accord librement et en connaissance de cause, pour qu’une action, un geste ou une situation puisse se produire.


Il implique :

  • la liberté : personne ne doit être obligé·e ou contraint·e ;
  • la clarté : le « oui » ou le « non » doit être exprimé et compris ;
  • la réversibilité : on peut changer d’avis à tout moment ;
  • le respect : les choix de chacun doivent être acceptés et pris en compte.

     

Pour les enfants, on peut le dire ainsi : “Le consentement, c’est quand tu choisis si tu veux ou non faire quelque chose, et que ton choix est respecté.”

Comment identifier des situations où le consentement est mis à mal ? 

Je commence par observer les signaux corporels et émotionnels

La tension dans le corps, le retrait, le regard fuyant, le silence, ou encore un refus explicite: ce sont autant d’indices qui me permettent de comprendre ce que ressent l’enfant.

Je prends le temps de nommer les émotions et le consentement  

Par exemple, je peux dire : " Tu ne veux pas que P. prenne ta place ? C’est normal, tu as le droit de dire non."  Ces phrases simples mettent des mots sur ce que l’enfant ressent et lui donnent le droit de poser ses limites.

J’installe des rituels de verbalisation après les interactions 

Nous discutons ensemble des conflits ou des gestes imposés, avec des questions guidées : "Comment te sentais-tu ? Et l’autre personne ? " Cela permet de revenir sur la situation, de comprendre les émotions de chacun et d’apprendre à réguler ses réactions.

Je crée et utilise des supports pour rendre ces notions accessibles 

Albums, photographies, jeux de rôle, comptines ou chansons qui mettent en scène des situations de refus, d’attente ou de partage. Ces supports donnent des exemples concrets que les enfants peuvent observer et imiter. À partir de la lecture de certains albums (La couleur des émotions, Aujourd'hui, je suis), nous pourrons identifier différentes émotions. 

Je réalise des affiches représentant les émotions 

J’invite les enfants à “jouer”, “imiter” les émotions afin d’illustrer les affiches. J’utilise aussi les photographies afin de réaliser des puzzles. Toutes ces activités permettent de décontextualiser les émotions afin de pouvoir les réutiliser en contexte, dans des situations du quotidien. 

Je veille à valoriser les micro-gestes respectueux 

Attendre son tour, demander avant de toucher, respecter le " non" d’un camarade : chaque petit geste compte et participe à construire un climat de respect et de sécurité dans la classe.

non, le consentement n'est pas uniquement lié à la sexualité

Il traverse toute la vie scolaire. Il se niche, se cache, se dissimule dans :

  • un câlin non demandé ;
  • une place prise sur le banc ;
  • un secret qu’on force à garder ;
  • un adulte qui embrasse sans demander ;
  • un enfant qui se tait parce qu’il n’ose pas dire non… 

Ce sont des situations pédagogiques. Elles relèvent de l’éducation au vivre ensemble, du développement des compétences psychosociales,du respect de l’intégrité corporelle, du climat scolaire et pleinement de l'EVAR.

 

En maternelle, nous enseignons déjà à lever la main, à attendre son tour, à écouter l’autre.

Enseigner le consentement s’inscrit dans cette continuité : 

  • apprendre que l’autre a un corps, une volonté, un droit de dire oui et non ;
  • apprendre aussi à respecter son propre corps et que l’on a le droit de dire non. 

Ce travail n’est pas “en plus”. Il est au cœur de notre mission éducative.

Étape n°1 - Nommer clairement le consentement et ses règles

Un jour, K., élève de grande section, utilise la main de son camarade E. pour se caresser la jambe lors du temps de regroupement. E. ne dit rien, il semble figé. S., assis en face de lui, intervient : 

"Maîtresse, K force E. à le toucher avec sa main, c’est pas le consentement."

Ce jour-là, j’ai compris que le flou ne protège personne. Les enfants ont besoin de mots simples et explicites. Ce qui est essentiel, c’est de clarifier et être explicite : le silence n’est pas un oui.

Cet élève avait intégré le terme de consentement et a été en mesure d’identifier, d'interpeller et de réagir car la semaine précédente, nous avions travaillé explicitement sur la notion.

5 actions à mettre en place

  1. J’introduis explicitement la notion : "Le consentement, c’est quand je demande et que l’autre est d’accord."
  2. Ensuite, je m’appuie sur un document (Mes Petits Pourquoi - Le consentement) ou je mets en place un temps d’échange à partir de la vidéo La bulle de Miro.
  3. À partir de cela, j’enseigne trois règles fondamentales : Je demande. J’écoute la réponse. Je respecte le oui et le non de l’autre.
  4. Au quotidien, je relie ces situations au modules du programme EVAR  “Se connaître, vivre et grandir avec son corps” et “Rencontrer les autres, construire des relations et s’y épanouir”, afin de mettre en place des séances courtes mais régulières, voire ritualisées en fonction des besoins.
  5. Je construis des affiches avec des photographies, des phrases et des pictogrammes illustrant “Je demande”, “J’écoute”, “Je respecte” ou je m’appuie sur l’affiche d'Élise Gravel sur le consentement.

 

4 albums pour parler de consentement au cycle 1 :
- Le consentement, collection Les p'tits pourquoi
Le consentement expliqué aux minis, collection Catimini (livre québécois) 
- Je peux te faire un bisou ?
Les signaux d'alerte expliqués aux minis, collection Catimini (livre québécois)

3 pas pour se lancer

  • Écris spontanément : sur une feuille, note les 3 premiers mots qui te viennent à l’esprit quand tu entends “consentement”. Ne réfléchis pas trop. 
  • Revisite ton histoire professionnelle : repense à une situation vécue en classe (un élève qui refuse une activité, un conflit dans la cour, une interaction physique). Comment as-tu réagi ? Qu’est-ce qui a guidé ta décision : la règle ? l’émotion ? la sécurité ? la pression du groupe ? tes propres valeurs ? 
  • Questionne tes zones de confort : Es-tu à l’aise pour entendre un “non” d’un élève ? Fais-tu une différence entre refus d’autorité et expression d’une limite personnelle ? Comment distingues-tu consentement, politesse et obéissance.

Étape n°2 - Développer l'empathie pour comprendre l'autre

Dans le rang, une élève force un autre à lui tenir la main :

"Maîtresse, il veut pas me donner la main. Moi je veux, je suis toute seule !", me dit-elle.
Oui. Mais l’autre, que veut-il ? Que souhaite-il ? Que ressent-il ?

Je me suis aperçue que beaucoup d’enfants ne perçoivent pas encore les signaux faibles (le regard fuyant, la main molle, le corps en retrait), ni même certains signaux plus explicites, comme un refus clairement énoncé. 

Cette difficulté s’inscrit dans une composante psycho-affective importante : à l’âge de la maternelle, les enfants sont encore largement centrés sur eux-mêmes. Ils sont en train de passer progressivement d’un monde autocentré à un monde dans lequel l’autre existe, avec ses émotions, ses besoins et ses limites.

Le consentement repose sur une compétence clé : l’empathie

Pour respecter les limites d’autrui, l’enfant doit d’abord être capable de reconnaître et comprendre ses émotions. 

Ces pratiques développent les CPS (reconnaître, comprendre et réguler ses émotions)  et permettent à l’enfant de passer progressivement d’un monde autocentré à la prise en compte de l’autre. Comme le souligne Denham (2006), le développement de ces CPS est un prédicteur clé de comportements respectueux et constitue la base pour l’apprentissage du consentement et du respect mutuel.

5 choses à faire en classe

1. S'appuyer sur un travail explicite sur les émotions (des albums, des photographies, l’utilisation d’un miroir, des vidéos, l’élaboration d’un corpus, chanter des comptines, coin émotions).

2. Avoir un coin “émotions”, un espace ouvert tout au long de la journée. Il est agrémenté et renouvelé au fur et à mesure des activités proposées aux élèves. Ce coin est placé un peu à l’écart. J’y ai placé :

  • un tapis doux ;
  • un fauteuil confortable ;
  • des “doudous ;
  • une échelle des émotions ;
  • des sabliers à gel ;
  • un miroir à émotions ;
  • les peluches de l’album “La couleur des émotions”, etc.

 

3. Mettre en place des jeux de rôle : “Comment se sent-il ?” “Comment réagir ?” Afin de permettre aux enfants de mettre des mots sur leurs pensées et leurs ressentis, je systématise la verbalisation après le conflit : "Comment crois-tu qu’il s’est senti ?"

4. Apprendre les messages clairs.

5. Travailler l'apprentissage de l’analyse des expressions du visage. De nombreuses activités peuvent aider à développer ces compétences : 

  • observer des photographies d’enfants exprimant différentes émotions et verbaliser ;
  • faire associer aux élèves une situation, une émotion et un besoin ;
  • exprimer ses émotions et l’expliquer en écoutant une chanson, une musique, en regardant un spectacle ou à travers des œuvres plastiques (en observant et en décrivant des oeuvres ou en produisant).

 

Le miroir des émotions et les peluches de La couleur des émotions, dans le coin des émotions.

3 pas pour se lancer

  • Observer et questionner : Avant d’intervenir, prendre un moment pour observer les interactions entre tes élèves. Noter des situations conflictuelles qui ont pu te questionner. 
  • Se mettre à la place de l’autre : Imaginer la situation du point de vue de chaque élève impliqué dans un conflit ou une interaction difficile.
  • Transformer l’observation en pratique : Après l’incident ou la situation observée, guider les élèves à nommer leurs émotions et celles des autres, et à réfléchir à leurs réactions.

Étape n°3 - Travailler le consentement au quotidien

Dans sa voix, aucune provocation. Aucun désir de blesser. Juste une évidence, pour lui.
Il aime les câlins. Alors il en donne. Un enfant d’âge de maternelle s’intéresse d’abord à ses envies, ses besoins et son plaisir parfois immédiat. 

Il n’y avait finalement aucune intention de nuire. Il y avait juste une confusion profondément enfantine : mon élève croit que son envie suffit à rendre le geste légitime et acceptable.À cet âge, le monde est encore largement centré sur soi.

Le consentement : théorie ou pratique ? 

En classe de maternelle, le consentement ne se présente pas comme un thème théorique à aborder lors d’une séance dédiée. Il surgit dans les interactions ordinaires.

Longtemps, j’ai pu considérer ces situations comme de simples ajustements relationnels entre enfants. Aujourd’hui, je les regarde autrement : elles relèvent pleinement de l’enseignement.

Le consentement entre enfants concerne des réalités très concrètes : les jeux corporels, les gestes d’affection, la gestion de l’espace, le respect du corps de l’autre, la possibilité d’exprimer un refus. 

4 actions à mettre en place

1. Faire des jeux de rôles ritualisés. À partir d’un album, d’une photographie ou d’une courte vidéo, nous observons une situation. Nous analysons les expressions du visage, les postures, les mots employés. Puis nous rejouons la scène.

2. Proposer des formulations simples : "Je peux te faire un câlin ?". "Non." "D’accord." Nous travaillons ce "d’accord". Nous montrons qu’il est possible d’entendre un refus sans se sentir rejeté. Nous apprenons que la relation suppose un accord mutuel.

3. Poser un cadre clair : on peut avoir envie mais on ne peut pas imposer contre la volonté de l’autre. Cette règle permet d’introduire une distinction essentielle pour les jeunes enfants : mon désir est légitime, mais il ne prime pas sur l’intégrité de l’autre.

4. Apprendre à dire non ! J’enseigne explicitement des phrases, parce que dire non s’apprend. Mais accepter le refus également  : "D’accord. Je respecte. Je te laisse."

3 pas pour se lancer

  • Pendant quelques jours, je décide simplement de regarder autrement les interactions de ma classe.
  • Je réfléchis à une règle compréhensible à quatre ans et je la formule.
  • Je sélectionne des petites activités qui me permettront de mettre en œuvre des activités en classe.

Étape n°4 - Questionner sa posture d’adulte face au consentement

Qui n’a jamais pris un enfant dans ses bras pour le consoler ? Qui n’a jamais soulevé la jambe du pantalon d’un enfant tombé au sol ? Qui n’a jamais attrapé la main du premier enfant en tête de rang ? 

Qui n’a jamais constaté un mouvement de recul ? Une tension dans la main 
T’est-il déjà arrivé de lui demander : "Est-ce que tu veux un câlin ou juste rester à côté de moi ?" 

Respectons-nous toujours le consentement de l’enfant en tant qu’enseignant ? 

Je me suis aussi interrogée sur un point plus inconfortable : le consentement ne concerne pas seulement les enfants entre eux. Il me concerne, moi. Il concerne l’enfant face à l’adulte. Et l’adulte face à l’enfant.

Cela signifie que je demande avant un contact physique. Que je respecte la volonté d’un enfant d’aller aux toilettes tout seul sans être vu par les autres, que j’accepte qu’un enfant ne veuille pas enlever son pantalon pour le temps de sieste, que je prenne le temps de demander à un enfant de regarder lorsqu’un enfant est blessé…

Cela m’oblige à regarder autrement des situations très ordinaires

  • un enfant qui refuse de donner la main pour faire la ronde ;
  • un autre qui ne veut pas participer à un jeu collectif ;
  • ou celui qui bloque au moment d’enlever son pantalon au dortoir.

 

Mais aussi :

  • quand je demande à 6 ou 7 élèves de se partager un banc au point où leur sphère personnelle ne puisse être respectée ;
  • ou encore quand je fais ce geste rapide de baisser le pantalon d’un enfant blessé pour vérifier s'il n'a rien de grave.

 

Dans ces moments-là, je me pose la question, franchement : suis-je dans le consentement… ou pas ?

Parce qu’il y a un message fondamental que je veux transmettre, et qui commence par ma propre posture : “Le corps de l’enfant lui appartient.”

Oui, il lui appartient même à 4 ans. Même dans le cadre scolaire. Même quand l’intention est bienveillante. Ma responsabilité professionnelle est d’être calme, explicite et non culpabilisante. 

Et mon autorité, dans tout ça ? 

Je me dois d’expliquer pourquoi je demande, d’être en mesure d’accueillir un refus, de chercher une alternative et d’accompagner sans contraindre lorsque cela est possible. En agissant ainsi, je ne fragilise pas mon autorité. Je la rends cohérente avec les valeurs que je souhaite enseigner

Le consentement ne s’enseigne pas seulement par des mots. Il s’incarne dans ma posture d’adulte.

3 pas pour repenser ma posture

  • Je m’interroge sur ma pratique : quels sont les moments où je ne respecte pas le consentement de l’enfant sans m’en être rendu compte ?
  • Je prends l’habitude de verbaliser dans ces petits actes du quotidien.
  • J’observe ensuite mes propres automatismes corporels dans des situations de “protection”.

Étape n°5 - Instaurer une culture de la parole et du respect durable

On a tous déjà croisé dans nos classes "l’enfant qui ne dit jamais rien", “l’enfant qui subit”, “celui qui ne proteste jamais”… 

On a tous rencontré dans notre carrière un enfant qui pleure en silence, qui ne proteste jamais et qui n’arrive pas à dire non.

J’ai compris que le consentement suppose une chose essentielle : se sentir autorisé à parler. Et notre devoir est également de permettre à ces enfants de se sentir assez forts pour dire non et donc les préserver des situations non consenties. 

Instaurer une culture du consentement, c’est faire des choix quotidiens

Dans ma classe, instaurer une culture du consentement, ce n’est pas ajouter une séance de plus. Je donne une place réelle à la parole des enfants. J’organise des temps de régulation où l’on peut dire, expliquer et réparer. 

J’accueille les confidences sans minimiser, sans balayer d’un "ce n’est rien", même quand cela me paraît anodin. Ce qui peut nous paraître anodin pour nous adulte et peut être d’une tout autre dimension pour de si jeunes enfants. 

Le consentement s'inscrit dans une vision beaucoup plus large

Le respect de l’intégrité, la prévention des violences, la construction du futur citoyen. Chacune des interactions “retravaillées” sont des moyens de développer des prises de conscience et les compétences psychosociales. 

En apprenant à demander, à entendre un refus, à ajuster son comportement, les enfants développent des compétences qui contribuent à prévenir les violences sexistes et sexuelles, mais aussi des situations de harcèlement.

Enseigner le consentement dès la petite section, et adopter une posture professionnelle cohérente avec ces principes, c’est permettre aux enfants de grandir avec un rapport plus respectueux à leur propre corps et à celui des autres. C’est un apprentissage discret, mais profondément structurant.

3 albums pour aborder la libre parole au cycle 1 :
- J'ai le droit de dire NON !
- Oui, c'est oui ! Tout le reste veut dire non ! (livre québécois)
- Et si on se parlait ? Le petit livre pour aider les enfants à parler de tout, sans tabou ! : 3-6 ans

3 réflexes à adopter en classe pour se lancer

  • Je prends note des situations que je rencontre au quotidien. Je les note dans un tableau. 
  • J’annote en face des phrases qui peuvent être dites aux enfants. 
  • Je choisis aussi des formulations à apporter aux enfants qui n’arrivent pas à dire “non”.

Pour conclure…

Le consentement commence lorsque le premier “non” est entendu et respecté. En maternelle, nous ne parlons pas de sexualité. Mais nous parlons de respect, d’intégrité, d’écoute ou de liberté.

Chaque "je ne suis pas d’accord" accueilli avec sérieux construit un enfant qui saura, plus tard, poser ses limites et reconnaître celles des autres. Chacun de ces enfants grandira avec "les armes" nécessaires afin de vivre en toute intégrité. 

Plus nous travaillons ces micro-situations du quotidien, plus nous installons durablement une culture relationnelle saine.

Le consentement n’est pas un thème ponctuel. C’est une véritable posture éducative à adopter. Et elle commence ici, dans nos classes, dès la petite section.

 

Natacha Cazogier, professeure des écoles depuis 19 ans, PEMF en maternelle et à l’INSPE