Aller au contenu principal
Article

Projet d'école : 5 étapes pour végétaliser ta cour

Cycle 1 à 33 min
Bénédicte Koeyemelk
Bénédicte KoeyemelkProfesseur des écoles @Lenvol_maternelles25 (YouTube)

Dans notre école, nous avions un constat partagé : les classes vivaient souvent côte à côte sans vraiment travailler ensemble. Les élèves de maternelle connaissaient peu ceux de l’élémentaire, et inversement. Nous cherchions aussi une manière concrète d’aborder l’éducation au développement durable autrement qu’à travers quelques séances isolées.

L’idée de végétaliser l’école est alors apparue. Mais très vite, nous avons compris que le véritable enjeu n’était pas seulement de planter des fleurs ou de créer un potager. Ce projet pouvait devenir un support pour apprendre à réfléchir ensemble, à faire des choix collectifs et à coopérer entre âges différents.

Peu à peu, les élèves ont pris part aux décisions, proposé des idées, organisé les actions et partagé les responsabilités. Voici les étapes qui nous ont permis de construire cette dynamique coopérative à l’échelle de toute l’école.

NB : ces conseils s'appliquent aussi bien au sein d'une seule école qu'entre une école maternelle et une élémentaire (ou plusieurs !).

Étape 1 - Identifier la problématique avec les élèves

Au départ, nous n’avons pas présenté le projet comme une activité “clé en main”. 

Nous sommes simplement partis d’un constat partagé avec les élèves : la cour était très minérale, peu agréable l’été et il y avait peu d’espaces favorisant la biodiversité. Dans plusieurs classes, les élèves ont immédiatement réagi : 

“On pourrait planter des arbres, mettre des fleurs pour les abeilles."

Très vite, les échanges ont dépassé le simple dessin de “la cour idéale”. Les élèves ont commencé à réfléchir à ce qui était réellement possible.

Dans un projet coopératif, la problématique joue un rôle essentiel. C’est elle qui donne une direction commune et qui crée un besoin de coopération. Quand les élèves cherchent ensemble comment améliorer une situation réelle, ils s’engagent davantage.

Prendre le temps d’observer le terrain est important. Cela permet de passer des idées imaginées à des contraintes concrètes : l’espace disponible, l’entretien, le budget, la sécurité ou encore les saisons.

Cette phase aide aussi chaque élève à trouver sa place. Certains vont proposer des idées créatives, d’autres vont davantage observer, questionner ou organiser.

Exemple de production d’un élève de moyenne section qui voulait un endroit spécial pour les escargots avec un point d’eau pas trop loin pour pouvoir leur donner à boire !

je passe à l'action !

Pour lancer la discussion et faire infuser les idées : 

  • Prévoir des supports de travail adaptés aux niveaux de chaque classe (albums en maternelle et apports scientifiques en élémentaire).
  • Si cela est possible, solliciter des associations agréées pour nous apporter matière à réflexion (par exemple, les CAUE qui ont des antennes locales).

Étape 2 - Installer un conseil coopératif

Très vite, une difficulté est apparue : comment faire circuler les idées entre 12 classes et plus de 300 élèves ? Les élèves eux-mêmes ont soulevé la question. Réunir toute l’école semblait compliqué…

L’idée d’un conseil coopératif a alors émergé ! Chaque classe a choisi 2 ou 3 porte-parole chargés de transmettre les propositions du groupe. Lors des premières réunions, les élèves arrivaient avec des affiches, des listes d’idées ou des dessins.

Le conseil coopératif permet de structurer la participation des élèves. Il donne une place à chaque classe tout en rendant possibles des décisions collectives.

Pour que ce temps fonctionne :

  • Il est utile de clarifier le rôle de ce conseil et de poser quelques règles simples : écouter sans couper la parole, reformuler les idées, chercher des points communs plutôt que défendre uniquement son projet. 
  • Il est aussi nécessaire de prévoir des temps réguliers pour mutualiser les idées des classes.

 

Bonus : le rôle des porte-parole est aussi intéressant sur le plan des CPS. Apprendre à transmettre la pensée d’un groupe, argumenter ou encore prendre en compte différents points de vue. 

je passe à l'action !

  • Réfléchir à comment réunir les porte-parole de chaque classe : qui va chercher les maternelles, qui supervise les déplacements des élèves (surtout dans une grosse école) ?
  • Prévoir l’espace pour accueillir ce conseil coopératif et comment garder trace des échanges.
  • Anticiper les dates de rencontre !

Étape 3 - Brasser les classes pour installer la coopération

Lors des conseils, les élèves se sont rapidement aperçus que certaines idées revenaient souvent : créer un potager, végétaliser le grillage, attirer les insectes pollinisateurs, installer des hôtels à insectes.

Nous avons alors changé notre manière d’organiser le projet. Les groupes ne seraient plus constitués par classe, mais par thème. Chaque élève a pu rejoindre un groupe selon ses envies. Tous les quinze jours, pendant une heure, l’école entière fonctionnait autrement. 

Le brassage des classes change profondément les relations dans l’école. Les élèves apprennent à coopérer avec des enfants d’âges différents et découvrent qu’ils peuvent tous apporter quelque chose au groupe.

Ce fonctionnement permet aussi de valoriser des compétences variées : dessiner un plan, transporter du matériel, observer les plantations, expliquer une consigne ou prendre des photos. Pour les plus jeunes, la présence des plus grands sécurise beaucoup. Pour les plus âgés, cela développe des attitudes d’entraide et de responsabilité.

je passe à l'action !

  • Identifier le nombre de groupes possibles et tenir un listing précis de leurs membres.
  • Réfléchir en équipe à qui gère quel groupe et comment faciliter les échanges au sein d’un groupe hétéroclite.

Étape 4 - Répartir les rôles aux élèves

Une fois les grandes idées choisies, les élèves ont rapidement compris qu’avoir envie ne suffisait pas. Les échanges sont alors devenus très concrets : faire des listes, répartir les tâches, contacter la mairie, demander ou récupérer du matériel…

Puis est venu le temps de la mise en action. Nous avons pris un temps collectif pour réfléchir aux rôles nécessaires dans chaque groupe. 

Très vite, les élèves ont identifié eux-mêmes différents besoins : planter, transporter le matériel, lire les plans, arroser, expliquer les consignes, sécuriser les déplacements, prendre des photos ou encore accompagner les plus jeunes.

Les élèves de cycle 3 ont alors commencé à adopter une autre posture… 

Ils ne faisaient plus à la place des plus petits : ils accompagnaient. Certains montraient comment utiliser tel outil, d’autres rassuraient pendant les déplacements ou reformulaient les consignes. Peu à peu, une vraie dynamique d’entraide s’est installée.

Cette étape est essentielle, car elle transforme les idées en actions réalisables. Les élèves découvrent qu’un projet collectif demande de l’organisation, des choix et parfois des ajustements.

Les avantages d'avoir des rôles :

  • Selon l’âge des élèves, la planification peut prendre différentes formes : tableau de tâches, calendrier, schémas, listes de matériel ou affichages collectifs.
  • C’est aussi un bon moyen de donner du sens à certains apprentissages : écrire pour communiquer, mesurer des espaces, gérer un budget ou coopérer avec des partenaires extérieurs.
  • Définir des rôles aide les élèves à comprendre que chacun contribue différemment au projet. Les élèves comprennent progressivement qu’un projet collectif avance grâce à la complémentarité des rôles et non parce que certains font tout.
  • Enfin, la répartition des tâches permet d’éviter plusieurs écueils : quelques élèves qui prennent toute la place, des élèves qui restent passifs ou des plus grands qui réalisent les tâches à la place des plus jeunes.

 

Cette mise en action est souvent le moment où tout devient concret pour les élèves. Mais coopérer ne signifie pas simplement “faire ensemble”. Les élèves ont besoin d’un cadre clair et de rôles identifiés pour que chacun puisse participer réellement.

je passe à l'action !

  • Anticiper et planifier des temps de mise en action communs à toutes les classes.
  • Au sein de l’équipe, se répartir également les rôles : qui suit quel groupe ?

L’espace potager préparé par les cycles 3 est prêt à accueillir les plantations des cycles 1 : la coopération parfaite !

Pour avoir les étapes détaillées de la création d'un potager d'école :

Faire un potager avec sa classe

Fiche outil

Cycle 2 à Lycée

Cette fiche s’adresse aux profs d’élémentaire ou de secondaire qui voudraient engager leur classe dans un projet de potager sur l’année. Vous trouverez des conseils pratiques concernant le semis, mais…

 

Étape 5 - Valoriser le projet

Un projet de cette ampleur mérite d’être rendu visible. Partager, c’est prolonger la coopération au-delà de la classe. Pour valoriser leur engagement, l’équipe a fait un choix : garder des traces de chaque étape et partager ce travail avec les familles, la collectivité et l’ensemble de la communauté éducative.

Ce travail de valorisation permet de garder une trace du projet, de donner du sens aux apprentissages et d’impliquer toute la communauté éducative. Les élèves prennent conscience que leur action a un impact réel et qu’elle peut être partagée.

je passe à l'action !

  • Prévoir dès le départ comment garder trace du projet (Bookcreator, blog d’école). On peut imaginer différents supports, selon l’âge des élèves :
    • affichages dans l’école ;
    • photos pour montrer l’évolution ;
    • vidéos des différentes étapes ;
    • écrits produits par les élèves (articles, panneaux explicatifs, carnet de suivi)  ;
    • présentations orales à d’autres classes ou aux familles.

Voici par exemple le suivi du potager de ma classe !

  • Répartir les rôles en fonction de l’âge des élèves.
  • Identifier des moments pour partager avec la communauté (exposition, présentation, visite guidée).

Végétaliser une école peut évidemment transformer les espaces. Mais dans notre projet, ce sont surtout les relations entre les élèves qui ont évolué ! Les classes ont appris à fonctionner ensemble, les plus grands ont trouvé une place auprès des plus jeunes et chacun a pu contribuer à hauteur de ses possibilités.

Au fil des étapes, les élèves ont découvert qu’un projet collectif ne repose pas seulement sur des idées, mais sur l’écoute, l’organisation et l’entraide. Finalement, les plantations ont grandi… et la coopération aussi.

 

Bénédicte Koeyemelk, professeure des écoles depuis 2005

À lire aussi : Jardin ou détente : 5 idées d'espaces à créer dans la cour de récré !