Depuis quelques années, j’ai régulièrement 2 ou 3 élèves allophones par classe, et évidemment trop peu de dispositifs pour les accueillir. Quelle prise de tête pédagogique que de leur offrir des contenus qui leur permettent de rentrer dans les apprentissages de ma discipline (les SVT), sans passer mon temps sur le traducteur Google !
J’ai longtemps été démunie, puis je me suis remonté les manches pour analyser la situation et imaginer ce qui pourrait les aider, pour finalement passer à l’action en créant les supports ad hoc et en testant en classe. Dans cet article, je vous fais découvrir ces 4 outils !
Astuce n°1 - Désigner un tuteur ou une tutrice
Il y a 4 ans, le jour de la rentrée, j’ai découvert au moment de l’appel sur la cour, que j’accueillais dans la classe de 6e dont j’étais PP, une élève ukrainienne qui ne parlait pas du tout le français, ni l’anglais d’ailleurs.
J’ai donc immédiatement été vers 2 autres élèves dans le rang pour les solliciter comme tutrices. Je leur ai expliqué la difficulté dans laquelle était leur camarade et la mission que je leur confiais : faire de l’arrivée de cette élève un moment de fraternité rassurant et aidant.
Depuis ce jour, je nomme systématiquement un tuteur ou une tutrice pour chacun.e des élèves allophones de ma classe. Cela permet d’avoir une personne ressource pour ces élèves. Attention, il faut vraiment veiller à ce que les élèves qui aident ne se mettent pas en difficulté. Choisir des élèves déjà bien autonomes et à l’aise dans votre discipline.
Évidemment, ces élèves doivent être volontaires. Un petit laïus sur pour faire naître de l’empathie face à un ou une élève qui vient de changer de pays, ne connaît personne et ne comprend pas la langue suffit en général à susciter des vocations.
On peut leur confier par exemple les missions suivantes, pour aider leurs camarades à :
- s’organiser dans les affaires scolaires ;
- se repérer dans l’établissement ;
- exprimer ses besoins ;
- comprendre les consignes (expliciter avec des gestes ou des traducteurs les consignes) ;
- se sentir bien dans les temps hors classe (veiller à ce qu’il ou elle ne soit pas isolée, prévenir un adulte en cas de conflit).
Astuce n°2 - Fournir un livret d'accueil
Une fois mon élève installée en classe à côté de ses tutrices, la vraie difficulté a commencé… Comment communiquer, même pour des choses basiques ? J’ai commencé par rassurer mon élève en utilisant Google Traduction, puis je me suis sentie fort démunie de ne pas pouvoir en faire plus.
Alors, quel défi pour moi, dès le soir même, pour imaginer comment j’allais pouvoir lui offrir de quoi se débrouiller les premières semaines pour sa scolarité au collège…
Après avoir cogité toute la journée, j’ai eu l’idée de concevoir un petit livret avec les mots usuels de la vie quotidienne d’une collégienne.
J’en ai fait une activité à manipuler. L’élève pouvait montrer l’image pour communiquer avec moi, mais aussi commencer l’apprentissage du vocabulaire, en écoutant ses tutrices lui prononcer les mots (qu’elle pouvait écrire en phonétique en dessous).
Astuce n°3 - Faire acquérir un corpus de vocabulaire
Fournir aux élèves un livret d’accueil c’est bien, mais une fois dans les apprentissages disciplinaires, je n’avais pas plus avancé… Comment enseigner des notions scientifiques, parfois complexes pour mes élèves francophones, à des élèves qui ne savent pas du tout ou très peu parler français ?
Il m’aura fallu 2 ans de plus pour trouver un fonctionnement efficace. Dans chaque chapitre, je liste 10 mots de vocabulaire que mes élèves vont devoir apprendre.
Ces mots de vocabulaire sont aussi accessibles en version audio, grâce à un QR code. Une colonne permet aux élèves de noter la traduction dans leur langue (et ainsi de limiter mes préparations, le support étant utilisable par tou.te.s les allophones.
Les élèves ont les premières séances du chapitre pour s’approprier ces 10 mots. Ensuite, je propose des activités simples pour s’approprier ces 10 mots, les reconnaître et les mettre en contexte. En fin de chapitre, les élèves seront évalués sur ces 10 mots à la place des éléments de leçon.
Astuce n°4 - Adapter et traduire facilement les activités
Avant de fournir cet outil de corpus de vocabulaire, j’avais testé plusieurs modalités pour adapter les activités que j’utilisais avec les autres élèves. D’abord simplement en fournissant une version traduite de la même activité, pour rassurer et accompagner.
J’ai aussi essayé de proposer une consigne différente. J’ai trouvé que cela avait du sens, mais il faut un minimum de maîtrise du vocabulaire de base pour se lancer dans ces adaptations.
- Une fois les 2 ou 3 premières séances passées à s’approprier le corpus de vocabulaire, les élèves suivent donc le cours comme les autres élèves.
- Une version traduite des fiches d’activité avec la même mise en page est distribuée aux élèves les premières semaines. Une façon de leur montrer qu’on les prend en considération, qu’on a pensé à elles et eux. Il est possible d’utiliser Google translate pour réaliser rapidement ces documents.
- Ensuite, les élèves pourront traduire ponctuellement en cas de besoin (avec un téléphone c’est très facile même à partir d’une photo de la fiche d’activité).
Parfois, il est possible de fournir un travail différent
- Voici par exemple, dans différentes matières, des supports faciles à utiliser : une image d’une expérience, la photo d’un paysage d’une ville étrangère, une des illustrations d’un conte, une photo historique d’une bataille, etc.
- Demander aux élèves de rédiger des phrases explicatives dans leur langue avant de les traduire. Ceci permet de travailler l’acquisition des notions en elles-mêmes, même si le français n’est pas encore suffisant.
- Niveau organisation, il vous suffit de lister les langues et le nombre d’exemplaires des activités à traduire puis d’importer les documents dans Google translate pour lancer les traductions.
- Pensez à distribuer les documents traduits après avoir proposé à la lecture les documents en français.
Seul un vrai accompagnement dans une structure d’accueil dédiée permet aux élèves allophones d’être accueillis correctement (devrais-je dire dignement ?).
Mais en l’absence de ces structures en nombre suffisant, il faut trouver des moyens de permettre à ces enfants de s’épanouir et de progresser. S’adapter à leurs besoins comme on le fait dans de nombreux autres cas.
Ségolène Paris-Lefel, professeure de sciences depuis 2007