Un matin de janvier, il y a quelques années, encore emmitouflée dans mon manteau, j’ai regardé ma classe rentrer de récréation en traînant les pieds, les joues rouges et l’énergie déjà à plat… et je me suis dit :
« Là, on ne va pas tenir jusqu’aux vacances comme ça."
Pas par manque d’envie d’enseigner, mais par simple fatigue accumulée. Celle qui s’installe doucement quand l’hiver s’éternise, que les journées sont courtes et que le rythme de l’école, lui, ne ralentit jamais.
Alors, au fil des années, j’ai constitué ma propre trousse de secours pédagogique anti-morosité : des petits rituels, des ajustements dans l’organisation de la classe, des activités qui remettent du mouvement, du lien et du sens, sans alourdir le quotidien… bien au contraire.
Je partage ici quelques-uns de ces outils pour alléger la charge mentale, préserver son énergie et recréer un climat de classe serein, pour les élèves comme pour nous.
N°1 : Le rituel qui fait respirer la classe (et moi)
Un mardi matin de janvier donc , j’ai senti que tout le monde — moi comprise — était au bord de l’explosion.
Plutôt que d’enchaîner avec la conjugaison, j’ai pris notre petite cloche tibétaine, celle que nous utilisons comme signal de retour au calme, et je l’ai fait tinter doucement.
Ce son fait partie de nos rituels : il signifie simplement on s’arrête, on respire, on revient à soi. Puis j’ai dit :
"On s’arrête deux minutes. On respire en carré."
Le silence est tombé progressivement. Les épaules se sont relâchées. La classe aussi.
l'essentiel
Mettre en place une leçon de silence juste après la récréation permet de reprendre le contrôle et d’aider le corps à se calmer avant de réengager le cerveau.
J’utilise régulièrement le livre Cohérence Kid – la cohérence cardiaque pour les enfants de David O’Hare comme support pour installer ce rituel après la récréation.
Je présente à mes élèves un exercice de respiration ou je choisis un court exercice dans le livre : une respiroutine !
Je donne la consigne à voix calme, puis nous faisons l’exercice ensemble. Les élèves ferment les yeux ou fixent un point. Certains posent une main sur leur ventre pour sentir le mouvement. Peu à peu, le bruit intérieur retombe.
Cette leçon de silence devient un vrai sas : on quitte la cour, on revient dans son corps, puis dans les apprentissages. C’est un outil précieux pour réguler l’agitation, mais aussi pour apprendre aux enfants à reconnaître et apaiser leurs émotions.


Dans ma boîte à outils : Cohérence Kid – la cohérence cardiaque pour les enfants de David O’Hare et une cloche tibéaine !
mini défi : 3 pas pour te lancer
Pas besoin de matériel, ni de support particulier. Juste tes élèves… et ta voix.
- Installe la respiration en carré.
- Trace un carré imaginaire dans l’air ou au tableau.
Inspirez tous ensemble 4 temps → bloquez 4 temps → expirez 4 temps → bloquez 4 temps. - Chaque côté du carré correspond à une étape. Refaire 4 fois.
- Teste le rituel pendant une semaine.
- Choisis un moment fixe (après la récréation par exemple) et garde exactement la même routine chaque jour. La régularité fait toute la différence.
- 3. Observe les effets avec la classe.
- Demande : « Est-ce que notre retour au calme est plus rapide aujourd’hui ? »
- Notez ensemble vos ressentis. Les élèves prennent conscience que leur respiration peut vraiment les aider.
N°2 : La méthode qui transforme les corrections (et déculpabilise)
Il y a quelques années, je me souviens d’un dimanche entier passé à corriger des piles de cahiers, avec cette boule au ventre en pensant à la semaine suivante. J’aimais mon métier, mais je n’en pouvais plus de ce temps passé seule avec mes stylos rouges.
Puis, en mettant en place la pédagogie personnalisée et communautaire, j’ai peu à peu changé ma façon de faire : aujourd’hui, je corrige surtout en classe, avec mes élèves. Et ce simple déplacement du moment de correction a tout changé, pour eux… comme pour moi.
l'essentiel
En pédagogie personnalisée, chaque élève avance à son rythme, avec des exercices différents. Cela rend la correction collective classique peu adaptée, mais ouvre la porte à autre chose : la correction accompagnée.
Je passe voir les élèves pendant qu’ils travaillent, nous corrigeons ensemble, je reformule,je fais manipuler, j’utilise du matériel autocorrectif. Les erreurs deviennent immédiatement des occasions d’apprendre.
Pour le calcul mental, il m’arrive aussi de proposer une correction entre pairs : un élève corrige le travail d’un camarade à l’aide de la correction fournie, et je termine par une observation rapide. Résultat : moins de copies à emporter chez moi, plus de compréhension pour eux, et une vraie respiration dans mon quotidien d’enseignante.
Pour en savoir plus sur la correction entre pairs, je t'invite à télécharger cette fiche-outil :
Évaluation par les pairs : une situation d'apprentissage
Fiche outilCycle 2 à 3
Dans cette fiche, vous trouverez les incontournables pour mettre en place une évaluation par les pairs dans votre classe. Ce type d’évaluation nécessite un travail de longue haleine sur la manière don…
mini défi : 3 pas pour te lancer
- Choisis une seule matière où corriger en classe cette semaine.
- Prévois du matériel autocorrectif ou une fiche de correction.
- Observe le temps gagné… et l’énergie économisée.
N°3 - La dictée qui met les élèves en mouvement
Janvier, février… le combo froid + fatigue + mots à mémoriser me semblait chaque année plus difficile. Un matin, en voyant mes élèves s’enfoncer dans leurs pulls, j’ai rangé les cahiers et sorti des post-it.
"Aujourd’hui, on fait une dictée… sportive !"
Regards surpris, puis sourires. En cinq minutes, la classe s’est transformée en terrain d’enquête : des élèves debout, concentrés, en mouvement, et pourtant pleinement engagés dans l’orthographe. L’ambiance avait changé. L’énergie aussi !
l'essentiel
La dictée sportive est idéale pour apprendre les mots-clés en période hivernale. Elle permet d’intégrer du mouvement dans l’apprentissage, ce qui aide particulièrement les élèves qui ont besoin d’engager leur corps pour maintenir leur attention.
Mode d'emploi de la dictée sportive
J’écris les mots à mémoriser sur des post-it (ou des étiquettes) que je dispose un peu partout dans la classe. La moitié des élèves devient « élèves référents » : ils restent à leur place avec la liste des mots.
L’autre moitié se déplace. Un élève mobile demande un mot à son binôme, part le chercher visuellement, puis revient l’écrire sur une ardoise ou une feuille près de l’élève référent.
Celui-ci vérifie l’orthographe :
- si le mot est correct → on passe au suivant ;
- s’il y a une erreur → l’élève retourne observer le mot et recommence.
Les allers-retours sont nombreux, la mémorisation se fait en marchant, et la concentration augmente naturellement.
Pour aller plus loin, je propose parfois cette activité en cour de récréation, dans le cadre de l’APQ : espace plus grand, trajets plus longs, mémoire encore plus sollicitée. Le corps apprend autant que la tête !
mini défi : 3 pas pour te lancer
1. Imagine la scène.Visualise tes élèves en train de vivre l’activité : où vont-ils circuler ? dans la classe ? dans le couloir ? dans la cour ? Repère l’espace le plus simple pour commencer.
2. Pose ton cadre.
Note 2 ou 3 règles non négociables pour que tout reste serein (marcher, chuchoter, attendre son tour…). Présente-les clairement avant de démarrer.
3. Lance-toi… version mini.
Teste une première séance très courte, avec seulement quelques mots. Pas besoin de tout préparer : essaie, observe, ajuste.
N°4 - La petite habitude qui met du baume au coeur
Tout est parti d’une lecture offerte : Le conte chaud et doux des chaudoudoux. Les élèves ont adoré cette histoire de petits mots qui réchauffent le cœur. Le lendemain, l’un d’eux m’a glissé un papier sur le bureau :
"Merci maîtresse de nous aider quand on comprend pas."
J’ai souri… et j’ai eu une idée. J’ai installé dans la classe une petite boîte aux lettres dédiée aux chaudoudoux : des billets sur lesquels les élèves écrivent un mot gentil, un encouragement ou un remerciement à un camarade (ou à moi !).
Une fois par semaine, nous ouvrons la boîte et je distribue les messages. C’est un rituel simple qui nourrit le climat de classe, développe l’empathie et apprend à exprimer du positif.
Les élèves prennent vite goût à chercher ce qu’il y a de beau chez les autres… et à le dire par écrit.

Dans ma boîte à outils : un espace à mots doux !
mini défi : 3 pas pour te lancer
1. Commence minuscule.
- Demain, prends 5 minutes en fin de journée et demande simplement aux élèves :
« Quel petit mot gentil pourrais-tu écrire à quelqu’un de la classe aujourd’hui ? » - Un post-it, une phrase, rien de plus. Teste l’ambiance. Observe leurs réactions.
2. Installe un vrai support.
- Le lendemain ou dans la semaine, fabrique avec eux une boîte aux lettres (carton décoré, vieille boîte à chaussures…).
- Choisissez ensemble son nom, sa place dans la classe, et définissez une règle simple : un message positif. Quand les élèves participent à la création, ils s’approprient le rituel.
3. Ritualise pour que ça vive.
- Bloque un créneau fixe de 5 minutes (vendredi après-midi, conseil de classe, mise en commun).
- Lis quelques messages, remercie, valorise. Puis pose cette question :« Comment on s’est senti en écoutant ces mots ? »
- C’est cette régularité qui transforme un essai… en culture de classe.
Cette trousse de secours pédagogique ne fait pas disparaître la fatigue comme par magie. Les journées restent longues, l’hiver parfois pesant, et le métier exigeant. Mais ces petits ajustements du quotidien changent profondément l’ambiance de la classe… et notre manière de vivre nos journées d’enseignants.
Courage à tous les profs d’hiver… vous faites déjà beaucoup !
Émilie Cotel, professeure des écoles en cycle 3, depuis 2007, formatrice en pédagogie personnalisée et communautaire
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