Comme chaque rentrée de novembre, la journée du 13 novembre sera verte. Verte, car c’est la couleur de la lutte contre le harcèlement scolaire.
L’école est une micro société où les élèves doivent apprendre à composer avec plusieurs personnalités, apprendre à apprécier les différences de chacun et à les respecter. Pour beaucoup, cela se fait naturellement mais pour d’autres, un guidage plus accompagné est nécessaire.
Il y a dix ans, quand je suis arrivée à la direction de l’école, le climat scolaire était compliqué. Des bagarres en récréation, des insultes qui sortaient aussi facilement que le goûter, une tension palpable à laquelle il fallait remédier. Avec l’équipe, nous avons longuement réfléchi, testé et au fil des années, le climat s’est énormément apaisé !
Je te propose 5 actions à mener pour améliorer considérablement le climat scolaire de ton école, pour apprendre à parler de ses émotions, créer de l’empathie, valoriser l’amitié, tordre le cou aux stéréotypes.
1) Apprendre à exprimer ses émotions
Tu l’as déjà vécu, ce moment où un élève pleure et quand tu lui demandes ce qu’il y a, il te regarde mutique, incapable de savoir s’il ressent de la colère, de la tristesse ou tout autre chose.
Il vient de se disputer avec un copain et n’arrive plus à penser à autre chose. Discuter avec lui va lui permettre de se remobiliser pour le travail et comprendre ce qui se passe en lui.
Apprendre à nommer ses émotions : la clé pour pouvoir les exprimer
Quand les élèves manquent de vocabulaire pour exprimer avec leurs mots leurs émotions, ils n’arrivent pas à les comprendre et ils trouvent d’autres façons de les exprimer. Parfois avec les poings, parfois avec des insultes.
quels supports utiliser ?
J’aime bien démarrer ce travail sur les émotions par la lecture de quelques albums parmi lesquels tu trouveras Le collectionneur de sentiments. Cette lecture peut faire suite au traditionnel La couleur des émotions, qui peut être un point de départ mais on se retrouve vite limité dans le panel d’émotions.
On va ensuite discuter des émotions que l’on sait nommer, ce qu’elles nous font ressentir dans le corps, la tête, ce qu’elles procurent et à quel moment, on les a ressenties. On va aussi parler des autres, de celles qu’ils ne connaissent pas encore mais qu’ils ressentent. Ce travail va durer plusieurs séances et permettra de constituer un affichage avec une large palette d’émotions.

Un exemple d'affichage à retrouver ici.
3 pas pour se lancer
- Montrer l’exemple aux élèves en parlant de ses propres émotions ou en aidant les élèves à verbaliser leurs émotions "je vois que tu as l’air…".
- S’autoriser à donner des conseils sur sa façon d’accueillir telle ou telle émotion ou proposer à la classe de donner ces astuces.
- S'entraîner à décrire les émotions des personnages d’un livre.
2) Développer l’empathie des élèves
As-tu déjà entendu un élève de maternelle jouer à la poupée ? Très jeune, il fait jouer la poupée en disant “elle” et n’est pas encore en capacité de se mettre à la place de cette poupée et de s’identifier pour pouvoir dire “je”.
Cette capacité d’identification se construit petit à petit et permet à l’enfant d’apprendre à se mettre à la place de, c’est ce qu’on appelle : l’empathie. Entre 8 et 12 ans apparaît l’empathie dite mature. Elle permet aux enfants de se mettre émotionnellement à la place de quelqu’un.
Outil n°1 - Le message clair
À l’école, on apprend à nos élèves à se mettre à la place de l’autre en utilisant, dès le CP, le message clair. Le message clair, c’est une technique de communication. Les enfants, lors d’une situation conflictuelle, expriment à tour de rôle ce qu’ils ressentent et quelle est la cause de cette émotion.
Cela permet à chaque élève de se sentir écouté et compris, de pouvoir s’exprimer et à l’élève auteur de prendre conscience que toutes les actions peuvent avoir une répercussion sur les autres.
Les élèves trouvent ensuite une solution pour résoudre le conflit. Cela prend la forme d’une réparation : des excuses, un dessin, un petit mot, un temps de jeu partagé.
Utiliser les messages clairs et la médiation entre pairs
Fiche outilCycle 1 à 3
Par ces activités on vous propose de tisser dans la classe une culture du “parler du conflit”. La tendance naturelle à l’école serait plutôt de ne pas en parler parce que c’est inquiétant, il y aurait…
Le jeu des trois figures
Je propose également aux plus grands le jeu des trois figures de Serge Tisseron. Les élèves piochent une carte situation et vont la jouer de trois façons : une fois victime, témoin et agresseur.
Le but est d’élargir leur façon de se mettre à la place de quelqu’un en adoptant successivement les trois postures différentes. À chaque fois que la situation est jouée, on prend le temps ensuite de verbaliser ce qu’ils ont ressenti.
Au début, il est nécessaire d’accompagner les premiers messages clairs, afin que chaque partie soit réellement capable de s’exprimer. On peut aider l’élève en reformulant ce qu’on pense avoir compris, en posant la bonne émotion aussi.
3 pas pour se lancer
1. Guider l’élève dans le message clair.
2. Imaginer des situations fictives pour le pratiquer en amont sans qu’il y ait une réelle émotion qui puisse submerger l’élève.
3. Reporter le message clair quand la situation de communication ne peut avoir lieu de façon correcte.
3) Faire un pied de nez aux stéréotypes
“Tu peux pas jouer au foot, le foot c’est pas pour les filles !”
Une phrase comme celle-là, plus jamais ! Pour lutter contre ce type de phrases, chaque année, pour la journée de lutte nationale, nous organisons des ateliers pour sensibiliser nos élèves. Un des ateliers est en lien avec les stéréotypes de genre.
Le harcèlement a souvent pour point de départ une différence qui est mal acceptée par l’autre (plus petit, plus gros). Pour casser cette mauvaise acceptation de la différence, on essaie d’en faire une force et on montre à tous qu’ils ont le droit d’être eux-mêmes, qu’ils ont le droit de devenir ce qu’ils ont envie de devenir.
quels supports utiliser ?
Il y a deux ans, j’ai proposé aux élèves une discussion à partir d’un Powerpoint qui mettait en scène des métiers stéréotypés et montrait aux élèves qu’une femme peut faire un métier dit d’homme et inversement.
À la suite de ce temps d’échanges, on a listé tous les métiers stéréotypés et les élèves ont pu écrire un métier qu’ils aimeraient faire plus tard. Ce travail a permis un affichage dans les couloirs du hall de l’école pour sensibiliser tous les élèves à cette cause. Tu peux mener un travail du même genre sur les stéréotypes de genre à travers les jouets, sur le handicap, etc.
3 pas pour se lancer
- Prendre conscience que l’école a un rôle à jouer et qu’il faut être vigilant sur les petites phrases qui peuvent sembler anodines mais lourdes de sens.
- Faire comprendre ce qu’est un stéréotype : être vigilant sur tous les stéréotypes qu’on peut perpétuer sans s’en rendre compte : la prise de paroles des filles en maths, la place des jeux de ballons dans la cour, les activités créatives à stimuler davantage chez les garçons.
- Réaliser un affichage pour communiquer aux familles, aux autres élèves le travail, valoriser, encourager les élèves à sortir de leur rôle “fille/garçon”.
Réaliser une affiche pour lutter contre les stéréotypes de genre
Fiche outilCycle 2 à 3
Cette activité permet de définir la notion de stéréotypes et d’identifier ceux qui sont les plus répandus. Les élèves auront l’occasion, au cours d’une discussion, de débattre autour de cette notion, …
4) Développer un sentiment d’appartenance
En début de carrière, j’ai voulu, comme beaucoup, asseoir ma posture et assurer une bonne gestion de classe grâce à un système de gestion de comportement basé davantage sur la sanction.
Rapidement, je me suis rendu compte que cela ne fonctionnait que très moyennement. J’ai donc réfléchi à autre chose pour que les élèves deviennent gentils les uns envers les autres.
On va avoir plus de mal à vouloir nuire à quelqu’un qu’on apprécie. Le comportement est meilleur dans un endroit où on se sent bien. L’idée est donc simple: faire en sorte que les élèves se sentent appartenir à un même espace.
Cela va donc passer dans un premier temps à rendre l’espace plus chaleureux pour les élèves. On peut leur proposer de participer à la décoration de la cour en y laissant leurs traces personnelles.
3 idées de rituels
- Il y a quelques années, nous avions proposé aux élèves de représenter l’amitié dans la cour. Pour cela, ils ont réalisé des fresques collectives par classe. Chaque classe a donc sa fresque dans la cour, comme un blason.
- Ils avaient également réalisé plusieurs bancs de l’amitié et chacun connaissait sa signification: si un élève seul s’asseoit sur ce banc, il cherche du réconfort et doit être aidé. Mais c’est aussi faire en sorte que les élèves s’apprécient ou au moins, apprennent à se connaître.
- On peut utiliser des rituels comme le petit seau des émotions : chaque élève a un petit seau et les autres peuvent lui mettre des compliments à l’intérieur.
- Le billet de gratitude que l’élève peut distribuer à un autre élève face à telle ou telle action.
Pour mettre en place un cercle vertueux dans ta classe et apprendre à tes élèves à se complimenter, comme pour les émotions, il faut les accompagner dans cette pratique.
En leur apprenant et en listant avec eux, les différents types de compliment que l’on peut faire (sur le physique, le caractère, sur une action) et leur donner les mots pour le faire. Tu peux trouver un exemple de liste ici.
3 pas pour se lancer
- Réfléchir à la façon dont on a envie que les élèves se sentent dans notre classe.
- Réfléchir à comment fédérer la classe et comment affirmer ce sentiment d’appartenance (un nom de classe, un blason, une fresque).
- Ritualiser les pratiques vertueuses pour développer les liens positifs entre élèves.
3 rituels pour installer une ambiance calme dès le matin
Fiche outilCycle 2 à 3
Les premières minutes donnent le ton : un accueil trop rapide peut générer agitation et stress. Ces 3 rituels courts favorisent le calme, la cohésion et une meilleure disponibilité pour apprendre.
5) Communiquer avec les familles
Paul qui incite vigoureusement Julie à jouer avec lui à la récré alors qu’elle n’en a pas envie… Julie n’ose pas parler et un jour, elle n’en peut plus, elle craque et dit tout.
Tu as beau mettre des actions en place, parfois, le harcèlement s’invite quand même dans ton école. Heureusement, tu y es vigilant et cela permet souvent aux situations de se désamorcer très rapidement. Si malgré tout ce que tu peux mettre en place, une situation de harcèlement apparaît, la communication et l’écoute seront la clé.
3 actions clés
- Accompagner les familles, l’élève en prenant le temps de les écouter, de les guider dans la démarche en leur expliquant le protocole qui est prévu et mis en place dans votre établissement.
- Recevoir l’élève auteur, discuter avec lui, le questionner, comprendre et le prévenir des sanctions qu’il encourt si cela perdure.
- Rendre le protocole de lutte contre le harcèlement accessible à tous pour sécuriser mais aussi pour que les élèves auteurs sachent au moment venu, que la loi est la même pour tous.
mais c'est quoi, un protocole harcèlement ?
Un protocole de lutte c’est un projet dans lequel est écrit toutes les phases que tu vas mettre en place pour régler et mettre un terme à une situation de harcèlement : du recueil des propos à la résolution définitive du problème (avec les solutions et sanctions apportées si le problème ne se règle pas).
Tu vas pouvoir y glisser :
- les différents signaux (issus de la grille de signaux faibles) ;
- les coordonnées des référents harcèlement de ta circonscription;
- les actions que tu vas mettre en place dans ta classe et ton école pour prévenir le harcèlement ;
- les dates clés, comme la journée nationale de lutte en novembre, les concours NAH, l'Internet Saferday.
Prendre du temps tout au long de l’année pour que la classe devienne un espace serein, agréable n’est jamais une perte de temps. Plus on prend le temps d’installer les choses, plus on donne de clés aux élèves, mieux le groupe fonctionnera et moins il y aura de risques de situation de harcèlement.
Amandine De Freitas-Valdant, professeure des écoles depuis 2009, directrice d’école élémentaire depuis 2016, formatrice et référente PHARE
Et pour aller plus loin…
Connais-tu la MPP : méthode de préoccupation partagée, pour lutter contre le harcèlement scolaire ?
je découvre la méthode de préoccupation partagée