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6 adaptations matérielles pour soutenir l’attention des élèves

Cycle 3 à Lycée3 min
Laure Robin
Laure RobinProfesseure des écoles spécialisée en Segpa depuis 2007

En Segpa, l’attention et la concentration sont une préoccupation quotidienne. Je me suis adaptée, ma pratique a évolué et ma salle est conçue pour permettre aux élèves de rester concentrés. 

Ce que j’ai mis en place ne fonctionne pas avec tous, pas tout le temps, ce n’est pas un remède miracle, mais cela est à la portée de tous, même ceux qui comme moi ont peu de moyens financiers et peu d’espace ! 

Les pistes que j’ai explorées peuvent peut-être t'aider, que tu sois prof en enseignement spécialisé, collège ou lycée… Oui, même au collège, on peut oser ! Voici donc 6 astuces simples pour soutenir l'attention des élèves en classe.

Conseil 1 - Avant tout, avoir une classe agréable et accueillante

Quand je me balade dans certains collèges, il y a des salles de classes qui ressemblent à des chambres d’hôpital (sans les lits et les trucs qui font bip-bip)...

Pourtant, une jolie salle, c’est la base ! Les élèves ne sont pas toujours ravis de venir à l’école, mais entrer dans une salle chaleureuse, cela facilite un peu leur entrée en classe et leur mise au travail. 

Ils remarquent toujours quand il y a une nouveauté, ils sont très observateurs, ils s’approprient davantage les lieux. Et surtout, ils ont plaisir à venir. Si un élève se sent bien dans la classe, il sera plus disposé à travailler.

Comment rendre ma salle accueillante ? 

  • Je peux demander aux élèves ou aux parents s’ils ont des plantes, des cadres, des tapis dont ils ne se servent plus.
  • On trouve de bonnes affaires de seconde main sur Leboncoin, en vide-greniers, ou même des dons sur l'application Geev. 
  • Je peux demander aux élèves ce qu’ils aimeraient, leurs envies ne sont pas si irréalistes !

 

3 pas pour se lancer

  • De quoi ai-je besoin pour me sentir mieux dans ma salle ?
  • Qui puis-je solliciter pour récupérer de la déco (plantes, petits meubles, cadres, tapis) ?
  • Qu’est-ce qui est faisable très vite (histoire de mettre la machine en marche) ?

Conseil 2 - Clarifier visuellement l’espace de travail

Je ne me sens pas à l’aise dans les classes de certains collègues où tout déborde, tout est encombré… Bref, où c’est le bazar (en tout cas à mes yeux).Un bureau encombré ou un mur saturé d’affichages augmente la charge cognitive des élèves.

Quelques ajustements peuvent aider : 

  • organiser les supports par zones ;
  • limiter les affichages distracteurs et gadgets visibles ;
  • prioriser et réduire à l’essentiel les affiches qui restent accrochées en permanence. 

 

Des productions d’art plastique ornent joliment les murs, mais peuvent accaparer l’attention des élèves sur autre chose que le cours… Donc, j’identifie ce qui est utile (affiches pédagogiques et didactiques) et ce qui distrait (les photos de classe, les productions des élèves).

Les affichages sont organisés par matière ou par niveau : à chaque mur sa fonction. Les décorations artistiques ou justes décoratives sont au fond, pour ne pas trop attirer les regards distraits.

3 pas pour se lancer

  • Dans ma classe, qu’est-ce qui est régulièrement utilisé (tableau de conjugaison, de numération) ? Ca, je me mets visuellement accessible pour les élèves. 
  • Qu’est-ce qui n’est pas utilisé souvent (vocabulaire d’une ancienne séance) ? J’enlève et le garde pour l’année prochaine. 
  • Qu’est-ce qui n’a que pour objectif de décorer (posters, photos des sorties, productions) ? Je regroupe sur le mur du fond ou dans le couloir et je renouvelle de temps en temps.

Pour en savoir plus sur les espaces de travail, voir cette fiche-outil :

Repenser son enseignement en écosystème de travail pour répondre à des besoins éducatifs particuliers

Fiche outil

Cycle 3 à Lycée

Nous verrons comment s’appuyer sur une banque de médiations pour anticiper un maximum de besoins particuliers, puis comment communiquer avec l’équipe pédagogique sur les aménagements permettant une pr…

Conseil 3 - Stabiliser l’organisation de la classe

Je me suis beaucoup cherchée en début de carrière, et comme je n’étais jamais satisfaite, je changeais tout le temps : l’organisation des cahiers, les règles de la classe, le travail à la maison, la disposition de la salle…

Pourtant, je n’aime pas trop le changement. Aujourd’hui, j’apporte des nouveautés, je teste, mais je ne modifie pas tout en cours de route. Ce fonctionnement assez immuable, les élèves l’ont bien compris et intégré, mais je crois aussi que d’un certain point de vue, ça les rassure. 

Lorsque les élèves savent où trouver chaque ressource, ils mobilisent moins d’énergie cognitive pour se repérer. Cette prévisibilité soutient le sentiment de sécurité et l’autonomie.

  • Le matériel que je mets à disposition est rangé dans des bacs à tiroirs, où le contenu est écrit dessus. Chaque chose à sa place, dans ma salle comme chez moi 😉 
  • De plus, dans notre Segpa, on a opté pour un code couleur par matière. Cela aide beaucoup les élèves à s’organiser. Cela se fait en général en élémentaire, finalement pourquoi arrêter si cela aide les élèves à s’autonomiser.
  • Il y a un espace où je note les devoirs, qui restent affichés en permanence, avec une couleur différente par classe. 
  • Il y a aussi un affichage permanent des informations internes (mes absences, les dates des conseils de classe, les sorties).

 

3 pas pour se lancer

  • De quel matériel je dispose et comment faciliter son rangement ? J’anticipe les commandes de fin d’année pour l’année prochaine.
  • Quels sont les espaces les plus facilement accessibles aux élèves pour certain type de matériel ? 
  • Où puis-je ranger ce que je souhaite garder à l’oeil pour éviter les disparitions ?

Conseil 4 - Permettre des postures de travail variées

J’ai pendant longtemps considéré qu’un élève devait être correctement assis, immobile, silencieux. C’était difficile à obtenir, surtout en Segpa, où le nombre d’enfants avec des troubles, notamment TDA-H est assez conséquent. J’ai évolué, mes formations en sciences cognitives et sur la classe flexible m’ont permis de me réajuster.

Rester immobile longtemps peut être difficile pour certains élèves. Or, le mouvement contrôlé peut soutenir l’engagement attentionnel.

3 exemples d'aménagements

  • Les chambres à air sous les tables permettent de garder les jambes en mouvement. Les vendeurs de vélos ont des tonnes de chambres à air à nous donner, c'est gratuit ! Ce n’est pas très esthétique et ça sent le caoutchouc au début, mais c’est très facile à mettre en place.
  • Les assises mobiles permettent de garder le corps en mouvement et limitent les balancements sur sa chaise. Je suis réellement fan des tabourets mobiles, cela prend peu de place et c’est très agréable. À titre personnel, je le prends souvent, surtout quand je me déplace d’îlot et îlot pour m'asseoir près d’eux.
  • Je peux aussi moduler les hauteurs de travail : au sol (quand on a la place, ce qui n’est pas vraiment mon cas), un plan de travail debout (en cours de création chez nous), des tables de différentes hauteurs, etc.

Il faut accepter que ça bouge : fini les élèves figés devant nous, la classe vit et remue !

Au début, quand j’ai proposé ce type d’assises, je craignais que cela n’engendre du bruit, du désordre, de l’agitation, que ça se dispute, que ça se termine en salle de cirque... Mon bilan est que si le cadre est clair (je dois me mettre d’accord avec moi-même sur quand j’autorise l’utilisation de ces assises, pour qui, à quelle condition), les élèves jouent le jeu

Bien-sûr, il y a parfois quelques dégradations, mais à la marge. Les élèves ayant un TDA-H sont beaucoup en demande, les autres beaucoup moins. Il y a plus de demandes en fin de demi-journées ou pour les cours d’art…

Nous aussi, quand on est en formation, on n’arrive pas à rester assis et concentré tout le temps... Le mouvement facilite une dépense énergétique et favorise l’attention. Par contre, il faut respecter le cadre : on prend soin du matériel, on tourne, on range à sa place, on ne fait pas couiner le ballon (oui, ça m’insupporte), on ne fait pas non plus du trampoline dessus.

3 pas pour se lancer

  • Je repère les élèves qui bougent beaucoup, se balancent, se retournent : et si je leur proposais un ballon pour s'asseoir ? 
  • Je repère les moments de la journée / semaine les plus compliqués : je commence par introduire les assises flexibles sur ces moments.
  • Je sonde les élèves, comme pour la déco : de quoi auriez-vous besoin pour être mieux assis / installés / concentré ?

Conseil 5 - Prévoir un espace de retrait régulé

J’envie les collègues qui ont des super salles de classe instagrammables, où il y a la possibilité de faire plein de coin (le coin lecture, le coin dessin, le coin repos, le coin regroupement). En Segpa, les effectifs étant limités, les salles sont souvent plus petites (mon ancienne salle gigantesque me manque). La mienne, sans mentir, doit faire 35m² environ. 

Certains élèves ont besoin de se réguler sensoriellement ou émotionnellement pour retrouver leur disponibilité cognitive. Un petit espace peut suffire.

Dans ma salle de classe très petite (conçue pour accueillir maximum 19 personnes), j’ai réussi à caser un petit coin qu’on appelle le coin apaisement. Il est séparé de la salle par une bibliothèque couchée et est délimité par un tapis de gym au sol. On peut y lire, s’isoler quand on n’arrive plus à se concentrer ou quand on a fini un travail. 

Je dispose également de bouteilles sensorielles qu’on a fabriquées l’année dernière avec les élèves, qui sont à disposition sur demande. J’utilise aussi beaucoup les petits paravents pour s’isoler quand on a besoin. L’objectif n’est pas l’exclusion, mais la récupération attentionnelle.

3 pas pour se lancer

  • Je trouve un petit coin que je fais en sorte d’isoler de la classe et je le rends confortable et accueillant (tapis, coussin, pouf…). 
  • Je réfléchis à son accès : qui ? quand ? comment / pourquoi ? et je l’explicite aux élèves
  • Pas la place pour un coin apaisement ? Cela peut être une chaise, un fauteuil, un pouf, etc.

Besoin de faire une pause (pour soi et/ou pour les élèves) ? Voir des idées de pauses dans cette fiche-outil : 

3 pauses émotionnelles pour relâcher la pression en classe

Fiche outil

Cycle 3 à Lycée

Voici 3 exemples de pauses qui vous permettront de retrouver la pleine attention de vos élèves, sans trop empiéter sur votre séance. Vous verrez que même après 5 minutes, vos élèves vont gagner en eff…

 

Conseil 6 - Réduire les distractions auditives

Je suis sensible au bruit. Quand il y a trop de bruit, surtout de provenances différentes (élèves, cour de récré, salle d’à côté), je n’arrive plus à me concentrer et à savoir où j’en suis.

Le bruit affecte directement la compréhension et la concentration, chez les élèves, chez moi, mais aussi en particulier chez les élèves rencontrant des difficultés attentionnelles. Les élèves sont plutôt réceptifs à mes « intolérances auditives » et certains ont les leurs : j’ai un élève qui demande le casque quand on colorie, tout simplement parce qu’il ne supporte pas le bruit des feutres (il a un TSA). Chacun sa tolérance au bruit !

des idées d'aménagements

Quelques solutions possibles pour limiter la surcharge sensorielle :

  • Des balles de tennis sous les chaises (avec mon mobilier, je ne peux pas…). Pourquoi pas des tapis, des chaussons (bon, plus difficile au collège).
  • Des casques anti-bruit lors de travaux individuels.
  • En art, je mets une musique relaxante et cela réduit le volume général de la classe. 
  • J’utilise aussi ,quand on travaille en groupe par exemple, le site Bouncyballs pour limiter le volume sonore. 
  • Je fais aussi la chasse aux stylos qui "cliquent", car à titre personnel, ça me stresse !

3 pas pour se lancer

  • Je fais un bilan sonore de ma classe : j’observe et je note les moments où le niveau sonore est trop élevé (avec un sonomètre en ligne par exemple), je repère les élèves qui souffrent du bruit, j’identifie les sources du bruit.
  • Je crée un environnement sonore apaisant : je suis maître du volume donc je régule le volume sonore des élèves, j’évite de crier, je mets une musique douce…
  • J’apprends à repérer les élèves en souffrance par rapport au bruit pour leur permettre de s’isoler phoniquement, je trouve un ou deux casques anti-bruit (magasins de bricolage).

Rome ne s’est pas faite en un jour. Une salle de classe à notre image, ça prend du temps, ça demande une réflexion, il faut parfois oser se lancer quand on cherche à innover. Parfois, le matériel est resté longtemps rangé avant que je n’ose le mettre en place… 

J’étais persuadée que ça allait être le bazar. Mais je n’ai aujourd’hui aucun regret. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore fait, allez voir du côté des neurosciences, des classes flexibles et des CPS, ça donne plein d’idées.

Vous pouvez aussi trouver des aménagements dans notre guide pratique pour l'accompagnement d'élèves ayant un TSA : 

Réussir la scolarisation d’un élève présentant un trouble du spectre de l'autisme (TSA) dans le secondaire

Guide pratique

Cycle 3 à Lycée

Mais de quoi parle-t-on vraiment lorsque l’on évoque les troubles du spectre de l’autisme (ou TSA) ? Quel est votre rôle, en tant qu’enseignant ou enseignante, et comment accompagner les élèves dont l…

 

Laure Robin, professeure des écoles spécialisée en Segpa depuis 2007, DU de psychopédagogie