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Oups, j'ai pas fini le programme... Et alors ? 5 raisons de déculpabiliser

Cycle 2 à 33 min
Elodie Parmentier
Elodie ParmentierProfesseur des écoles depuis 2013, Instagram @differencier_au_quotidien_

Chaque année, il y a ce moment où l’on ouvre sa progression avec un petit nœud au ventre. On compte les semaines restantes, on regarde ce qu’il reste à faire… et on comprend vite que tout ne tiendra pas

Je connais bien ce moment. J’ai déjà eu cette impression de courir après le temps, avec la sensation de ne jamais en faire assez. 

Puis j’ai fini par comprendre qu’une année de classe ne ressemble jamais à ce qu’on avait imaginé en septembre. Il y a les imprévus, les élèves qui ont besoin de plus de temps, les projets qui prennent des heures mais qui valent le coup… Bref, la vraie vie d’une classe !

Voici 5 conseils qui m’aident à garder du recul quand le programme déborde.

1) Parce qu'on a bien bossé cette année

Une année, fin mai, j’étais persuadée d’avoir énormément de retard. Puis j’ai repris mon cahier journal. J’y ai revu les sorties, les absences, les semaines compliquées, les moments où il avait fallu reprendre des bases. J’ai surtout compris une chose : nous n’avions pas perdu notre temps… on avait travaillé !

On prépare souvent lors des vacances d’été notre année comme une année idéale : une année où tout roule, où personne n’est absent, où chaque semaine est complète et où toutes les séances fonctionnent comme prévu. Scoop: cette année-là n’existe pas ! 

Dans la vraie vie, toutes les classes avancent avec des imprévus : les élèves absents, les jours fériés, les sorties, les réunions, les projets de classe ou d’établissement. Il y a aussi les moments où il faut reprendre les règles, motiver la classe, revenir sur une notion mal comprise.

Tout cela prend du temps, mais ce temps est utile. Avant de vous dire que vous êtes en retard, regardez ce que vous avez réellement traversé depuis septembre. 

Une fiche pratique qui peut vous aider :

Faire le bilan de mon année

Fiche outil

Cycle 2 à 3

Nous allons utiliser un tableau bilan pour faire le point sur votre année et vous projeter sur la suivante. Vous allez pouvoir visualiser les chantiers qui seront les plus importants pour la rentrée, …

1,2,3, action !

  • Prendre son cahier journal depuis la rentrée.
  • Relire rapidement chaque période et noter tout ce qui a demandé du temps en plus.
  • Regarder ensuite l'avancement actuel avec un peu plus d’indulgence…

2) Parce qu'on choisit l'essentiel

En début de carrière, j’ai déjà voulu tout boucler en juin et j’ai accéléré partout. Les élèves suivaient comme ils pouvaient alors que moi-même, je savais que cela ne servait pas à grand-chose. Depuis quelques années, je préfère choisir l’essentiel.

Quand le temps manque, il faut faire des choix : tout ne se vaut pas dans les programmes. À chaque niveau, certaines priorités méritent qu’on y consacre davantage de temps, car elles serviront longtemps et faciliteront la suite des apprentissages. 

On peut alors regarder ce qui revient l’année suivante, demander conseil à un collègue du niveau suivant ou observer ce que les élèves réutilisent souvent dans plusieurs matières. En renforçant ces apprentissages utiles pour la suite, vous aidez réellement vos élèves. Ils arriveront plus solides dans la classe suivante. 

Faire des choix ne veut pas dire abandonner le reste ! Cela veut dire reconnaître que certaines priorités demandent plus de temps à ce moment de l’année. Mieux vaut des acquis solides qu’un programme traversé à toute vitesse.

Pour en savoir plus, voir cette fiche pratique à télécharger en PDF : 

Prioriser les apprentissages en période 5

Fiche outil

Cycle 2 à 3

Cette fiche aide à identifier les apprentissages prioritaires, à alléger la charge mentale et à terminer l’année avec des objectifs réalistes et utiles pour les élèves.

1,2,3, action !

  • Prendre sa programmation restante.
  • Se référer à la fiche pratique ci-dessus.
  • Donner la priorité à ces points dans les semaines qui restent.

3) Parce qu'on n'est pas l'unique responsable du parcours de l'élève

Je me mettais une pression folle en fin d’année, comme si tout devait être réglé avant juillet. Puis ma super collègue du niveau suivant m’a dit un jour : 

“Tu sais, en septembre, je reprends toujours plein de choses.” 

J’aurais aimé l’entendre plus tôt.

L’école ne repose pas sur une seule année ni sur un seul prof. Les élèves apprennent petit à petit sur plusieurs années : il y a des moments où l’on découvre, d’autres où l’on revoit, où l’on consolide et où l’on va plus loin.

Notre rôle n’est pas de tout recommencer ni de tout terminer : il est de reprendre ce qui doit l’être et de faire progresser les élèves là où ils en sont en continuant le programme. C’est d’ailleurs pour cela que nous travaillons par cycle.

Du coup, pensez à cela : un élève n’a pas besoin d’arriver en septembre en ayant tout acquis. Il a surtout besoin d’arriver avec des bases solides, de bonnes habitudes de travail, un peu d’autonomie et la confiance nécessaire pour continuer à apprendre. Et, franchement, c’est déjà beaucoup.

1,2,3, action !

  • Demander à la collègue du niveau suivant ce qui aide vraiment en septembre.
  • Noter ces réponses sur un papier visible.
  • Concentrer vos dernières semaines sur ces points-là.

4) Parce que mes élèves ont fait des progrès

Pendant les vacances d’avril, j’avais toujours tendance à me plaindre de tout ce qu’il restait à faire. Un jour, en rangeant ma classe, j’ai trouvé des cahiers du jour datant de la période 1 et j’ai été subjuguée par les écarts car ils étaient énormes. 

Les élèves écrivaient mieux et plus. Je me suis dit que j’avais oublié de regarder le chemin parcouru. En fin d’année, on regarde souvent d’abord ce qu’il reste à faire. Mais à force de fixer ce qu’il manque, on oublie parfois tout ce qui a été construit depuis septembre.

Les progrès sont pourtant là : des élèves qui entrent en classe avec le sourire, qui se mettent au travail plus vite, qui se concentrent mieux, écrivent davantage. Certains prennent enfin la parole. D’autres osent chercher seuls ou abandonnent moins vite face à la difficulté. 

Tout cela n’entre pas toujours dans une progression. Pourtant, cela compte énormément pour préparer la suite.  Alors, avant de penser à ce que vous n’avez pas terminé, prenez le temps de regarder ce que vos élèves savent faire aujourd’hui et ce qu'ils ne savaient pas faire en septembre.

Voir aussi : 5 outils pour aider les élèves à prendre conscience de leurs progrès de l'année

1,2,3, action !

  • Sortir 2 cahiers de septembre et 2 cahiers récents.
  • Comparer les productions pendant dix minutes.
  • Écrire une liste de 5 progrès observés et la garder sous les yeux pour les moments de doute.

5) Parce que ça ne sert à rien de se comparer aux autres profs

J’ai déjà entendu et j’entends encore : “Moi, j’ai fini ça depuis deux semaines déjà.” Sur le moment, cela me décourage. Puis je me rappelle que nous n’avons ni les mêmes élèves, ni les mêmes contraintes, ni les mêmes priorités.

Comparer deux progressions n’a souvent pas grand intérêt. Une classe autonome n’avance pas comme une classe qui demande beaucoup d’accompagnement. Un groupe fragile n’ira pas au même rythme qu’un autre plus à l’aise. Certaines classes vivent beaucoup de projets, d’autres non.

Le bon rythme n’est pas celui du collègue. C’est celui qui permet à vos élèves de comprendre, de s’entraîner et de retenir. Aller vite ne veut pas toujours dire apprendre mieux. Revenir à sa propre classe fait souvent du bien.

Voir aussi : J'ai appris à déculpabiliser dans mon métier de prof, et ça va beaucoup mieux !

1,2,3, action !

  • Quand une comparaison vous touche, fermer la porte ou changer de pièce mentalement.
  • Ouvrir son cahier-journal et observer. 
  • Répondre à  la seule question utile : “De quoi ma classe a besoin demain matin ?"

 

Élodie Parmentier, prof des écoles depuis 2013, @differencier_au_quotidien