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Comment remobiliser les élèves en fin d'année ?

Cycle 3 à Lycée3 min
Juliette Gourmelon
Juliette GourmelonProfesseure d'histoire-géo en collège depuis 2016 @mme_dates_et_lieux

La dernière période c’est un peu mon “boss final” de l’année scolaire… sauf que je n’ai plus de vie, d’énergie et que le jeu bugue une fois sur deux à cause des jours fériés. 

  • Les élèves sont déjà partis en vacances (uniquement mentalement !). 
  • Les projets motivants de début d’année ont pris fin lors de la période précédente. 

 

Bref, chaque année, je me surprends (pas du tout) à avoir cette pensée : 

“OK… là il faut survivre à cette période, et ensuite, VACANCES !"

Et puis, au bout de presque 10 ans d’enseignement, j’en ai eu assez de subir cette dernière ligne droite. J’ai eu envie de la vivre autrement, pleinement. Alors, j’ai commencé à tester, ajuster, bricoler des petites tactiques pédagogiques adaptées à ce moment si particulier de l’année.

Petit à petit, quelque chose a changé : les élèves se remobilisent différemment, autrement, mais réellement. Et moi, je redécouvre presque avec émerveillement cette période que je redoutais tant. Comme quoi, même le “boss final” peut réserver de bonnes surprises. 

Alors bien sûr, ce que je vais te proposer ici n’aura rien de miraculeux.  Il n’y a pas de recette magique  qui fonctionne à tous les coups. Mais c’est en faisant quelques ajustements qu’on enclenche le changement !

1) Motiver les élèves autrement

Quand la motivation scolaire baisse, il faut trouver d’autres leviers qui peuvent prendre le relais : 

  • faire des activités plus concrètes, faire jouer les élèves et proposer davantage d’oraux (par exemple, mettre en place des rituels de début d’heure) ;
  • proposer des défis inter-classes (par exemple mettre en place un concours de géographie, d’orthographe à chaque début de séance) ;
  • et faire des travaux collaboratifs.

 

Ce qui change ? On ne cherche plus uniquement à avancer le programme mais à redonner du sens à l’engagement. 

Moi, ce que je préfère, c’est inclure le jeu dans mes pratiques : cela permet de réengager des élèves décrocheurs en instaurant un cadre moins formel tout en travaillant les notions. Quand l’attention baisse, le jeu capte immédiatement l’attention. 

Il donne de suite aux élèves l’envie de s’impliquer (avec pour objectif de gagner la plupart du temps!), ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en réalité dans le travail. Il remet les élèves en action : le jeu oblige les élèves à réfléchir, manipuler et à prendre des décisions. 

L’élève devient donc un acteur et plus un spectateur de ta séance. Les notions sont mieux comprises et retenues. Le jeu permet de continuer à apprendre, sans alourdir le climat de classe. 

Mettre les élèves en activité à l’aide d’outils plus ludiques ne te fait pas perdre de temps, bien au contraire : les élèves sont plus dynamiques, tes séances retrouvent du sens et les notions s’ancrent plus facilement. Ce n’est pas un temps de pause dans les apprentissages mais une autre manière d’apprendre.

À lire aussi : 6 jeux pour sensibiliser au développement durable en secondaire (toutes matières confondues !) 

je passe à l'action !

  • Revois ta programmation annuelle pour repérer les chapitres qui se prêtent à une approche plus ludique en fin d’année.
  • Choisis une séance simple et adapte-la  : avec un Kahoot!, des exposés, des rituels, des défis… il n’est pas nécessaire de changer toute ta séquence ! Tu peux t'inspirer avec ce podcast super Apprendre par le jeu au collège, ou encore faire un tour sur Canopé.
  • Lance toi avec une classe, observe, simplifie : il faut expérimenter pour trouver le bon équilibre !

Et un conseil lecture : l'ouvrage “Apprendre en jouant” d'Éric Sanchez et Margarida Romero.

2) Donner de la place aux projets

Pour moi, les projets sont bien plus qu’un simple travail à rendre : ce sont des leviers de motivation, de remobilisation et de cohésion de classe. Faire travailler tous les élèves autour d’un même projet est un atout essentiel pour installer un climat de classe serein et engagé.

Je me suis donc dit qu’il était important, même en fin d’année, de continuer à faire vivre cette logique de projet. Mais autrement. À cette période, il ne s’agit plus de lancer de grandes réalisations mais de proposer des projets courts, visibles et concrets.

Se lancer dans un projet, oui, mais lequel ?

Cela dépendra très certainement de ta matière, des niveaux de tes classes. Il est important de trouver un projet qui te correspond à toi et à tes élèves. Voici quelques idées

 

Projets solidaires et citoyens : 

  • organiser une collecte ou un clean up day (digital ou de déchets) en partenariat avec la mairie ou encore au sein de l’établissement ;
  • écrire le journal de l’année en cours : les élèves reviennent sur les temps forts de l’année et leurs souvenirs. Cela permet notamment de faire écrire de manière collective les élèves, c’est un excellent levier de cohésion de classe.

Projets autour de l’environnement : 

  • mettre en place un potager ;
  • travailler sur l’eau au collège : repérer les usages en eau, estimer les consommations, créer des affiches de sensibilisation pour ensuite mieux utiliser l’eau, construire un récupérateur d’eau de pluie pour l’arrosage, mettre des économiseurs d’eau sur les robinets ;
  • imaginer sa ville idéale et durable : demander aux élèves de repenser leur lieu de vie et contacter par exemple la mairie pour essayer de mettre en place certaines idées.

je passe à l'action !

  • Choisis un projet simple et surtout il faut qu’il soit réalisable sur un temps court. Réfléchis à tes centres d’intérêt et à tes compétences : tes loisirs et ton métier peuvent entrer en corrélation !
  • Donne des rôles aux élèves dans ce projet : cela permet d’impliquer tout le monde et de structure le travail. N’hésite pas à te rapprocher de tes collègues pour lancer le projet à plusieurs ! Réfléchis aussi au territoire où se trouve ton établissement : un projet en lien avec les problématiques du territoire te permettra de pouvoir ancrer ce projet dans le temps !
  • Organise un calendrier et fixe les objectifs : le projet et son avancement doivent être visibles pour tes élèves, mais aussi pour l’établissement tout au long de la réalisation. Si les élèves sentent que leur travail est valorisé et encouragé ils n’en seront que davantage mobilisés.

3) Se remobiliser toi aussi !

La vraie question est : comment tenir autrement ? La réponse est finalement assez simple… sur le papier en tout cas : en se préservant. En prenant le temps de réfléchir à ses besoins, à ses limites, et à ce qui nous fait du bien dans ce métier. 

Se recentrer sur moi-même, mes envies, mes objectifs m’a permis de mieux vivre cette période que je subissais auparavant. Et, paradoxalement, c’est en ralentissant un peu que j’ai réussi à recharger mes batteries autrement, et à retrouver une énergie plus stable pour mes élèves… et pour moi aussi !

Le premier conseil que je peux te donner est tout simplement d’arrêter de vouloir en faire trop. Faire simple et l’assumer c’est te préserver. Inutile de jouer les pédagogues révolutionnaires !

des stratagèmes qui te simplifieront la vie en classe

  • Des consignes claires : plus elles seront courtes et précises, plus vite des élèves se mettront en activité !
  • Réutilise des activités qui fonctionnent : par exemple un simple Kahoot! et tu déclenches le bonheur de tes élèves.
  • Utilise des activités déjà faites par d’autres collègues : sur ÊtrePROF, tu as énormément de fiches activités proposées, tu peux les utiliser telles quelles ou simplement t’en inspirer !
  • Laisse les élèves travailler… à ta place ! Privilégie le travail de groupe : tu expliques les consignes en 5 minutes, et ensuite pendant 30 minutes ils travaillent en groupe : au lieu d’aller voir 30 élèves individuellement et plusieurs fois, tu navigues sereinement entre les 6 groupes de travail : moins d’explication, plus de compréhension !
  • Oublie ta culpabilité face à une séance imparfaite : pas besoin de te mettre la pression comme si tu allais avoir une inspection : les élèves sont au travail ? Les objectifs sont atteints ? Tu as survécu à la semaine ? C’est ça ta séance parfaite !
  • Ne cherche pas à tout porter en même temps : choisis tes priorités et accepte de “faire assez bien” plutôt que “parfait”.

En fin d’année, la vraie compétence pédagogique, ce n’est pas de tout révolutionner… c’est de faire en sorte que la classe tourne pendant que le cerveau recharge en mode économie d’énergie !

je passe à l'action !

  • Prends 10 minutes pour te demander : qu’est-ce qui t’épuise le plus, qu’est-ce qui te prend ton énergie, qu’est-ce qui fonctionne sans efforts, quelles sont tes envies ?
  • Choisis UNE action concrète : un projet à adapter, une séance à simplifier. Ne fais pas tout d’un coup, mais petit à petit. 
  • Replace ton énergie au bon endroit : garde ce qui a du sens pour toi, aménage-toi des temps de pause, préserve-toi, ne te mets pas trop de pression.

Le vrai “boss final”, ce n’est plus la fin d’année… c’est toi : ta capacité à te préserver, à t’adapter et à transformer cette période exigeante en un temps encore vivant, dynamique et motivant pour tes élèves comme pour toi !

 

Juliette Gourmelon, professeure en HG-EMC depuis 2016, référente pHare, epsA et E3D