La mémoire nous permet d’encoder, de stocker et de restituer des informations au quotidien. Elle est indispensable à nos apprentissages et à la formation de notre identité. Mémoire de travail ou mémoire de notre histoire, quels sont les différents types de mémoire ?
Comment fonctionne notre cerveau pour stocker tous nos souvenirs et les faire remonter à notre conscience lorsque l’on en a besoin ? Est-il possible de booster nos capacités de mémorisation ? Je vous explique avec des exemples concrets tout ce qu’il faut retenir sur ce sujet passionnant.
Quels sont les 5 types de mémoire ?
1. La mémoire de travail, appelée aussi mémoire à court terme
Au cœur du réseau neuronal, la mémoire de travail est responsable de la manipulation et de la rétention temporaire des informations pendant l'exécution d'une tâche ou d'une activité. Elle utilise des boucles phonologiques et visuo-spatiales pour retenir respectivement les informations auditives et visuelles.
Grâce à elle, on peut retenir 7 informations en même temps.
exemples
On l’utilise pour :
- garder en mémoire la phrase que l’on a commencé à recopier ;
- composer un numéro de téléphone que l’on vient de nous transmettre oralement ;
- chercher la somme d’argent dans notre porte-monnaie pour payer le montant annoncé à la caisse, etc.
2. La mémoire sémantique
La mémoire sémantique concerne le langage et les connaissances sur le monde, sans référence aux circonstances d'acquisition. Elle se construit tout au long de la vie en apprenant des concepts génériques (mots, usage des objets, etc.) et individuels (lieux, personnes).
Grâce à elle, on peut retenir le sens des mots et apprendre notre langue maternelle, sans difficulté.
exemples
On l’utilise pour :
- garder en mémoire le sens des mots que l’on apprend tout au long de notre vie ;
- parler au passé, au présent ou au futur avant même de savoir conjuguer les verbes (en réutilisant les formulations fréquemment entendues) ;
- regrouper des mots comme chat, lapin, oiseau ou vert, bleu, rouge, sans difficulté.
3. La mémoire épisodique
La mémoire épisodique se rapporte aux moments personnellement vécus, comme les événements autobiographiques. Elle permet de se situer dans le temps et l'espace, facilitant ainsi la projection dans le futur. Elle se forme entre 3 et 5 ans, avec une étroite interaction avec la mémoire sémantique.
Grâce à elle, on peut se souvenir de nos anniversaires, nos vacances, etc.
exemple
On l’utilise pour raconter des événements passés, comme nos vacances, en précisant qui, quoi, où et quand.
4. La mémoire procédurale
La mémoire procédurale est responsable des automatismes, permettant des actions sans avoir à les réapprendre à chaque fois. Ces procédures sont effectuées de manière inconsciente, avec des circuits neuronaux automatisés.
Grâce à elle, on se souvient comment faire du vélo, même si ça fait longtemps qu'on n’en a pas fait.
exemples
On l’utilise pour :
- conduire ;
- marcher ;
- pratiquer un sport.
5. La mémoire perceptive
Fondée sur les sens, la mémoire perceptive fonctionne principalement à l'insu de l'individu. Elle retient des images ou des sons, facilitant la reconnaissance de visages, de voix et de lieux. Elle contribue à une capacité d'économie cognitive en automatisant des activités devenues routinières.
Grâce à elle, on fait confiance à notre intuition : “Cette odeur me fait penser à un dîner à la montagne, il doit y avoir du fromage à raclette dans ce plat.”
exemples
On l’utilise pour :
- monter sur le trottoir quand on entend le bruit d’une voiture dans notre dos ;
- rentrer chez nous, sans se perdre, même si l’on n’a pas fait attention au nom des rues ;
- reconnaître la voix de celui qui parle, même si on ne le voit pas.

Dans le contexte scolaire, pour retenir une notion, il faut que notre cerveau y soit confronté à plusieurs reprises,
de façon spiralaire.
Comment fonctionne la mémoire ?
Prenons un exemple : le jour de ma première rentrée scolaire en tant qu’enseignante. Comment ai-je fait pour m’en souvenir ?
L’encodage, la première étape de la mémorisation
Ce jour-là, tous mes sens étaient en éveil. Cela signifie que dans mon cerveau, chaque zone correspondant à chacun de mes sens a reçu des informations :
- la zone visuelle : des images de la grille derrière laquelle se trouvaient des élèves avec leurs parents ;
- la zone de l’odorat : des odeurs de feutres Véléda tout neufs et du chauffage électrique qui n’avait pas fonctionné depuis plusieurs semaines ;
- la zone de l'ouïe : les bruits des sifflets utilisés par mes collègues pour rassembler les élèves.
l'essentiel
L'encodage est le processus par lequel les informations sensorielles sont transformées pour que le cerveau puisse les utiliser. Cela se produit donc lorsque nous percevons des stimuli sensoriels tels que des images, des sons ou des odeurs.
Il peut être facilité par l'attention, la répétition ou l'association avec des connaissances. Par ailleurs, plus l'encodage est profond et significatif, plus il est probable que les informations soient bien ancrées.
À ce stade, les informations sont analysées, mais pas encore stockées.
Le stockage, c’est la rétention, à court terme ou à long terme
Pour être stockées, les informations doivent passer par l'hippocampe. Il y en a deux, un dans chaque hémisphère du cerveau. L'hippocampe va créer des liens entre les différents éléments déjà mémorisés et les nouvelles informations. Il va également mettre en relation les émotions pour finalement constituer un maillage unique. C’est un peu comme des coordonnées GPS, un code unique pour un souvenir particulier.
C’est à ce moment qu’entrent en jeu la mémoire à court terme et la mémoire à long terme. Rappelez-vous ! La mémoire de travail, ou mémoire à court terme, retient temporairement des informations pour des tâches immédiates, tandis que la mémoire à long terme stocke des informations sur une période plus prolongée.
Dans mon exemple du souvenir de ma toute première journée de maîtresse, j’ai utilisé ma mémoire à long terme.
La restitution ou récupération de l’information
Au moment de la restitution du souvenir, il y a deux possibilités :
- On questionne notre cerveau pour faire remonter l’information à la surface de la conscience. C’est ce qu’on appelle une récupération volontaire.
- Le souvenir revient en mémoire, déclenché par l’une des émotions ou l’un des liens associés. Il s’agit d’une récupération spontanée.
Il suffit que j’entende la chanson "Pour louper l’école" d’Aldebert pour que le mécanisme se déclenche. C’est un chant que l’on a écouté le premier jour et que l’on a commencé à apprendre au retour de la cantine.
Si je continue d’activer mon souvenir, je vais me souvenir du visage des élèves, de leurs prénoms, de ma salle de classe et ainsi de suite.
Néanmoins, la mémoire à long terme est quand même une mémoire sélective. Avec le temps, les informations peuvent s’effacer. Les éléments que je vais conserver de ma rentrée sont ceux auxquels je vais repenser, ceux que je vais raconter à mes enfants, etc.
l'essentiel
Dans le contexte scolaire, quel que soit l’âge, les neurosciences l’ont confirmé à plusieurs reprises : pour retenir une notion, il faut que notre cerveau y soit confronté à plusieurs reprises, de façon spiralaire : J, J + 1 jour, J + 1 semaine, J + 1 mois, J + 3 mois et J + 6 mois.
Peut-on booster nos capacités de mémorisation ?
Les paramètres d’hygiène de vie
Le sommeil est crucial pour consolider ses capacités de mémorisation. En effet, une répétition inconsciente des informations s’opère la nuit, pendant le sommeil. À ce moment-là, les connexions neuronales qui ont été activées pendant l'événement sont réactivées. À chaque passage, le signal va creuser son sillon. Et parallèlement, de nouvelles connexions apparaissent, de nouvelles synapses, comme si le cerveau renforçait l'armature du souvenir.
L’alcool et les drogues ont plutôt un impact négatif sur la mémoire. Ils parasitent notamment les émotions et ne permettent pas un encodage de bonne qualité. Par ailleurs, une alimentation saine, l’activité physique et les activités sociales jouent quant à elles un rôle important dans l’amélioration de la mémorisation.
remarque
Qu’en est-il du stress ?
Lorsque le stress est léger et positif, il peut booster les performances de notre mémoire. Malheureusement, on ne contrôle pas toujours son intensité. Et lorsque le stress est trop important, alors il diminue les capacités de restitution : c’est le fameux trou de mémoire !
Les méthodes d'entraînement cérébrales
Vous avez peut-être déjà entendu parler des jeux vidéo pour stimuler notre mémoire ? Ils promettent des bénéfices sur les fonctions cognitives et notamment sur la mémoire. Les fonctions cognitives, ce sont les processus mentaux, tels que le raisonnement, l'attention et la mémoire.
Les premières études réalisées sur des individus séniors indiquent une amélioration sur plusieurs fonctions cognitives et notamment sur leur mémoire spatiale. Ces résultats sont à mettre en parallèle avec les études menées par Alain Lieury, professeur à Rennes, et Sonya Lorant-Royer, maître de conférences à Strasbourg. Ils ont mis en place une étude d’impact des jeux vidéo chez des enfants et n’ont pas constaté d'amélioration sur leurs fonctions cognitives.
Les stratégies mnémotechniques
La mnémotechnie est un procédé qui permet d’augmenter la mémorisation d’informations diverses et variées. L’objectif premier est de conserver plusieurs informations dans une mémoire à plutôt court terme. Si les informations sont ensuite réactivées régulièrement alors elles pourront être conservées plus durablement.
Les stratégies mnémotechniques permettent également de faciliter le rappel d'informations. C’est pourquoi elles sont très utiles dans le cadre des apprentissages scolaires. Il en existe plusieurs et elles sont souvent très bien maîtrisées par les champions des France de mémoire, comme Stéphane Martinez, par exemple.
l'essentiel
Voici un aperçu des stratégies mnémotechniques les plus connues :
- L’association d’idées, c’est relier des informations entre elles grâce à une petite histoire en utilisant parfois des éléments déjà connus, comme la phrase Mais ou et donc or ni car ?.
- La méthode du palais mental, revient à associer informations à retenir et pièces du palais imaginaire tout en s’y déplaçant pour organiser les éléments et faciliter le rappel.
- La carte mentale, c’est faciliter la rétention d’informations visuellement grâce à une illustration organisée autour d’une idée centrale.
- La méthode de l’acrostiche est souvent utilisée pour mémoriser l’ordre des planètes du système solaire : Me Voici Toute Mignone, Je Suis Une Nébuleuse. Cela revient à créer une phrase à l’aide de la 1ère lettre de chaque mot à retenir.
La mémoire humaine est un système complexe composé de différents types de mémoire. En comprendre le fonctionnement et adopter des pratiques favorables peut renforcer les capacités cognitives et limiter les trous de mémoire.
Les élèves de tous les âges adorent explorer ce phénomène aussi complexe que fascinant, alors n’hésitez pas à l’évoquer avec eux. Puis, encouragez-les à tester différentes méthodes mnémotechniques. Cela permettra de tendre vers une meilleure connaissance de leurs capacités.
Émilie Kalifa, professeure des écoles depuis 2018
Connaître son cerveau pour mieux apprendre
Fiche outilCycle 1 à Lycée
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