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Un discours, un micro, un studio : le projet qui a motivé mes élèves de LP

Lycée5 min
Alexandra Zonina
Alexandra ZoninaProfesseure d'Anglais-Lettres en lycée pro depuis 3 ans

L’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi d'enseigner en lycée professionnel, ce sont les possibilités de projets avec les élèves. La mise en situation les galvanise et permet une meilleure connexion avec eux.

Ce n’est que la deuxième année que j’enseigne, et ce n’est pas toujours évident de motiver les élèves quand on suit le programme à la lettre... Mais quand on le relie avec un projet, ça devient beaucoup plus intéressant et énergisant ! Je vous raconte ici ce que j'ai mis en place.

Étape 1 - S'inspirer et oser !

J’ai toujours vu mes collègues faire plein de projets avec leurs élèves, et ça me semblait toujours être une montagne à gravir… Jusqu’à ce que je plonge. J’enseigne à la fois l’anglais et le français. J'ai donc essayé de lier mon projet à une des deux matières. 

J’ai décidé de monter un projet en lien avec les items du programme découvrir et pratiquer la prise de parole en public et comprendre et maîtriser les genres qui participent à la fois de l’oral et de l’écrit.

J’ai donc pris contact avec une compagnie théâtrale….

 

Mon idée ? Leur faire écrire un discours, puis l’enregistrer. Même si dans mon cas, le seul public serait leurs camarades, ils allaient tout de même :

  • découvrir les procédés de l’éloquence, les analyser et les mettre en pratique ;
  • se saisir des codes des différents types de discours ;
  • les mettre en forme, grâce aux exercices. 

 

Le fait qu’on laisse le choix aux élèves des thématiques qu’ils voulaient traiter les a d’autant plus motivés. Et pour moi qui adore le théâtre, les voir ensuite entrer en action était génial. J’en ai adoré chaque seconde.

L’un des objectifs d’apprentissage, c’était aussi de les voir prendre confiance en eux, qu’ils apprennent à prendre la parole en public, à réagir et argumenter. Cela leur a montré l’importance de bien se tenir, surtout lorsqu’on s’adresse à quelqu'un, pour que le message soit audible et qu’on y croie.

action !

  • Connaître les différents projets possibles, autres que les voyages scolaires. Pour cela, se renseigner auprès du ou de la référente culture, qui connaît les partenaires, gère les inscriptions et peut vous guider dans vos idées.
  • Être force de proposition. Ne pas avoir peur de proposer, tenter et se mettre en binôme pour que ça soit plus rassurant. Par exemple, pour un projet street art, je me suis mise avec le professeur d’art appliqué de la classe.
  • Connaître le système Adage : toutes les demandes projets passent par cette plateforme. Il faut s’y connecter, trouver le projet qui vous y intéresse et vous inscrire. Lorsque vous arrivez dessus, vous devez vous connecter grâce à vos identifiants d’académie. Puis, vous avez la liste de tous les appels à projets avec les dates auxquelles vous pouvez vous inscrire et la date de fin.
  • Se renseigner sur le site Pass Culture, pour voir si votre projet est éligible.
  • Faire valider son projet. C’est la direction qui a le dernier mot. Cela dépend du budget demandé : ce qui est pris en charge par les familles, ce qui doit l’être par le lycée.

Pour en savoir plus sur les étapes administratives, voir notre guide pratique Organiser une sortie scolaire en secondaire.

Étape 2 - Planifier

J’ai toujours voulu remettre du théâtre dans ma vie de prof, et je voulais en faire avec mes élèves. Mais j’ai eu un peu peur du côté scène, je voulais commencer par quelque chose de plus petit…

J’ai donc décidé de faire faire un podcast à mes élèves. C’était justement le format proposé par la compagnie Au Fil de la plume, qui m’a accompagnée dans ce projet !

action !

  • Choisir les intervenants. Une fois que j’ai choisi ce projet, j’ai contacté la structure pour qu’ils puissent publier leur offre sur Adage. Le projet que j’ai choisi de faire n’y était pas encore, alors la compagnie l’a créé, puis j’ai réservé.
  • Planifier les interventions. J’ai choisi une classe que j’ai à la fois en anglais et en français. Cela permet une meilleure flexibilité. Il faut savoir combien de temps et sur quelles plages horaires a lieu l’intervention. La durée dépend aussi du budget demandé et disponible…
  • Se mettre d'accord sur le contenu et le procédé. En ce qui me concerne, j’ai partagé avec mon intervenante les textes sur lesquels j’allais travailler. Puis, elle m’a dit comment elle allait mettre les élèves en action.

Étape 3 - Profiter !

Quand ’ai annoncé que les élèves allaient prononcer un discours et l’enregistrer dans un studio, ils m’ont demandé "s’ils pourraient lâcher un freestyle". Certains adorent le rap et voulaient chanter ou mettre de la musique avec leur texte. 

Ils étaient vraiment motivés à l’idée de pouvoir parler de ce dont ils voulaient ! J'ai accepté, ma seule limite était de ne pas aborder de politique. 

Cela a donné de belles thématiques : les réseaux sociaux, les violences faites aux femmes, la discrimination ou encore les problématiques de budget dans le 93. Ils ont ensuite enregistré ça dans un véritable studio d’enregistrement. 

La co-intervention, comment ça se passe ?

Dans mon cas, une comédienne a accompagné les élèves à écrire un discours. Avoir un intervenant, ça change : c’est une nouvelle personne, alors les élèves se comportent différemment. Ils sont curieux ! Lors des interventions, n’oubliez pas que vous restez garant de la sécurité et du cadre des interventions. 

Les étapes du projet

  • Apprendre à écrire un discours : forme et argumentation

Mes séances ont tourné autour du travail de langue : comment argumenter, donner des idées, les mettre en ordre, et à écouter des exemples. 

J’ai pris des discours très différents, comme celui de Simone Veil sur l’avortement, celui de Badinter sur la peine de mort ou encore celui d'Emma Watson sur le He for She. Le but était qu’ils se saisissent de la différence du langage corporel, de comment les orateurs s’adressaient à leur auditoire, etc.

  • Choisir sa thématique

Les élèves se sont mis par groupes de 4 ou 5. Ils avaient une liberté complète quant à la thématique. À partir du moment où ils l'avaient choisie, ils ont fait des recherches sur Internet.

  • Mettre en forme grâce à des questionnaires et des débats

Par exemple, concernant les réseaux sociaux, on les questionnait sur le genre de réseau qu’ils utilisaient, à quelle fréquence, dans quel but, et qu’est-ce qu’ils imaginaient comme solution pour limiter les côtés négatifs.

  • Les amener à utiliser des exemples personnels

Nous (l’intervenante et moi) leur avons demandé de parler d'eux, afin que leur discours soit plus poignant. Par exemple, pour les violences faites aux femmes, on a demandé aux élèves s’ils en avaient été victimes ou témoins.

  • Apprendre à s’écouter et à travailler ensemble

Lorsqu’on fait travailler en groupe, le danger est toujours qu’il y en ait qu’un qui fasse le travail… Les faire répondre aux questions chacun leur tour permet que chaque élève ait son temps de parole et puisse véritablement participer.

Je leur ai donné à chacun une mission : relecture, argumentation, correction, s’assurer que les exemples y étaient et bien présentés, pour pouvoir ensuite évaluer leur implication dans l’élaboration du discours.

  • Prendre la parole et dire son texte avec des exercices d’improvisation

Je leur ai demandé de jouer un rôle spécifique, comme une patronne ou un maire. Il en était de même pour ceux qui écoutaient : ce n’étaient plus simplement des élèves, mais des salariés par exemple. Le but était pour eux ensuite de se faire des retours constructifs et bienveillants.

action !

  • Montrer des exemples de discours qui vous inspirent (à l'écrit et à l'oral).
  • Mener des débats sur un sujet. Divisez la classe en deux : les uns pour, les autres contre. Ainsi, ils apprennent à s’écouter et à rebondir sur ce que le camp adverse dit.
  • Faire écrire leurs idées aux élèves. D’abord en vrac, comme ça vient, et ensuite, les aider à construire en leur donnant des fiches méthodes.

Et le résultat ?

Quand j'ai proposé aux élèves de passer l’enregistrement, au début ils ne voulaient pas, gênés que les autres entendent. Finalement, ils ont souri, se sont regardés, et ont échangé des "bravo !". Ce genre de projet, ce n’est que du bonus ! 

Je vous partage ici le résultat : un article sur le site du lycée, un enregistrement sur Youtube et ci-dessous en photo !

 

Alexandra Zonina, professeure d’anglais-lettres en lycée pro depuis 2019

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