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Comment organiser un goûter d’hiver en lien avec les apprentissages ?

Cycle 2 à 33 min
Elodie Parmentier
Elodie ParmentierProfesseur des écoles depuis 2013, Instagram @differencier_au_quotidien_

En hiver, la classe a souvent besoin d’un temps fédérateur. Les élèves sont plus agités, plus fatigués, l’ambiance est différente. On a envie de proposer un projet motivant, chaleureux… mais on le sait aussi : un projet peut vite prendre toute la place !

Le projet Goûter d’hiver, je l’ai longtemps vu comme un petit plus. Un moment sympa pour la classe, mais difficile à caser dans l’emploi du temps. Et puis, à force de tester, d’ajuster, de me tromper aussi, j’ai compris que le problème ne venait pas du projet lui-même, mais de la façon dont je le lançais.

Aujourd’hui, c'est devenu un support, pas une parenthèse. Il s’inscrit dans les apprentissages déjà prévus et leur donne du sens. Dans cet article, je vous partage 5 conseils pour organiser un goûter en classe… sans perdre de vue l’essentiel !

Conseil n°1 : Poser le cadre

Au début, je lançais le projet parce que “c’était le bon moment”. Puis j’essayais de faire rentrer le reste autour. Résultat : des séances raccourcies et une sensation de courir après le temps.

Désormais, je commence par définir les apprentissages incontournables de la période. Je construis mes progressions en français et en mathématiques, ainsi que dans les autres domaines de la période, puis je réserve ces temps dans l’emploi du temps afin qu’ils restent prioritaires. Le projet s’inscrit ensuite dans ce cadre : il vient en appui des apprentissages, sans jamais s’y substituer.

Concrètement, ce sont ces apprentissages “fondamentaux” qui donnent la forme au projet. 

Quand je prépare le projet, je ne me demande pas “quelles activités ajouter”, mais “comment mes apprentissages prévus peuvent se vivre dans cette situation”.

quelques exemples pour t'inspirer

  • Si je dois travailler les fractions lors de la période, le partage du goûter devient un terrain idéal pour manipuler moitiés et quarts.
  • Si mes élèves apprennent à écrire une invitation, le projet leur offre un vrai destinataire.
  • Si nous travaillons la lecture de consignes, les étapes de préparation du goûter deviennent des supports authentiques.

 

Quelques exemples de domaines à travailler durant le goûter.

je me lance !

  • Commence par dessiner une carte mentale avec, au centre, “Goûter d’hiver”. Autour, note les apprentissages déjà prévus dans ta progression (écriture, lecture, mesures, fractions, coopération).
  • Pour chaque branche, cherche une situation concrète liée au goûter : écrire une invitation, lire une recette, mesurer des quantités, partager équitablement, organiser les rôles…
  • Utilise ensuite cette carte comme fil conducteur pour répartir ces situations sur plusieurs jours, en les intégrant dans tes séances habituelles.

Conseil n°2 : Utiliser le goûter comme levier de motivation

Le goûter n’était pas l’objectif final. C’était le moteur qui donnait envie de lire, d’écrire, de calculer et de coopérer. Je n’imaginais pas à quel point cela allait embarquer les élèves dans les apprentissages et très vite, les besoins sont apparus tout seuls.

Pour préparer le goûter…

  • Il a fallu écrire : les élèves ont rédigé la liste des besoins, écrit une invitation pour les parents, rédigé une notice de sécurité pour les lanternes qui ont servi de décor.
  • Il a fallu lire : lire des consignes pour fabriquer des décorations, comprendre des messages courts (affiches, étiquettes, listes), suivre des étapes de préparation.
  • Les mathématiques ont pris une vraie place : calculer le prix total de plusieurs produits, réfléchir au rendu de monnaie, préparer une sortie au magasin avec un budget, apprendre à partager des aliments.
  • En géométrie, les élèves ont manipulé et assemblé des solides pour créer des éléments du décor.
  • En grammaire, on a travaillé les verbes à l’infinitif à partir de recettes et de notices.
  • En questionner le monde, la fabrication d’une petite lanterne a permis d’aborder le circuit électrique simple.
  • Et côté EMC, les élèves ont dû coopérer, s’organiser et respecter des règles communes

 

Rien d’extraordinaire en soi ! Ce sont les apprentissages habituels de la classe, mais ancrés dans une situation qui leur donnait un vrai sens.

Écrire une invitation - Découvrir les fractions - Manipuler la monnaie

À lire aussi : S’entraîner à rendre la monnaie : exercices en PDF à imprimer

je me lance !

  • Fixe une date : choisis dès maintenant le jour du goûter. Cela donne un cap concret au projet.
  • Fais entrer le projet dans les créneaux de l’emploi du temps : ce sont les apprentissages prévus qui prennent appui sur le goûter, et non l’inverse.
  • Évite les “temps en plus” : Si une activité ne rentre pas dans un créneau existant, elle peut attendre, le projet ne doit pas déborder.

Étape 3 : Poser les apprentissages après l'action

Dans le projet du goûter d’hiver, je commence toujours par laisser les élèves agir. On partage un gâteau, on écrit une première invitation, on joue au marchand avec de faux billets. Et très vite, on voit que tout n’est pas si simple.

À chaque fois, le même déroulé : on vit la situation → on repère ce qui pose problème → on apprend comment faire → on garde une trace.

Ces traces écrites permettent aux élèves de voir que ce qu’ils ont vécu pendant le projet devient un savoir qu’on pourra réutiliser plus tard, même en dehors du goûter.

3 exemples pour t'inspirer

  • Quand on a partagé le gâteau, certains groupes ont fait des parts très différentes.

D’autres ont coupé “à vue”. On s’est arrêté et on a regardé ensemble : pourquoi ce n’était pas équitable ? Comment faire pour que chacun ait la même quantité ? 

À partir de leurs essais, on a reparlé des moitiés et des quarts. On a dessiné le gâteau au tableau, tracé des parts égales, puis fabriqué ensemble une affiche simple pour garder une trace. 

  • Pour les invitations, les élèves ont d’abord écrit librement. 

Certaines n’indiquaient ni la date ni le lieu, d’autres oubliaient de dire de quoi il s’agissait. On a lu quelques productions ensemble et on s’est demandé : qu’est-ce qu’une invitation doit toujours contenir ? 

Petit à petit, on a construit une liste au tableau : la date, le lieu, l’heure, ce qui est prévu. À partir de là, on a rédigé une trace dans le cahier d’écrivain, sous forme de petit mémo : “Une invitation doit donner les informations importantes : qui invite, quand, où, pour quoi.”

  • Quand on a joué au marchand, les erreurs de rendu de monnaie sont apparues tout de suite. 

On a repris une situation au tableau : un élève paie avec 5 €, l’objet coûte 3 €. Combien doit-on rendre ? En manipulant les pièces, puis en écrivant le calcul, on a posé une méthode. Là encore, on a gardé une trace écrite dans le cahier de maths : un exemple résolu et une phrase rappelant comment calculer un rendu.

Rédaction des traces écrites pour institutionnaliser les savoirs. 

je me lance !

  • Fais formuler ce qui a été appris : Après la situation (partage, invitation, marchand), demande : « Qu’est-ce qu’on a compris ? Qu’est-ce qu’il faut savoir pour réussir ? »
  • Mets la notion en mots ou en schéma : Écris avec les élèves une phrase simple, un exemple ou un dessin qui montre la méthode ou la règle découverte.
  • Garde une trace écrite : Copie cette trace dans le cahier (maths, écriture) ou affiche-la en classe pour pouvoir la réutiliser plus tard.

Conseil n°4 : S'appuyer sur le collectif avec des rôles

En préparant le goûter, je me suis vite rendue compte que tout reposait sur l’organisation du groupe. Quand les rôles étaient clairs et connus de tous, les élèves avançaient sans attendre l’adulte. 

Faire du collectif un levier ne s’improvise pas le jour du goûter. Cela se prépare en amont, par des choix simples et répétés. Concrètement, j’installe progressivement une organisation où chacun a une place identifiable dans le projet.

quelques exemples de rôles pour t'inspirer

  • Responsables décoration : installer les décorations, préparer la table des invités, vérifier que tout tient.
  • Responsables du goûter : préparer les assiettes et gobelets, mettre en place les boissons et gâteaux, vérifier que tout est prêt.
  • Responsables affichage : installer les affiches et étiquettes, vérifier qu’elles sont lisibles et bien placées.
  • Assistants de la maîtresse : distribuer le matériel, aider pour les étiquettes ou affiches, prévenir en cas de problème.
  • Responsables rangement : ranger les tables et le matériel, ramasser ce qui traîne, dégager les passages.

Les rôles définis dans ma classe pour l'organisation du goûter.

Ces rôles sont affichés et expliqués en amont. Les élèves savent ce que cela implique concrètement : ce ne sont pas des titres symboliques, mais de vraies missions utiles au groupe qui ont une plus-value pédagogique. 

Ces responsabilités développent bien plus que l’organisation 

Les élèves apprennent à coopérer et à se répartir les tâches. Ils gagnent en autonomie. Ils comprennent l’importance de respecter un rôle pour que le collectif fonctionne. Ils s’entraînent à anticiper et à vérifier le travail. 

Le jour du goûter, je parle beaucoup moins… et j’observe beaucoup plus. Les élèves s’appuient sur cette organisation pour agir ensemble, sans dépendre en permanence de l’adulte.

je me lance !

  • Créee une fiche par rôle. Sur chaque fiche, note clairement : le nom du rôle, les tâches à réaliser, le moment où l’élève intervient, cela peut être rédiger avec les élèves. 
  • Présente les fiches aux élèves. Lisez-les ensemble et vérifie que chacun comprend bien ce qu’il devra faire.
  • Affiche les fiches le jour J. Les élèves peuvent s’y référer en autonomie pour savoir quoi faire, sans passer par l’adulte.

Conseil n°5 - Faire du Jour J un temps d'obseravtion des élèves

Tout a commencé la veille… nous sommes allés faire les courses pour “de vrai”, avec la coopération de parents. J’ai pu observer les élèves manipuler la monnaie, vérifier le rendu de monnaie mais aussi mettre en œuvre les séances d’EMC sur la politesse. 

Le matin, c’est le côté préparation qui prend le dessus

Je vois les responsables décoration installer les éléments sans attendre l’adulte. Les responsables du goûter préparent les assiettes et vérifient que tout est prêt. Des élèves lisent les étiquettes, d’autres expliquent à un camarade ce qu’il faut faire. Au moment de partager un gâteau, certains tracent mentalement des parts égales, d’autres comptent pour vérifier.

Tout ce qui a été travaillé en amont devient visible. Le projet sort des cahiers et prend vie dans la classe. Mais je n’observe pas “au hasard”. Je m’appuie sur les apprentissages que j’avais prévus au départ.

ce que j'observe, pour t'inspirer

  • En lecture : Les élèves comprennent-ils les consignes écrites ? Savent-ils se repérer sur une affiche ou une étiquette ?
  • En mathématiques : Comment s’y prennent-ils pour partager équitablement ? Utilisent-ils les notions de mesures, de fractions ou de monnaie travaillées auparavant ?
  • En EMC : Respectent-ils leur rôle ? Coopèrent-ils sans attendre l’adulte ?
  • En questionner le monde : Sont-ils capables d’expliquer le fonctionnement de l’objet fabriqué ou du dispositif mis en place à leur parents ? 

Pour les élèves, c’est aussi un moment d’auto-évaluation. En expliquant ce qu’ils font et pourquoi ils prennent conscience de leurs apprentissages.

L’après-midi, c’est détente avec enfin la dégustation du goûter tant attendu !

Nous avons décidé de convier les parents à ce moment festif. Le visionnage d’un diaporama accompagné d’une lecture par les élèves ont permis de mettre des images et des mots sur leurs progrès. 

Le goûter devient alors à la fois un moment de vie de classe… et un véritable outil d’évaluation. Et lire la fierté sur leur visage n’a pas de prix !

Le projet devient à la fois un temps d’auto-évaluation pour les élèves et une évaluation qualitative pour l’adulte, sans dispositif lourd ni formel.

je me lance !

  • Liste avant le jour J les notions que tu veux observer : lecture de consignes, partage en parts égales, respect des rôles…
  • Repère ces situations pendant le goûter : note quelques observations rapides quand tu vois ces apprentissages en action.
  • Réutilise ces observations en classe : elles te servent à ajuster tes prochaines séances ou à revenir sur certaines notions.

 

Élodie Parmentier, professeure des écoles depuis 2013

Observer les compétences psychosociales de ses élèves

Fiche outil

Cycle 2 à 3

À partir du constat que ces élèves manquaient de repères dans la collectivité, je me suis penchée sur les CPS, dont on parle de plus en plus. J’ai donc défini une grille d’observation pour comprendre …