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Comment accueillir les élèves de petite section en douceur ? Mes conseils

Cycle 16 min
Natacha Cazogier
Natacha CazogierProfesseure des écoles depuis 2007

L’entrée en petite section marque un moment clé dans la vie d’un enfant et surtout de ses parents  : c’est souvent la première séparation prolongée avec les parents, la découverte d’un espace collectif, de nouveaux repères, d’un rythme imposé. 

Pour l’enseignant·e, c’est un véritable défi d’accueil : il ne s’agit pas seulement de transmettre des règles de vie ou de structurer des apprentissages, mais bien d’accompagner chaque enfant dans cette transition en douceur, avec bienveillance, attention et patience. L’enseignant.e de petite section doit adopter une posture spécifique, englobante et accueillante. 

Accueillir un petit, c’est aussi construire une relation de confiance avec les familles, rassurer, expliquer, ouvrir la porte de la classe. 

Comment poser les bases d’un climat sécurisant, dès les premiers jours et peut-être même avant ? Quelles postures adopter, quelles actions concrètes mettre en place ? Vous trouverez ici des repères pour bien commencer !

Comprendre ce qui se joue : une séparation et une transition

Je me souviens de Gertrud, petite fille de 3 ans, arrivée en septembre, agrippée à sa maman, les larmes silencieuses qui coulaient à grosses gouttes. Chaque matin, le même rituel : son doudou serré contre elle, elle refuse d’entrer dans la classe. Sa mère la dépose en classe le cœur serré. Je m’étais promis de ne pas précipiter les choses. Je l'accueille à la porte, à hauteur d’enfant, toujours avec la même phrase douce : 

"Je suis là pour toi, ta maman revient après la sieste."

J’avais mis en place un petit coin calme avec des objets rassurants (peluches, coussins, objets sensoriels) et le mur des familles où nous avions disposé les photographies de toutes les familles des enfants de la classe. 

Le matin, chaque enfant dispose son étiquette sur le rituel de présence des émotions ("je suis content.e, je suis triste, je suis en colère ou je suis timide", à l’aide de pictogrammes travaillés dès le premier jour avec des albums). Cela me permet d’identifier dès son arrivée les émotions des enfants. Ils peuvent, au cours de la journée, modifier l’emplacement de l’étiquette de leur prénom.

à savoir

Les rituels de l’humeur du jour sont des moyens d’accompagner les enfants dans leur séparation. La maman ou le papa de Gertrud peuvent entrer dans la classe et l’accompagner pour placer son étiquette, l’aider à choisir une activité ou lui proposer de lui faire coucou par la fenêtre. On apprend très vite à envoyer des bisous ou faire des coeurs avec ses mains.

Et un jour, un vendredi, elle est arrivée en courant, sans pleurer, pour me dire : 

"Regarde, c’est mon sac !"

Elle était prête. Ce jour-là, j’ai compris que le temps de l’attachement, en classe aussi, devait être respecté.

quelques conseils

  • Aménager un temps d’accueil souple : des arrivées échelonnées, si l’école le permet, pour éviter l’effet de foule.
  • Créer des repères visuels (photos des parents, tableaux de présence, objets transitionnels autorisés).
  • Installer des rituels stables dès le premier jour : chanson d’accueil, regroupement doux, comptine du "bonjour".
  • Communiquer avec les familles avec bienveillance et transparence dès le début : un petit mot explicatif, une réunion courte, ou même une vidéo de présentation.
  • Observer sans interpréter trop vite : certains enfants "calmes" sont en réalité inhibés ou stressés. Offrir une écoute discrète et rassurante est essentiel.
  • Réfléchir à l’aménagement de sa classe, afin que les élèves puissent avoir des espaces de refuge.

L’entrée en PS, une bascule affective et développementale majeure

Pour beaucoup d’enfants, l’entrée en petite section marque la première séparation avec leurs figures d’attachement principales. Cette étape est souvent vécue avec intensité et est parfois douloureuse pour l’enfant, les parents et même l’enseignant.e. 

En effet, elle combine séparation, nouveauté et exigence d’adaptation à un monde collectif. Ce nouveau lieu à ses propres codes, ses rythmes spécifiques, ses bruits parfois nouveaux et nombreux, ses odeurs, et surtout ses émotions. 

Certains enfants ont déjà eu des expériences en crèche ou chez un·e assistant·e maternel·le et abordent la rentrée avec curiosité. Mais pour d’autres, c’est une tempête émotionnelle, parfois visible avec des pleurs, des cris, des refus ou au contraire, silencieuse et intériorisée avec un repli sur soi, un mutisme et une forme d’inhibition.

Une mission essentielle : sécuriser l’enfant

L’école maternelle, dans le cadre des programmes de 2021 ainsi que dans les nouveaux programmes de 2025, place la sécurité affective et le bien-être au cœur des apprentissages. Dès les premières lignes du programme, il est rappelé que l’école maternelle est une école où les enfants « vont apprendre ensemble et vivre ensemble »

Cela implique de créer un cadre rassurant, soutenant et ajusté à leur développement. Les élèves vont peu à peu développer leurs compétences psycho sociales dans cette micro société qu’est la classe.

Viviane Bouysse, ancienne inspectrice générale honoraire, insiste depuis plusieurs années sur le rôle fondamental de l’enseignant·e en maternelle en tant que figure de sécurisation et de médiation entre le monde familial et le monde scolaire

Elle parle d’un « tissage lent et patient du lien de confiance », qui s’opère par les regards, les mots, les routines et les gestes quotidiens.

 Les termes de « tissage », « lent », « patient » nous indiquent l’importance de poser un cadre, de laisser le temps se faire et surtout de prendre le temps en évitant de trop précipiter les choses afin d’en gagner par la suite.

quels besoins pour les tout-petits ?

Selon les travaux de Boris Cyrulnik ou ceux d’Isabelle Filliozat, les jeunes enfants ont avant tout des besoins :

  • Sécurité affective : un adulte stable, prévisible, qui les accueille avec bienveillance, qui nomme ce qu’ils vivent, qui les rassure par des rituels constants.
  • Respect de leur rythme physiologique : sommeil, alimentation, propreté, motricité libre. L’école doit s’adapter autant que possible à ces besoins primaires et doit les prendre en compte dans l’emploi du temps. On e doit faire preuve d’une souplesse et adaptabilité, surtout en début d’année scolaire. 
  • Temps d’adaptation progressif : accueil échelonné, possibilité pour les parents d’accompagner quelques minutes au début, objets transitionnels autorisés, rituels d’entrée ritualisés.

Être un cadre sécurisant, ce n’est pas faire cesser les pleurs à tout prix !

C’est une confusion fréquente : on croit que pour être rassurant·e, il faudrait que les enfants soient calmes. Mais le calme n’est pas le critère d’un accueil réussi. Ce qui fait sécurité, c’est la stabilité de l’adulte, sa capacité à accueillir les émotions sans être débordé·e.

  • Un adulte contenant, c’est un adulte qui reste solide malgré l’intensité émotionnelle. 
  • Un adulte contenant, c’est un adulte qui n’essaie pas de faire taire, mais qui accompagne
  • Un adulte contenant, c’est un adulte qui répète les mêmes gestes, les mêmes mots, même si l’enfant semble ne pas l'entendre (il l'entend avec le corps, pas encore avec la tête).

que faire avec les pleurs ?

Ritualiser et structurer.

  • Garder une routine d’accueil simple et stable.
  • Utiliser des repères visuels (photos, pictogrammes) et auditifs (musiques douces, phrases rituelles).
  • Marquer le temps avec des mots : "Après les jeux, on ira en motricité. Puis ce sera le repas."

Nommer sans juger.

  • “Tu es triste, c’est difficile de se séparer de papa.”
  • “Je vois que tu pleures, et c’est normal. Moi je suis là pour toi, tu peux compter sur moi.”
  • Ne pas mentir ni minimiser : éviter les “ça va aller” creux ou les promesses impossibles.

Accueillir corporellement.

  • Être à hauteur d’enfant.
  • Proposer, sans forcer : bras ouverts, proximité calme.
  • Accepter que certains enfants aient besoin de regarder sans participer au début.

 Accepter le temps long.

  • Se souvenir que la sécurité affective ne se décrète pas, elle se construit.
  • Chaque enfant avance à son rythme. Certains ont besoin de plusieurs semaines pour se sentir en confiance.

Et nous, les adultes, comment on tient ?

C’est peut-être ça le plus difficile. Car voir des enfants pleurer tous les matins peut user, faire douter, culpabiliser.

Alors on se rappelle : on n’est pas là pour empêcher la tempête, on est là pour être le phare. On est “suffisamment bon” dès lors qu’on est stable, prévisible, calme.Notre posture, notre regard, notre voix — même si rien ne semble marcher — sont des repères puissants.

Et puis on s’entoure, on partage avec l'Atsem, les collègues, la direction. On s’autorise à parler de ses émotions, à dire “c’est dur aujourd’hui”. On observe les micro-avancées : un regard, un sourire, un mot soufflé, un enfant qui joue quelques minutes… c’est un monde qui se déploie peu à peu.

Un enfant qui pleure n’est pas un enfant qui rejette. C’est un enfant qui teste la solidité du cadre, la disponibilité de l’adulte. Et chaque fois qu’on tient bon — en douceur, sans forcer — on envoie un message puissant :

“Tu peux être triste, tu peux avoir peur, je reste là. Tu n’as pas à cacher tes émotions ici. Tu peux être toi, et moi je suis là pour t’accueillir.”

Sécuriser, c’est enseigner !

Accueillir les petits en douceur, ce n’est pas un “plus” mais bien une condition essentielle pour permettre les apprentissages futurs. Un enfant rassuré est un enfant disponible pour découvrir, interagir, parler, jouer et apprendre.

Cela passe par une posture professionnelle fondée sur la constance, l’écoute, la régulation émotionnelle et une vigilance bienveillante. Et c’est aussi dans ce cadre de confiance que les familles peuvent être associées peu à peu, en respectant le lien triangulaire enfant-enseignant-parent.

Quelques idées d'albums pour aborder ces thèmes en classe de PS.

Anticiper : un accueil qui se prépare 

Chaque année, nous organisons une journée d’immersion en juin pour les futurs petits. Ils sont accueillis pendant environ 45 minutes en classe avec les autres élèves de la classe. Gabin, deux ans et demi, est venu accompagné de son papa, plutôt serein. Gabin ne me parle pas, il demande régulièrement à son papa ce qu’il doit faire. 

Son père reste auprès de lui mais lui indique que je suis la maîtresse et qu’il n’a pas connaissance des consignes. Gabin accepte de faire deux ateliers autonomes. Il vient s’asseoir avec les autres enfants de la classe le temps d’une histoire. On explique que Gabin sera un petit en septembre, alors que Maryline sera, elle, chez les moyens et Rayan, lui, chez les grands. 

Ce sont parfois les petits gestes préparés en amont qui font toute la différence…

Certains, parfois agités surtout en cette fin d’année, prennent leur rôle de plus grand avec beaucoup de sérieux. Son papa me donne quelques informations sur Gabin : son mode de garde, la fratrie, ses habitudes… Il a réalisé un dessin, on y a collé un petit cœur et on a écrit son prénom sur le dessin. 

En septembre, le premier jour, je l’attendais avec son dessin plastifié et je lui ai dit : 

“On l’a gardé tout l’été pour toi.” 

Il a souri avec fierté, a posé son doudou dans le panier, et est entré. Pas sans peur, mais avec confiance.

quelques conseils

  • Penser le temps long : l’accueil ne commence pas en septembre, mais dès le printemps précédent. Il est essentiel de réfléchir à l'accueil en amont : penser à des temps de rencontre avec les familles avec des réponses aux interrogations (propreté, organisation, attentes).
  • Créer des liens de confiance avec les familles : une écoute active, le respect des émotions parentales,une communication fluide.
  • Préparer un environnement sécurisant : une classe lisible avec des espaces clairement définis et des coins de refuge ou des coins répondant aux différents besoins des enfants, des routines ritualisées, des affichages à hauteur d’enfant.
  • Nommer les émotions : utiliser des albums, avoir recours à des marionnettes ou une mascotte, utiliser des étiquettes pour aider les enfants à s’exprimer.

je me lance ! mise en pratique

  • Inscription et présentation de l’école : proposer un accueil personnalisé, leur proposer de compléter une petite fiche “portrait de mon enfant”, une visite rapide des lieux clés est réalisée par le directeur.trice le jour de l’inscription (classe, toilettes, dortoir).
  • Journée d’immersion en juin : une invitation aux familles avec un petit mot bienveillant est proposée aux familles ou une explication peut être proposée par le directeur ou la directrice le jour de l’inscription. Un temps d’environ 45 minutes est proposé aux enfants avec ou sans leurs parents. Il est préférable d’adapter les activités proposées à pendant ce temps d’immersion : organisation de petits ateliers jeux libres, lecture d’un album, prise de photos à afficher en septembre, réaliser un dessin annoté des parents à conserver pour septembre.
  • Visite individuelle ou en petit groupe ou en grand groupe : Proposer une ou deux dates afin de faire visiter l’école et ses différents lieux. Profiter de ce temps pour répondre aux différentes interrogations des parents et surtout pour aider les familles à se projeter dans la rentrée scolaire de leur enfant : préparation à la propreté, aide à l’autonomie, organisation quotidienne.
  • Rentrée échelonnée : Établir un calendrier (par demi-journée, par groupes réduits) et le communiquer clairement aux familles. Prévoir un espace d’accueil calme et un adulte disponible par petit groupe. Cette année nous avons fait le choix de faire rentrer les moyens et les grands à 8h30. Les petits seront ensuite accueillis par petits groupes à partir de 10h tous les quarts d’heures. 
  • Réunion de rentrée : Organiser rapidement une réunion dans la première quinzaine, avec un ton simple, chaleureux, sans jargon. Expliquer les objectifs de la maternelle, la place de l’enfant, les rituels, et le rôle des familles. Présenter les différents espaces, les outils, les projets… Prévoir un temps d’échange afin de répondre aux interrogations des familles.

Comment ritualiser les premiers jours ?

Léo pleurait tous les matins. Sa maman le déposait avec douceur et tout en prenant son temps. Cependant, dès qu’elle partait, il se mettait à pleurer. Rien n’y faisait : ni le doudou, ni les bras, ni le coin calme. 

Un jour, alors que je commençais à chanter une chanson rituelle lors du moment de regroupement, Léo, toujours en pleurs, s’est mis à me regarder. Il s’est approché de moi et a posé sa main sur la mienne. Le lendemain, il s’est assis à sa place, prêt à écouter. 

À partir de ce jour, cette chanson est devenue son repère.Ce rituel-là lui a permis d’entrer dans la journée en confiance. Il savait qu’il y avait un fil, qu’on ne l’oublierait pas. Le moment des comptines sont essentiels avec les enfants de maternelle. 

Pourquoi les rituels comptent tant ?

D’un point de vue pédagogique et psychologique, les rituels répondent à plusieurs besoins fondamentaux :

  • sécurité affective : les enfants savent à quoi s’attendre, ce qui va venir. Ils anticipent, se sentent en confiance ;
  • structuration du temps : les tout-petits vivent dans un présent permanent. Les rituels jalonnent la journée et aident à la rythmer ;
  • appartenance au groupe : répéter ensemble les mêmes gestes ou paroles crée du lien social ;
  • développement du langage et de l’autonomie : les enfants participent, comprennent, se repèrent et prennent peu à peu des responsabilités ;
  • ne pas imposer ce temps de regroupement, inciter à venir, donner envie aux enfants de venir. 

 

“Les jeunes enfants ont besoin de rituels qui font lien, qui donnent du sens à la journée scolaire. L’école maternelle est un lieu de transitions : les rituels les rendent possibles.”, selon Viviane Bouysse.

Mettre en place des rituels, ce n’est pas “ajouter du travail” : c’est poser les fondations d’un quotidien serein. Les rituels permettent aux enfants de passer de la maison à l’école et de l’individu au groupe. 

je me lance ! des idées de rituels à mettre en place

Le rituel d’arrivée 

  • Accueillir chaque enfant individuellement, avec un mot ou un geste répété.
  • Laisser l’enfant accrocher son étiquette prénom (rituel émotions, rituel de la tour de présence).
  • Instaurer un moment d’accueil calme : des jeux libres ritualisés, une musique douce, un coin de lecture accessible, un coin de replis, des activités créatives.
  • Autoriser les objets transitionnels (photo, doudou) pendant un temps identifié. Prévoir un mur des photographies des familles.

Le rituel de regroupement

  • Définir un lieu précis, organiser les rituels dans le même ordre.
  • Choisir une chanson d’ouverture qui devient leur repère collectif. En début d’année, la chanson “J’ai un nom, un prénom” est un rituel intéressant.
  • Réaliser le rituel de la date (nom du jour pour les petits et moments de la journée - matin ou après-midi), l’appel des enfants, le rituel du prénom du jour, “comment je me sens” avec des pictogrammes ou des objets ou encore l’objet ou l’image du jour.
  • Privilégier les gestes, les images, le toucher … pour inclure tous les profils. Le fait d’intégrer tous les sens permet d’inclure un maximum d’élèves.
  • Mettre en place rapidement une frise de la journée à partir de photographies prises des enfants en action. Construire cette frise avec les enfants.

Les rituels corporels et de transition

  • Aller aux toilettes et se laver les mains. Lavage de main (comptine, sablier, visuel).
  • Ranger avec une musique douce ou une consigne récurrente. (recours à un instrument de musique).
  • Fin de sieste avec massage du dos ou rituels de réveil doux.
  • Rituels de séparation : comptine pour se dire au revoir, mot doux à glisser dans le cartable.

Observer sans précipiter les apprentissages 

Lors de la première semaine, Louis ne touche à rien, ne joue à rien. Il reste debout, les bras croisés, et observe les autres sans oser s’approcher. Un matin, je l’ai vu longer le mur, puis s’asseoir très doucement dans le coin garage, sans bruit. 

Il a aligné deux voitures, puis trois, puis quatre. J’ai compris : il attendait d’avoir compris les règles invisibles, d’être sûr de ne pas se tromper. En lui laissant ce temps d’observation, il est entré à son rythme dans la classe.

Pourquoi il est crucial de ralentir pour observer ?

À la rentrée, le danger est de vouloir "remplir" l’emploi du temps pour rassurer surtout les adultes. Mais les enfants, eux, ont besoin de temps pour prendre contact avec l’espace, comprendre les codes, créer du lien, et ajuster leur rythme. Ils ont besoin de prendre leurs marques.

L’observation est un outil professionnel essentiel. Elle permet de repérer les besoins, d’identifier les profils d’enfants, et de poser les bases d’une différenciation juste. Enseigner ce n’est pas seulement parler, “être en action”, c’est aussi savoir se poser, observer et analyser pour adapter et mettre en œuvre. 

mes conseils

Faire moins d’ateliers, plus de qualité relationnelle

  • Limiter les ateliers dirigés. Proposez des coins libres, pensés pour susciter l’exploration.
  • Être disponible physiquement pour accompagner, verbaliser, contenir, ajuster.
  • Préférer observer sans intervenir immédiatement : comment l’enfant se déplace ? s’installe ? investit ou évite un espace ? Réguler.

Construire des grilles d’observation simples et évolutives

  • Créer un petit carnet ou tableau avec quelques critères : lien à l’adulte, rapport au groupe, rapport au matériel, autonomie dans les routines…
  • Utilisez des pictogrammes, des pastilles, des notes brèves. Permettre que l’observation soit rapide.Cela vous donnera une lecture fine de votre classe.

Adapter la mise en activité à ce que vous observer

  • Un enfant qui reste en retrait a peut-être besoin d’un espace calme, d’un coin doudou ou d’un jeu connu.
  • Un enfant très explorateur peut être guidé vers une zone de construction ou de manipulation fine.
  • Un enfant collé à l’adulte peut gagner à être installé avec un "copain référent", ou valorisé par une tâche simple (porter la boîte, choisir le livre).
  • Ne cherchez pas à “faire classe” tout de suite. Accueillir, c’est déjà enseigner. Observer, c’est déjà agir. Vous avez toute l’année scolaire pour enseigner. Mais on a une seule rentrée pour bien rencontrer les élèves. Il ne faut pas rater ce rendez-vous.

 

 

La posture enseignante : pilier invisible de la sécurité affective

"Je suis enseignant·e, je suis censé·e “faire classe”… mais je passe mes journées à accueillir, rassurer, consoler, accompagner des pleurs, faire le tour de la classe avec un enfant dans les bras, répéter les mêmes consignes vingt fois." 

Et alors vient le doute : “Est-ce que je fais vraiment mon travail ? Est-ce que je fais assez d’école ?” La réponse est claire et essentielle à affirmer, pour soi et pour les autres.

En petite section, la posture est un outil d’enseignement à part entière. Elle est aussi précieuse qu’un cahier de réussites ou qu’un référentiel. Elle porte en elle les premiers apprentissages : l’attachement à l’école, la confiance dans les adultes, l’envie d’apprendre.

l'essentiel

Une posture physique contenante

  • Être souvent à hauteur d’enfant : s’accroupir, s’asseoir, se pencher pour parler.
  • Avoir un ancrage corporel calme : gestes posés, déplacements lents, pas précipités.
  • Adopter une présence corporelle accueillante : bras ouverts, regard doux, posture ouverte mais non intrusive.
  • Proposer une proximité physique sans envahissement : on ne force pas le contact, on propose. Parfois, une chaise proche, un coussin ou un espace cocon vaut mieux qu’un câlin imposé.

Un langage rassurant et clair

  • Des phrases simples, rassurantes et répétitives : “Tu peux être triste. Moi je suis là.” ; “Ici, tu peux pleurer. Tu es en sécurité.” ;  “Tu vas apprendre petit à petit, on a tout le temps.”
  • Nommer les émotions sans les fuir : “Tu es en colère”, “Tu es inquiet”, “Tu veux maman, c’est normal.”
  • Utiliser le langage de l’action pour structurer : “Là tu ranges. Ensuite, on ira en motricité.”

Une présence stable et fiable

  • Être prévisible : les enfants repèrent très vite nos routines, nos tics de langage, nos manières d’agir. Cela les rassure profondément.
  • Être disponible émotionnellement, sans se laisser déborder. Cela ne signifie pas tout accepter : cela signifie accueillir sans se diluer.
  • Être ferme et doux à la fois. On peut dire “non” sans crier. On peut poser un cadre sans punir. La cohérence, plus que la rigidité, est le véritable repère.

Pour conclure : accueillir, c’est déjà enseigner

L’entrée en petite section n’est pas une rentrée scolaire comme les autres. C’est un passage fondateur dans la vie de l’enfant et dans sa scolarité. C’est une séparation symbolique et une entrée vers le monde de la collectivité. 

En tant qu’enseignant·e, notre rôle est central : sécuriser, observer, accompagner… avant même d’enseigner. Il n’est pas possible d’enseigner et donc d’apprendre si on n’est pas en “sécurité affective et émotionnelle”. 

En posant un cadre bienveillant, en installant des rituels, en ouvrant la porte aux familles et en respectant le rythme de chacun, vous offrez bien plus qu’un environnement scolaire : vous construisez une première expérience positive de l’école.

Pensez à prendre ce temps-là. Il est précieux. Il prépare non seulement les apprentissages à venir, mais aussi le plaisir d’apprendre, la confiance en soi, et le lien de confiance entre école, enfants et parents. Accueillir en douceur, ce n’est pas ralentir l’école et ses apprentissages, c’est lui donner de solides fondations.

Pour aller plus loin… À lire aussi, pour créer du lien avec les familles : Comment faire rentrer les parents dans la classe en maternelle ? 10 idées d'activités

 

Natacha Cazogier, professeure des écoles depuis 2007, PEMF depuis 2021

Check-list des choses à préparer pour la rentrée

Fiche outil

Cycle 1

Comment aborder le jour J avec sérénité ? Il s’agit de penser chaque élément de sa rentrée et de l’organiser méthodiquement. Visualiser sa rentrée peut aider à n’oublier aucun détail, du plus pratique…