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3 leviers pour différencier à destination des élèves qui s'ennuient

Cycle 3 à 43 min
Geoffrey Boulard
Geoffrey BoulardProfesseur en sciences humaines et sociales depuis 2005, psychologue de l'éducation en Belgique

Ce contenu fait suite à l'article Changer de regard sur l'ennui scolaire. Nous vous conseillions de le lire avant de vous plonger dans celui-ci !

Le schéma ci-dessous, adapté des travaux de Roland Viau, nous montre quels leviers nous pouvons enclencher pour que l'élève puisse s’engager à nouveau dans ses apprentissages et change la perception qu’il a de lui-même, à savoir :

  • la perception de la valeur de la tâche ;
  • de sa compétence ;
  • et de sa contrôlabilité.

Levier 1 – La perception de la valeur de la tâche

Ce premier levier pose la question : Pourquoi ferais-je ce que l’on me demande ? 

Il nous aide à réfléchir sur les tâches que nous demandons à nos élèves. L’élève est-il ou elle toujours au courant des buts, de la finalité des leçons que nous abordons en classe ? 

Pour l'élève, venir à l’école et apprendre ses leçons, cela va lui servir à quoi : acquérir des nouvelles connaissances ? Avoir des bonnes notes pour recevoir le cadeau tant attendu ou au contraire, éviter la sanction ? Pour se faire des amis ? Pour son avenir, car il sait déjà ce qu’il veut faire et l’école représente le moyen d’obtenir un diplôme en vue de concrétiser ses ambitions ?

Derrière l’ensemble de ces questions se trouvent les notions de motivation intrinsèque et motivation extrinsèque. Selon Pierre Vianin (2008) : 

  • la première est liée au fait que l’élève est motivé pour la tâche, la matière scolaire en elle-même. Il pourrait y passer des heures dessus, car c’est quelque chose qui le passionne, dont il éprouve de l’intérêt ;
  • la deuxième notion est, quant à elle, liée au fait que l’élève est motivé par le fait de faire plaisir, de recevoir des compliments, des gratifications ou pour échapper à l’insatisfaction, voire à la frustration de ne pas avoir ce qu’il escomptait.


Comme le souligne l’auteur, la frontière entre les deux n’est pas toujours très claire. L’objectif de l’enseignant ou l'enseignante est de pouvoir amener, petit à petit, l’élève à développer une motivation intrinsèque par l’intermédiaire des activités proposées en classe. Et ce, en renforçant son sentiment de compétence, ainsi que la perception de contrôlabilité sur la tâche.

pistes d'action

  • Développer un enseignement explicite en développant l’interaction et le modelage.
  • Construire des mises en situation qui représentent un défi pour l’élève.
  • Formuler des objectifs d’apprentissage clairs. Pour ce faire, je vous propose une adaptation de l’acronyme SMART+IES, développé par Shékina Rochat, docteure en psychologie à l'Université de Lausanne (2021) : Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Réalisable, Temporellement défini, Intéressant, Enthousiasmant et Écologique, Signifiant.
  • Par l’intermédiaire des objectifs d’apprentissage, s'assurer que l’élève a compris l’intérêt et l’utilité de la tâche.

Levier 2 – La perception de sa compétence

Ce deuxième levier pose la question : Suis-je capable de réussir ?

Comme expliqué au début, la perception de compétence chez certains élèves est bien présente. Éprouvant des facilités dans la matière, ils dérangent en classe. Pour d’autres, sur la base de leurs expériences antérieures, certains ont développé une illusion d’incompétence. Pensant, à tort, ne plus être en mesure de fournir les efforts nécessaires, car la perception qu’ils ont d’eux-mêmes est déformée.

Lors de la réalisation des exercices, pourquoi ne pas proposer deux niveaux : exercices minimaux et exercices de perfectionnement

  • Le premier niveau représenterait votre minimum attendu. Ainsi, vous constatez que tous les élèves maîtrisent ce que vous venez d’enseigner.
  • Le deuxième niveau représenterait un défi pour les élèves, avec un enjeu derrière.
     

L’objectif de cette démarche est d’amener tous les élèves à arriver à dépasser le niveau minimal pour atteindre le niveau perfectionnement. Il serait tout à fait possible de mettre en place un tutorat des pairs. Cette pratique permet de favoriser l’entraide et la coopération entre les élèves, et de cette façon, diminuer les comportements inadéquats.

pistes d'action

  • Faire une pause métacognitive (entretien personnel avec l'élève), pour qu'il ou elle prenne conscience de ses forces et de ses opportunités à travailler.
  • Adopter un enseignement explicite en développant davantage la pratique guidée et la pratique autonome.
  • Donner un feedback, une rétroaction, en focalisant son attention sur comment l’élève s’en sort dans la réalisation de la tâche et sur ce qu’il ou elle pourrait mettre en place pour progresser.
  • Renforcer positivement les attitudes, les comportements adéquats.
  • Travailler la dynamique de classe en instaurant des travaux de groupe.
  • Mettre en place des évaluations à l’aide de grilles critériées dans le but d’amener l’élève à s’auto-évaluer.

Levier 3 – La perception de contrôlabilité

Ce troisième et dernier levier pose la question : Ai-je mon mot à dire sur le déroulement ?

L’élève en difficulté d’apprentissage a tendance, parfois, à prétexter que c'est la faute des autres, plutôt que de remettre en question les stratégies et autres démarches mises en place.

Pour déclencher son sentiment de contrôle, on peut amener l’élève à prendre conscience qu’il est tout à fait possible qu’il ou elle puisse agir et donner son avis sur le déroulement du dispositif pédagogique. On peut également l’aider à prendre conscience de sa responsabilité tant dans ses apprentissages que dans son comportement en classe.

pistes d'action

  • Poser un cadre de travail respectueux, avec des balises claires. Les sanctions sont négociées avec l’élève.
  • Mettre en place un rituel de travail et, à chaque cours, donner le menu des différentes choses que nous allons voir ensemble.
  • Favoriser l’autonomie de l’élève en développant des projets et en développant l’organisation et la planification d’un plan de travail à rendre.
  • Élaborer avec l'élève des démarches de travail claires, nettes et précises afin qu’il ou elle puisse s’autoévaluer pendant la réalisation de la tâche.
  • Élaborer avec l’élève une charte d’engagement concernant les responsabilités à assumer le temps de la période.
  • Mettre en place un mentorat par les pairs.
  • Permettre à l’élève de poser des choix dans la réalisation de ses tâches.


Geoffrey Boulard, professeur de sciences humaines et sociales au lycée/collège pendant 14 ans et psychopédagogue clinicien spécialisé dans les apprentissages en milieu scolaire

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