Tu t'interroges sur la possibilité de t'engager dans le dispositif Devoirs faits dans ton établissement… Mais tu ne sais pas très bien comment faire pour aider efficacement les élèves à travailler en dehors de la classe ?
Convaincue que le travail personnel de l’élève est un puissant facteur de réussite au collège, je me suis engagée, il y plusieurs années, dans la mission de coordonnatrice de ce dispositif. Au fil du temps, j’ai découvert à quel point ces temps ritualisés dans la semaine pouvaient aider les élèves à s’épanouir dans leur vie de collégien.
Loin d’être de simples séances d’aide aux devoirs ou d’étude surveillée, ces intermèdes entre la classe et la maison sont l’occasion pour le prof qui les encadre de travailler sur des questions essentielles qui sont au cœur de notre travail :
Pourquoi apprendre ? Comment apprendre à apprendre ?
Qu’est-ce que le travail personnel et comment l’organiser ?
1) Créer une ambiance conviviale
Après une journée chargée, lorsque mes élèves arrivent à 16 heures, j’aime les accueillir avec une musique douce ou des sons de la nature (rivière calme, feu de bois qui crépite, chants d’oiseaux), pour qu’ils puissent entrer sereinement dans la séance et se concentrer.
Ce rituel sonore leur permet de se “poser” avant se mettre au travail. C’est à ce moment que je passe les voir individuellement pour leur demander ce qu’ils ont à faire ou ce qu’ils veulent travailler avec moi en particulier. L’espace de travail y joue un rôle déterminant. Ne pas hésiter à laisser le fond sonore pendant toute la séance !
Créer une rupture nette entre temps de travail en classe et temps Devoirs faits
Il s’agit avant tout de rechercher la convivialité afin de favoriser l'adhésion des élèves et leur concentration. Par exemple, si tu encadres une séance Devoirs faits de 16 à à 17 heures, tu peux tout à fait proposer aux élèves d’apporter un goûter avant de commencer à travailler !
Les séances peuvent avoir lieu dans une salle de classe bien sûr, mais pour l’occasion, l’organisation peut être complètement repensée. Celle-ci peut être envisagée par îlots (par niveau, par classe, par matière) pour favoriser la coopération entre pairs.
Le CDI peut également être le lieu choisi pour ces temps de travail, en co-animation ou pas avec le ou la prof documentaliste. Les élèves s'installent sur les tables ou dans le coin lecture, et choisissent des positions confortables pour réviser leurs leçons, lire, faire leurs recherches. Apprendre une leçon en marchant, debout, allongé.
À l’arrivée des beaux jours, pourquoi ne pas proposer aux élèves d’aller dans la cour (nous avons la chance d’avoir des tables de pique-nique dehors dans mon établissement) pour réviser un contrôle ou faire leurs devoirs ?
La posture de l’adulte est de fait très différente de celle qu’on adopte en classe. Pour expliciter des consignes ou reprendre une explication, on se place au centre de l’espace de travail, en configuration ateliers, pour encourager les élèves à avoir des interactions plus spontanées.
L’utilisation du tableau est très plébiscitée également : on pose ses divisions au tableau, et les élèves corrigent leurs camarades dans une ambiance à la fois détendue et studieuse.
2) Faire entrer l’élève dans l’apprentissage par le jeu
M’engager dans le dispositif “Devoirs faits” m’a permis de réfléchir aux différentes façons de favoriser l’autonomie, l’engagement, la confiance et la motivation chez les élèves.
La ludopédagogie est une méthode d'enseignement qui a toute sa place dans le dispositif. Cette approche, qui combine jeu et apprentissage, vise à favoriser l'engagement, l'expérimentation et l'implication des participants.
Ici par exemple, le jeu Jouer en français au collège de chez Belin :
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3) Entretenir le plaisir d’apprendre en y associant la créativité
J’ai expérimenté cette année un atelier de fiches de révision créatives, à partir de l’ouvrage d’Alix Fèvre, Le français en 100 fiches illustrées.
L’idée est simple, mais addictive : créer ses fiches de révisions en les agençant comme de petites œuvres d’art : dessins, coloriage, washi tape, stickers... Tout est permis ! Ne pas lésiner sur le matériel et mettre la main à la pâte avec les élèves.
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Lors de ces séances, voici comment j’ai procédé :
- D’abord, choisir une leçon ou une règle, en fonction des besoins des élèves (par exemple, l’accord des adjectifs de couleur).
- Lire la fiche du livre (scannée et vidéo-projetée) avec les élèves (si cela n’a pas été fait en amont, pas de panique : l’effectif réduit permet de lire la fiche avec eux ou même de leur laisser feuilleter le livre). Expliquer à nouveau la leçon oralement si besoin, sous la forme d’un mini-cours.
- Demander ensuite aux élèves de reformuler la règle avec leurs mots et noter le résultat au tableau. Leur faire trouver des exemples d’application de la règle avec des phrases tirées de leur quotidien.
- Et enfin, la partie la plus fun : proposer aux élèves de créer leur propre fiche et de l’illustrer en couleurs à prévoir dans sa classe avec des crayons de couleur, des fiches bristol, des surligneurs et un peu de matériel créatif (washi tape, stickers, tampons). L’échange de fiches entre camarades est très valorisant pour les élèves et peut être un vrai moment de partage.
Tu peux aussi proposer aux élèves de fabriquer des leçons ou activités à manipuler. En savoir plus dans cet article !
4) Articuler les séances et le temps de travail à la maison
Les séances étant courtes et ponctuelles (en moyenne, les élèves s’inscrivent à 1,5 h par semaine), elles doivent être efficaces et permettre aux enfants d’identifier clairement ce qui leur reste à réaliser chez eux.
Je prends toujours un temps en fin de séance pour leur faire prendre conscience de ce qu’ils doivent faire seuls. Penser aussi à prioriser ce qui favorise l’autonomie de l’élève, ce qui l’encourage à poursuivre son travail seul à la maison.
5) Faire de Devoirs faits une priorité de l’établissement
Convaincus que le travail personnel des élèves est un facteur de réussite au collège, le dispositif est devenu l’un de nos chevaux de bataille dans l’établissement. Nous avons créé deux pôles dans le cadre des inscriptions en début d’année, tout en maintenant évidemment la flexibilité des inscriptions : pôle sciences (SOS maths) et pôle humanités (lettres-langues-histoire).
En conclusion…
L’engagement dans le dispositif est chronophage mais passionnant. Le début d’année est harassant en raison de tout le fatras administratif (documents d’inscription à collecter, organisation des créneaux, création des plages horaires et saisie des noms dans Pronote), mais le jeu en vaut la chandelle !
Le bénéfice est réel et spectaculaire pour certains élèves : il faut garder en mémoire que certains élèves n’ont aucune aide à la maison et ce dispositif permet de rétablir un équilibre…
Outre l’amélioration des résultats écrits, j’ai constaté un bénéfice réel en ce qui concerne l’épanouissement de l’élève face à son travail personnel : fierté, estime de soi, confiance en l’adulte, motivation et émulation.
Les créneaux des séances sont pris d’assaut dès septembre et à l’approche des DNB blancs, les élèves de 3e sollicitent des inscriptions (“colles” pour l’oral du DNB ou de stage, exercices supplémentaires sur un point de langue ou un chapitre de maths sur lequel ils veulent s’entraîner davantage…).
J’essaye au maximum d’encourager la coopération entre pairs. Parfois même, les “grands” aident les “petits” !
Accompagner le travail personnel de l’élève, c’est lui permettre d’acquérir les compétences du domaine 2, Méthodes et outils pour apprendre. Mais c’est aussi et peut-être surtout, contribuer à son bien-être, en remettant du sens et du plaisir dans leurs apprentissages !
Julia Attali-Lobel, professeure de lettres modernes au collège 2004, coordonnatrice Devoirs faits depuis 2016
Pour aller plus loin sur le sujet :