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10 situations de films d’horreur que l’on vit en tant qu’enseignant

Monsieur Z
29 octobre 2020 10:54
3 mn

31 Octobre. Goules et Vampires vont squatter le grand et le petit écran, réveillant nos peurs les plus primales, nos aspects les plus sombres. Obscurité et décadence. Toiles d’araignée et jus de cerveau. Mais à y regarder de plus près, ces films d’horreur dont nous nous gavons à cette période, noyant nos peurs dans du sirop de citrouille, ils ne nous rappellent rien ? À nous, professeurs. Petits parallèles entre Freddy, Jason, Michael, Chucky. Et Enzo, Killian, Sabrina et Chloé. 

Halloween et nous, en-saignant(s).

 

1) «  Ça va Monsiiiiiiiiiiiiiiiiieur ?! » : Des voix inquiétantes qui s’élèvent des coins obscurs…

Car il y a souvent des moments où quand vous regardez un de vos très chers bambins, vous vous posez forcément cette question : « Mais c’est pas possible Luca doit être possédé ! » . Alors oui, bien sûr, sa tête ne fait pas 360°. Et il ne vomit pas du liquide vert devant vous psalmodiant. Mais tout de même : la conversation qu’il tient avec Noémie deux rangs derrière lui et le regard qu’il vous lance quand vous lui imposez de passer au tableau pour corriger la question 3... La bile n’est jamais loin. Et le fait de répéter 1000 fois la même question: « Faut écriiiiiiiiiiiire Monsieur ?!!!! ». Ça fait peur.

 

2) « À ce prix-là, c’est une affaire » : des manoirs à prix coûtant.

Car de mémoire, sur le site, c’était une très bonne affaire : Voyage linguistique à Barcelone, Hôtel 4 étoiles, visites incluses. Oui mais non. Les quatre étoiles ont sûrement subi la dévaluation post-choc pétrolier. Lisa a hurlé quand elle a vu un rat dévaler les escaliers - un rat bilingue sans doute. Intoxication alimentaire pour Dimitri. Punaises de lit. Chauffeur balbutiant. Et une météo en mai sortie tout droit de février. Les seules visites incluses : celle pour l'hôpital, Lisa ayant mordu le rat « Wesh t’as cru qu’j’étais qui oh ! » Les voyages scolaires, perso, c’est l’enfer.

 

3) « Je reviens tout de suite » : la phrase juste avant de canner

Car les élèves ont toujours, toujours, TOUJOURS, une raison de sortir. De l’appel hyper urgent à une entreprise qui commence par « Ça va bébé ? » au pipi-caca, avec les « Monsieur j’ai mes…. mes... » ( le prof rubicond l’autorisera illico presto, même si ça revient 3 fois dans le mois). Ils ont toujours ce même regard suppliant, une excuse ultime pour quitter votre cours quelques minutes. Et toujours cette phrase « Je fais vite en deux-deux. » Et là, il y a ce vortex temporel, ce trou noir - ou tout simplement Monsieur Touchard le CPE - qui les kidnappe et les retient à l’extérieur. C’est l’horreur.

 

4) «  Écoute, on n’entend plus le chant des oiseaux... » : les phrases impromptues en milieu stressant

 

Car vous avez toujours le doux espoir d’installer une ambiance de travail, voire d’examen, dans votre salle. Vous vous habillez strict, leur intimer l’ordre de s’asseoir à des places nominatives, beuglant qu’il faut éteindre les portables, jeter les sacs sur l’estrade. Vous vous la jouez méchant, jetant l’anathème des 5 ans de non passation du permis en cas de bavardage, les scrutant d’un regard fielleux quand vous leur distribuez les sujets. Vous voulez qu’ils prennent ça au sérieux une fois dans l’année. Une fois. Une heure.

« Hé Lorenzo, c’est toi qui as pété oh gros ça sent. Hoooo les gars il sent le fennec Lorenzo oh tu pues ducu ! »

Hilarité générale. 3 min. Fin du game. C’est l’angoisse.

 

5) « On va se séparer, toi tu vas par ici… » : des phrases sans aucun sens commun
 

Car si la séparation dans les films d’épouvante est créatrice de tensions, il en est de même dans nos classes. Attendez : on parle bien de simple séparation EN CLASSE. Je ne te demande pas Christelle de signer un contrat afin de ne plus jamais approcher Lisa à moins d’un mètre, de toute ton existence. Enzo, ne te roule pas sur le sol c’est assez gênant, tu reverras ton pote dans à peu près 38 minutes. Oui car ça fait 15 minutes que je perds à vouloir vous séparer. Séparer des élèves en classe, c’est tenter d’opérer les frères Cheng et Eng avec un coutelas rouillé et émoussé. C’est un traumatisme.

 

6) « Je vais juste jeter un coup d’œil » : le gars qu’on ne reverra jamais
 

Mais oui bien entendu on les a tous rencontrés : le sémillant stagiaire berceau à l’haleine fraîche et aux cours quadricolores (mauve pour la trace écrite) ; la jeune prof débarquant dans l’enseignement après un Master en événementiel mention pyrotechnie. Tous deux ont ouvert la porte d’une salle de classe en disant : « Allez je démarre, ça va marcher mon cours avec les 3èmes PM. » Et là, sans un bruit parfois. Ok jamais sans bruit. Ils ont disparu. On a retrouvé le stabilo mauve, atrocement machouillé, ou un mot écrit à la hâte « Je préfère encore allumer les mèches pour la Saint-Jean, ciao oubliez-moi. » Ils avaient vu de la lumière. Mais n’avaient pas la flamme. C’est brûlant. 

 

7) « Mon téléphone n’a pas de réseau » : Pas de bol, on est dans une grotte

C’est vraiment pas de chance : une nuit entière à préparer votre séquence sur les explorateurs avec recherches TICES et contenu individualisé. Cours préparé et parfaitement chronométré en vue de votre prochaine inspection. Tout est fait, tout est photocopié. Vous avez même des stylos, au cas où. Et là, c’est la rupture de réseau, l’accident bête : les ordinateurs, déjà souffreteux, lâchent leurs dernières forces devant une documentaliste exsangue. Mais qu’importe ! Devant Monsieur Moulinou, vous vous souvenez que devant vous se tiennent les futurs geeks de notre société. DEUX ANS QU’ILS VOUS SAOULENT AVEC LEUR SMARTPHONE ! 

« Allez, faites les recherches sur votre portable, aucun souci ! »

« J’ai pas de forfait moi oh…. J’ai plus la batterie… Je l’ai plus, il est chez le CPE… Madame j’ai un 3310, suis contre le consumérisme… M’sieur pourquoi vous faites un si joli cours et pas juste un polycop’ crasseux en noir et blanc? » C’est gore.

 

8) «  J’ai rien sur moi » : Pas de bol, on n’a jamais d’arme sous la main

Car « aux innocents les mains pleines ». Sauf en salle des profs. Mais avouons-le : on passe notre temps à se faire dépouiller. Toute la monnaie passe dans le distributeur de café - enfin plutôt dans le gosier de Monsieur Chouminade, qui n’en a jamais. Jamais l’appoint. Peut être pense-t-il faire la monnaie sur 200 euros à la récré ou en salle de perm. Va savoir. Une fois ce goujat évité, on tombera souvent sur les toxicos de la photocop'. Toujours en manque de code : « Stpppp mec, il me faut de la couleur là ! J’en ai besoiiiinnnn, j’ai les 4èmes B2, des diiiiiingues ! » Et en franchissant le seuil, soulagé de ne s’être pas fait détrousser. On se retrouvera nez à nez avec les vendeurs de tombola « pour le voyage scolaire des 4èmes B2, des anges. »

 

9) «  Je suis son frère ! » : Celle-là on l’avait pas vu venir

Car les scénarios de films d’horreur sont pour la plupart bien peu originaux par rapport à ce que nous vivons chaque année. Des retournements de situations incroyables comme le petit Matis qui brusquement passe du dernier rang radiateur au premier rang salvateur, toujours le doigt levé en Amel Bent (Merci la PS5). Ou cet élève magnifique et irradiant de lumière dont vous découvrez en réunion parents-profs qu’il est le petit frère d’un jeune que vous aviez eu en début de carrière. Maintenant marié, deux enfants (Ah ouais quand même, ça pique un peu dans les gencives). Des animaux en classe (merci le prof de bio pour son cours sur les NAC), des ordinateurs qui marchent, des cours de rêve, des cours de cauchemars, des séances à suspense, des fins ouvertes, un twist pandémique que personne n’avait vu venir. Et j’en passe. Bien mieux qu’au cinéma en somme.

 

10) Bonus pandémique : « Ah mais c’était vous ! » : des masques terrifiants et réifiants 

Car on ne pourrait finir cette chronique sans comparer notre situation actuelle à celle que vivent Jason Voorhees ou Michael Myers depuis des années. Comment en effet sortir de l'anonymat, c’est-à-dire ne pas confondre Killian et Quilhian avec ce foutu artifice ! Et on comprend mieux comment les pauvres victimes décampent devant nos individus masqués, avec l’haleine de poney aviné qui se dégage d’eux (mais aussi de nous). Bref si des fois pour vivre heureux, vivons cachés…. On est ici loin du comte. Dracula. 

 

Voilà donc pourquoi les vrais scénaristes pour nos croque-mitaines, ça devrait être vous. Nous. Ça devrait être moi, Monsieur Z. j’attends vos propositions! 

 

Monsieur Z., prof de Lycée Pro quelque part en France, dont l'humour sévit sur Facebook et sur Instagram.

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