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Enseigner en version bêta : tester, analyser et construire

nathalie dreyfus
1 avril
10 mn

La situation exceptionnelle que nous vivons tant sur le point humain, personnel que professionnel, a bouleversé en profondeur bon nombre de nos repères. Dans l’exercice de notre métier il nous a fallu, et nous faut, nous adapter continuellement à des situations et des contraintes nouvelles. Comment nous positionner le plus efficacement possible face à cette invitation à (ré)inventer nos modes d’action pédagogique ? Comme pour la personnalisation de nos interventions en classe dans le cadre de la différenciation, cette bascule vers le télé-enseignement ne met-elle pas à l’épreuve notre capacité d’adaptation et nos capacités à revêtir les méthodes et l’éthique du praticien chercheur en pédagogie comme le décrit Isabelle Peloux ?
Enseigner en mode bêta c’est en fin de compte le lot de chaque enseignant. Nathalie nous en dit davantage.
 

Cet article est la transcription du Podcast ÊtrePROF, extrait du Kit "Différencier mon enseignement" disponible à l'écoute ici.

Vous vous dites que vous avez très envie que votre classe ressemble à cette classe décrite sur le blog d’une collègue qualifiée d’innovante. Vous sentez bien que le passage de l’idée à la réalité demanderait que vous lâchiez votre mode de fonctionnement actuel. Que vous lâchiez le connu pour aller vers l’inconnu. Nous allons voir ensemble comment passer à l’action, comment oser le premier pas même imparfait et finalement travailler notre agilité si précieuse pour la différenciation. Et si pour cela on s’inspirait des développeurs informatiques ? 

La peur de l’inconnu et du changement nous empêche de nous adapter parfois très rapidement à ce qui se passe en classe. Pour accompagner la diversité de nos élèves, c’est justement de l’agilité dont nous avons le plus besoin : être agile pour passer d’une situation à l’autre, pour passer d’une posture à l’autre, pour créer un petit truc qui aidera untel dans son exercice de maths ou unetelle dans l’organisation de son classeur de cours.  


Pour faire le diagnostic de notre peur parfois panique d’oser la nouveauté, envisageons les raisons les plus invoquées : 

  1. « Je n’ai pas le temps. »  
    Combien de fois nous sommes-nous dit que nous n’avions pas le temps ? Pire, combien de fois nous sommes-nous persuadé que vous n’avions pas assez de temps pour entamer un nouveau projet ? 
     
  2. « C’est trop compliqué pour moi. »  
    Après l’excuse du manque de temps, ce que nous invoquons souvent est ce fameux  « C’est trop compliqué pour moi ! » avant même d’avoir essayé. 
     
  3. « Je n’y arriverai jamais. »  
    Dans la même idée que « C’est trop compliqué », on se dit parfois  « De toute façon je n’y arriverai jamais ! » ou encore « Je vais tout rater ! » 
     
  4. « Je le ferai demain. »  
    Remettre toujours tout au lendemain. Un comportement bien connu et identifié depuis longtemps. Son nom : la procrastination. 
     
  5. « Je n’ai pas encore prévu tous les cas. »
    Voici le dernier comportement derrière lequel nous retrancher qui peut nous empêcher de passer à l’action : le perfectionnisme. 
     

C’est cette dernière excuse sur laquelle nous nous arrêterons pour envisager ensemble des pistes pour dépasser cet état de paralysie professionnelle. 
 

Comment expliquer aux élèves et aux familles l'organisation des temps d’apprentissage et ce qui est attendu de leur part pendant ces semaines ?

Découvrez Guide Pratique Êtreprof et ses 10 fiches pour vous outiller concrètement face à la continuité pédagogique
 
 

Pourquoi des versions bêta ?


Pour nous donner un cadre de réflexion, de postures et de comportements, nous prendrons comme exemple le monde du numérique et plus précisément la manière d’y tester les nouveautés, à savoir les versions bêta. 

Dans le monde de la technologie, le terme bêta fait référence aux logiciels ou autres produits qui n'ont pas encore été finalisés mais qui sont mis à la disposition du public pour une sorte d'essai. La phase bêta commence lorsqu'un produit passe de fonctionnel mais hideux à perfectible mais prêt à l'emploi :

  • les bugs sont recherchés et corrigés,
  • les fonctionnalités sont améliorées ou remaniées dans un souci de convivialité optimale,
  • l'interface et les graphiques font l'objet d'une révision par itération et les problèmes de performances sont résolus un par un en vue de l’optimisation.

 

Dans cette version bêta, tout peut et tout doit arriver. Le pire comme le meilleur. On accepte et recherche ce qui ne marche pas pour l’améliorer en lien direct avec les besoins et les réalités de l’utilisation ou de l’utilisateur. La phase bêta d’un projet est une étape acceptée, normale et prévisible du développement d'un produit : 

  • on s'attend à des problèmes et à des bugs.
  • ils sont souhaités pour mettre à jour les perfectionnements possibles et donc leur résolution.


Voilà une culture professionnelle qui soulève l'idée que l'amélioration continue est bien meilleure que de tendre éternellement vers la perfection dès le premier jet. En tout cas qu’il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir tout anticipé et tout contrôlé pour confronter le projet à la réalité. 

 

Des versions bêta à l’école 


Et si nous entretenions avec notre pratique de classe le même rapport que les développeurs entretiennent avec leurs process et leurs livrables, les logiciels ? Notre culture professionnelle semble véhiculer l’idée qu’il faudrait réussir du premier coup. Lorsque la réussite n’est pas au rendez-vous, nous prenons le risque de rejeter la bonne idée, de passer à la suivante et nous répétons inlassablement ce cycle. Imaginez plutôt si nous adoptions la démarche de la version bêta, si chaque nouvelle tentative était traitée comme la première d'une série d'itérations, c’est-à-dire de répétitions d'un processus dans le but de les améliorer à chaque fois.  

Du côté de votre enseignement, voilà à quoi pourrait ressembler une expérimentation pédagogique en appui sur la logique de la bêta : 

  • Vous entendez parler de la pédagogie par projet, vous ne savez par où commencer.
  • Vous vous limitez dans un premier temps à un projet modeste d’une demi-journée et vous présentez votre idée à vos élèves en étant transparent : c’est la première fois que vous tentez l’expérience de l’enseignement en bêta.
  • Vous attendez de vos élèves qu’ils vous disent de manière structurée et bienveillante ce qui fonctionne et ce qui demande des améliorations.
  • Vous recommencez le processus en tenant compte des retours de vos élèves et de vos ressentis et observations.

 

Pour le travail des élèves, voilà à quoi pourrait ressembler l’apprentissage version bêta : 

  • Vous demandez à vos élèves un travail dans lequel ils devront mener une expérience et rendre compte de ses résultats.
  • Plutôt que de fixer une seule date de rendu du travail finalisé, pourquoi ne pas prévoir plusieurs dates : la première serait la phase bêta, au cours de laquelle les élèves conçoivent et réalisent leurs expériences, en rendent compte, puis planifient l'amélioration de leurs conceptions et le passage à une autre itération.

 

Finalement on peut tirer les invariants de toutes ces possibilités qui vous feront passer à un état d’esprit bêta test. Plutôt que la recherche de la perfection, adoptez l’amélioration continue en six étapes : 

  1. Vous avez une idée.
  2. Vous y réfléchissez et établissez un plan d’action.
  3. Vous agissez et déroulez ce plan d’action.
  4. Vous analysez les retours de cette action.
  5. Vous corrigez le tir, vous affinez, vous réorientez, vous améliorez.
  6. Retour à l’étape 1 pour une nouvelle itération.

 

Cette boucle itérative peut s’avérer très vite vertueuse : chaque événement, même non programmé, deviendra l’occasion de faire une proposition même imparfaite. L’élément clé ici est, encore et toujours, la confiance que vous aurez dans le processus. Échouer, tâtonner et ne pas savoir en font partie. 

Pensez aux leviers actionnables pour apporter des premiers éléments de différenciation dans le quotidien de la classe (ÊtrePROF, le podcast, Épisode 6 bientôt disponible) et passez-les au crible des six étapes dont il vient d’être question. Pensez par exemple à l’organisation du temps dans la classe. 
Quelle est l’idée qui vous tente ? Mettons que ce serait d’introduire un rituel de respiration, remobilisation entre chaque séance ou chaque partie de mon cours.
Quel peut être le plus petit premier pas possible ? Trouver par exemple dix idées de rituels de moins 2 minutes. Je rédige la présentation que j’en ferai à mes élèves et je construis la grille d’évaluation qui servira à recueillir les observations concernant chaque rituel : 

  • Objectif poursuivi
  • La proposition répond-elle à cet objectif ?
  • Points forts à garder
  • Points d’amélioration
  • Je présente le projet aux élèves en les associant à l’évaluation.
  • J’analyse les retours.
  • Je revois la version initiale jusqu’à arriver à une formule stable et ritualisée. 
     

Vous voilà au début d’un processus méthodique et créatif que vous pourrez intégrer à vos stratégies pédagogiques pour l’appliquer aux autres leviers de différenciation que sont l’organisation spatiale, l’organisation humaine, les outils et ressources, les consignes et enfin les traces écrites que nous proposons de produire. Cette boucle itérative peut tout aussi bien être utilisée dans l’accompagnement spécifique d'un ou de plusieurs élèves. 

Vous accueillez un élève présentant des troubles de l’organisation motrice dans votre classe. Reprenons notre boucle en mode bêta : 

  1. J’ai une idée : et si je lui demandais comment il fait d’habitude ?
  2. J’y réfléchis et j’établis un plan d’action. Je propose une activité en autonomie pour aménager quelques minutes en entretien avec lui.
  3. Je le questionne, il me raconte, je prends des notes et nous décidons ensemble d’un premier aménagement à tester pour organiser son bureau.
  4. J’analyse les retours : je lui dis de bien faire attention à ce qui fonctionne pour lui et ce qui ne fonctionne pas car nous en reparlerons.
  5. Deux jours plus tard, je peux enfin prendre de nouveau quelques minutes avec lui.
  6. Je corrige le tir, j’affine, je réoriente, j’améliore. Ensemble nous rectifions. Concepteur et utilisateur.
  7. Retour à l’étape 1 pour améliorer les propositions initiales.

 

En adaptant cette manière de faire et d’envisager notre métier, nous deviendrons moins frileux à tenter de nouvelles initiatives pédagogiques et surtout nous utiliserons ce processus de façon consciente et comme faisant partie intégrante de nos gestes professionnels. Nous n’aurons plus à rougir des imperfections que les collègues, les parents pourraient voir ou que nous pensons qu’ils voient, puisqu’elles sont constitutives d’une démarche pédagogique constructive. 

Nathalie, Pilote pédagogique ÊtrePROF et Instit pendant 25 ans



Librement adapté de : https://www.cultofpedagogy.com/beta-teaching/

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