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Les fêtes religieuses, des occasions d’enseigner les faits religieux et la laïcité

Karine
11 mars
4 mn

« Maîtresse, demain je ne suis pas là c’est la fête dans ma religion ! »

« Maîtresse, c’est quoi Pâques ? C’est écrit férié sur mon agenda ? C’est un truc en rapport avec la guerre ? »

« Maîtresse, pourquoi est-ce qu’il y a école le jour de “notre” fête ? »

Et, moi, la maîtresse, j’aimerais demander : est-ce que je peux parler de l’Aïd ? de Pâques ? Est-ce que c’est bien mon rôle ? Et que vais-je pouvoir dire ? Mes élèves en savent peut-être plus que moi ? Suis-je légitime ?

Oui, oui et encore oui. 

Partir de ce que connaissent nos élèves est la meilleure porte d’entrée pour leur apporter une connaissance générale des convictions qui se côtoient autour de nous. Les temps des fêtes sont inscrits dans les calendriers et ont une incidence dans nos classes, il me paraît donc important de se saisir de cette opportunité. Parler religion, puis conviction pour mieux expliquer la laïcité :

  1. Les fêtes religieuses
  2. L’ouverture sur le monde
  3. La laïcité garante du respect des convictions de chacun.

 

1. Les fêtes religieuses 
 

  • Noël

Avec mes élèves, chaque année nous abordons les fêtes religieuses en lien avec notre calendrier. Nous avons le jour de Noël avec une partie des élèves qui reçoit des cadeaux, dit fêter Noël, qu’ils soient chrétiens ou non, et une partie qui ne se sent pas concernée car ils ne sont pas chrétiens. 

Cette année dans chaque classe de l’école, nous lisions une carte expliquant succinctement comment est fêté Noël dans tel ou tel pays. Quand j’ai lu que c’était un jour férié, une élève de CP a ri en me disant : « Mais non maîtresse, ce n’est pas férié Noël en France ! ». Les élèves étaient hésitants, après plusieurs échanges elle a expliqué que, puisqu’elle ne fêtait pas Noël, il n’y avait pas de raison que ce soit un jour férié. Ce fut donc l’occasion de revenir sur notre calendrier qui garde les marques du christianisme, de montrer qu’en effet ce n’était pas férié partout y compris dans certains pays frontaliers, mais qu’en France quelle que soit sa croyance, c’est un jour férié !

Deux outils pour aller plus loin : un article sur “Parler de Noël en classe, est-ce bien laïque ?” et un mini-guide pour préparer Noël en classe.
 

  • Ramadan et Aïd El Kébir

Le deuxième temps fort est les échanges autour du Ramadan et de la fête de l'Aïd El Kébir apportant beaucoup de discussions entre les élèves. Le mois de Ramadan, dans l’Islam, est un moment très important. Une partie des élèves vit avec des horaires décalés, certains veulent jeûner, ils en parlent beaucoup… Il faut profiter de ce temps d'échange pour faire un point en classe. À l’occasion de l’Aïd El Fitr et de l’Aïd El Kébir, chaque année, l’école se vide considérablement. Certains élèves viennent quand même, d’autres vont à la mosquée le matin et viennent à l’école l’après-midi, d’autres ne viennent pas du tout. Ce moment de fête est important, c’est un temps de partage avec la famille, les amis, les voisins. 

Mes élèves adorent en parler, et on s’aperçoit qu’ils n’ont pas tous les mêmes connaissances de ces fêtes et qu'ils ne fêtent pas tous de la même manière (calendrier différent, tenues et pratiques de fêtes différentes…). La vidéo à ce sujet d’1jour 1actu est à nouveau une bonne base pour les échanges.
 

  • Pâques

Il y a enfin cette interrogation sur Pâques, fête importante pour les chrétiens qui se rappellent de la résurrection de Jésus. On en profite alors pour parler de la Pentecôte et de l'Ascension, qui sont fériées et indiquées dans les agendas. Il est toujours très intéressant d’avoir une discussion spontanée mais cela me laisse un sentiment d’inachevé. Nous discutons certes, mais il n’y a pas de savoirs, peu d’apports pédagogiques.

Et il y a eu LA classe, celle qui pousse à revoir nos pratiques, qui nous ébranle et nous stimule. J’ai découvert un jeu pédagogique fort intéressant : l’Arbre à défis, construit par l’association ENQUÊTE. C’est devenu mon outil principal, qui permet de traiter des croyances et de la laïcité à l’aide d’une programmation. Les principales fêtes religieuses y sont bien expliquées. Maintenant, avec les classes de Cycle 3, à l’école, nous étudions les faits religieux. Nous parlons de grandes fêtes religieuses, des points communs, des différences.

Préparer Noël en classe : des idées créatives et réflexives

Consultez toutes nos ressources pour mettre en place des séances autour de Noël en élémentaire

2. L’ouverture sur le monde


Je m’appuie toujours sur ce que connaissent mes élèves et sur notre calendrier, cependant, je n’attends plus de “croiser ces évènements”. Grâce à cet outil, qui me convient, j’ai ainsi une progression établie pour aborder les fêtes religieuses et un vocabulaire précis à apporter. Nous parlons de ce qu’est le Ramadan, les deux Aïd (Al Kébir et El Fitr), Noël, Pâques (pour les chrétiens). Au printemps, il y a aussi Pessah, fête juive et Vesak, fête bouddhiste. 

La grande différence est que je reste la référente face aux élèves. Ils ont tous des  connaissances, mais mon rôle d’enseignante est de leur montrer qu’il n’y pas une façon unique de croire ou de fêter. L’élève qui a une conviction ne doit pas devenir le référent de celle-ci dans sa classe.

Chaque fête est ainsi renseignée dans la partie EMC, avec une définition simple, factuelle, qui peut être enrichie des expériences de chacun. Les élèves de cycle 3 sont friands d’exposés, cela peut être enrichissant.

À travers ces différentes fêtes, les élèves se rendent compte qu’il existe aussi des calendriers différents, des manières de fêter différentes dans le monde et même entre voisins. Par exemple, les élèves musulmans d’origine turque ne finissent pas le Ramadan en même temps que les autres musulmans et cela nous permet d’avoir des échanges intéressants sur ce constat. Je me souviens de l’engouement des élèves qui réalisent que l’ange Gabriel, ou Djibril pour les musulmans, est le même personnage. Ils peuvent alors faire le lien entre leurs connaissances et des mythes communs à d’autres religions.

Exemples d’outils : deux vidéos de Vinz et Lou de Tralalere, sur le calendrier et sur Mille et une pratiques et une vidéo 1 jour 1 actu sur Pâques et les chocolats.
Les points de vigilance : avoir une définition claire et factuelle de ces évènements, rester neutre, explicite et humble. Nous ne connaissons pas tout et nous pouvons dire à une classe que nous allons faire une recherche approfondie pour mieux répondre à une question.
 

3. La laïcité
 

Le principe de laïcité s’articule plus facilement et fait alors sens pour nos élèves, quand on leur explique qu’il garantit le droit de croire ou de ne pas croire et de pratiquer une religion à sa manière. Il est important de prendre le temps, au moins une séance, pour apporter des explications historiques sur la laïcité et comment est-ce que la France est devenue un pays laïque. Il est essentiel de revenir sur notre Histoire, et de faire le lien avec l’école.

Plus je traite de ce sujet, plus je le trouve abordable. Au fur et à mesure que nous avançons dans nos connaissances factuelles des religions, je fais le lien avec la laïcité et les libertés qu’elle nous permet d’avoir.

La vidéo de Vinz et Lou sur laïcité et libertés peut être une bonne entrée en matière quant à celle d’1 jour 1 actu “C'est quoi la laïcité ?”, elle permet de conclure ou de raviver les points abordés.

Mes élèves apprécient ces courtes vidéos, qui ont besoin d’être étayées en amont pour être bien comprises. Ce temps permet aussi de recentrer les échanges. Ce temps de partage permet d’apprendre à mieux se connaître. 

Depuis que je le traite ouvertement avec mes élèves, j’ai l’impression que le principe de laïcité fait davantage sens à l’école puisque nous pouvons y parler des faits religieux, de ce que l’on sait, de ce que l’on croit

Beaucoup d’élèves et de familles pensent qu’il est interdit de parler de religion à l’école. Nous pouvons au contraire montrer que c’est la force de la laïcité et nous répondons à une demande institutionnelle en EMC qui est de respecter autrui, d’acquérir et partager les valeurs de la République et de construire une culture civique. Les grandes fêtes religieuses sont une excellente occasion d’aborder les faits religieux et la laïcité, ce serait dommage de s’en priver !

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