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Sentiment de légitimité : et si nous étions tous un peu des imposteurs ?

3 min
Virginie Giraud Augerat
Virginie Giraud AugeratProfesseure des écoles depuis 1998

Si vous pensez que vous n'en faites jamais assez pour votre classe ; si, le matin en arrivant, vous vous dites « J’ai oublié de faire telle ou telle chose… » ; si en aidant vos élèves en difficulté vous trouvez que vraiment vous ne leur consacrez pas assez de temps… Alors cet article est fait pour vous ! 

Place à votre défi perso : assumer que vos choix didactiques et pédagogiques sont légitimes. Observer du concret, noter vos réussites et accepter vos défauts pour prendre conscience de toute l'énergie que vous passez à faire de votre mieux pour vos élèves. Je sais, pour l'avoir vécu, que c'est parfois un long chemin… Je vous propose des petits exercices concrets, faciles à réaliser pour changer votre regard sur vous et votre travail. 

Pour ma part, j'y suis allée par étapes

  1. Tout d'abord, en lisant des bouquins de pédagogie et didactiques, surtout dans le domaine où je me sens malhabile. 
     
  2. Ensuite, en observant mes élèves qui avançaient dans une ambiance de travail calme (3 niveaux en REP +). Et là, j'étais super fière de moi... et je l'ai reconnu.
     
  3. Puis, en lisant Les 3 kifs par jour de Florence Servan-Schreiber, avec test à la maison en pleine adolescence de mes enfants. Méthode que je me suis appliquée aussi en milieu professionnel. 
     
  4. Enfin, en échangeant, en travaillant avec des groupes de pairs (mouvement de pédagogie, copines, collègues, jeunes enseignants), où je me suis construit des gestes professionnels qui au départ étaient intuitifs, mais ont été mis à l'épreuve par les recherches et les retours des pairs… C'est cette expérience que je vous partage.
     

Conseil 1 - Regardez ce sentiment d'imposture en face

Le sentiment d'imposture est très prégnant dans le métier d'enseignant, surtout dans notre société française où le « peut mieux faire » est de mise plutôt que le « Waouh, tu sais déjà faire ça ! ». Donc, on part déjà avec un bon handicap. Pour rajouter une couche, nous avons tous des images de nous, enfants, et du regard que l'on portrait sur nos profs. Que ces souvenirs soient bons ou mauvais, ils sont déformés, car aujourd'hui, c'est l'adulte que vous êtes qui prend les commandes.

Quand, après avoir bien préparé votre classe en amont, vous rentrez fatigué·e et pensant que tout ce que vous avez fait ne sert à rien… Alors il est temps d'agir.

1, 2, 3 : action !

  1. Notez ce que vous savez de vous dans la classe. Ce qui ne fonctionne pas d'après vous. Perso, je suis bien brouillonne, voire bordélique. Je me laissais déborder par les élèves. Je regardais mes collègues qui y arrivaient bien mieux que moi (enfin c'est ce qu'on se dit)...
     
  2. Face à vos difficultés, regardez ce qui peut s'améliorer, notamment dans l'organisation de la classe, la gestion du groupe. Vous pouvez agir pour cela.
     
  3. Osez parler à un pair, une copine ou une collègue que vous appréciez, qui vous donnera quelques pistes pour adopter des gestes professionnels plus aguerris. Pensez aussi aux conseillers pédagogiques, qui seront ravis de vous apporter un éclairage bienveillant.

Conseil 2 - Soyez bienveillant·e avec vous-même

L'Éducation nationale parle de bienveillance envers les élèves… et qu’en est-il des enseignants vis-à-vis d'elles ou d'eux ? Avec bienveillance, les recherches en neurosciences ont évolué et ont fait apparaître le phénomène du biais cognitif négatif. Hérité de nos ancêtres qui leur a servi pour se protéger et rester en vie, il continue de fonctionner. Comment ? En accordant 3 à 5 fois plus d’importance aux compliments négatifs que positifs. Ayez cela en tête : vous allez devoir lutter contre votre cerveau, qui ne voit que vos défauts. 

Aussi, pour changer cet état de fait, vous allez devoir vous concentrer quelques semaines pour vous focaliser sur vos réussites. Toutes vos réussites, si fines soient-elles. Vous allez changer de regard. 

1, 2, 3 : action !

  1. Tous les jours pendant au moins 3 semaines, notez toutes vos petites réussites : 
    • ce que vous avez réussi à faire, qui ne dépend que de vous : attendre dans le silence, respecter l’horaire de la séance ;
    • ce que vous avez réussi avec votre classe : avoir un moment de calme dans la classe, avoir terminé une séance où les élèves maîtrisent la notion (au moins les 3/4 ont réussi l'évaluation) ;
    • ce que vous avez réussi avec vos élèves : passer au moins 5 minutes à côté d'un élève en difficulté, ne pas s'être énervé·e contre celui qui vous met habituellement hors de vous, etc.
       
  2. Noter à midi 1 à 2 réussites de la matinée (voire plus du point de vue organisationnel, didactique ou ambiance de classe). 
     
  3. Prendre le temps avant de quitter le boulot de noter les 2 actions de l'après-midi.

Conseil 3 - Assurez votre légitimité en didactique

Vous débutez, vous tâtonnez, et c'est normal ! Ça cafouille un peu dans vos séances, c'est NORMAL. Pour ne pas avoir ce sentiment de ne pas être à la bonne place, vous devez impérativement prendre des manuels avec le guide du maître, qui vont vous soutenir.
C'est un peu pénible, car il faut s'approprier le manuel, mais tellement libérateur... Vous ne partez pas de rien et si vous devez faire des ajustements, ils seront à la marge. Acceptez de vous laisser guider : la veille, appropriez-vous la séance et surtout, faites-en un bilan écrit pour savoir ce qui a marché ou pas.

Même si vous êtes en cours d'année, personne ne vous empêche de trouver des séances dans un manuel qui vous paraît facile de vous approprier. Vous pouvez toujours vous renseigner auprès de collègues pour savoir si elles utilisent un manuel et lequel. Donc, si vous vous sentez encore désorienté·e par des notions à faire comprendre, n'hésitez plus.

1, 2, 3 : action !

  1.  Choisissez un domaine et seulement un où vous vous sentez peu armé·e pour faire avancer les élèves.
     
  2. Cherchez un manuel avec un guide du maître. Celui-ci doit expliquer ce qu’il faut faire pas à pas de votre point de vue. Les ouvrages spécifiques édités par Retz Éditions sont assez bien conçus pour cela, avec CD pour les exercices.
     
  3. Mettez en place une séquence et faites-en le bilan. Recommencez plusieurs fois afin de vous approprier la démarche. Ceci vous permettra d'asseoir des compétences didactiques et d’automatiser certains gestes professionnels.
     
  4. N'oubliez pas de mettre vos réussites didactiques dans votre cahier de réussites (cf. conseil 2) ! 

Conseil 4 - Développez votre sentiment de compétences face aux co-éducateurs

Que l'on démarre dans le métier ou dans un nouveau cycle, le regard des autres adultes (collègues ou parents) sur notre travail peut être source de stress : est-ce que j'en fais assez ? Que vont penser les parents ? Ce sentiment est tout à fait légitime et nous renvoie au biais cognitif négatif.

Pour le réduire, vous devrez d’abord vous concentrer sur votre cahier de réussites. Ensuite, vous vous positionnez en tant que professionnel·le de l'enseignement, avec tout ce que la recherche nous apprend sur le bien-être à l'école et le sens que les élèves doivent donner à leur apprentissage. Convainquez-vous de ce point de vue, c'est cet aspect que vous pouvez mettre en avant lors de la réunion de parents. Votre souci en tant que professionnel·le, c'est de faire en sorte que les élèves soient acteurs, qu’ils comprennent pourquoi ils sont là et comment ils pourront résoudre les exercices en toute autonomie.

1, 2, 3 : action !

  1. Relisez vos réussites et listez vos points forts dans la classe.
     
  2. Lors de réunions avec l'ensemble des parents, préparez un ordre du jour affiché et minuté en mettant l'accent sur un point spécifique de la classe (vos projets d'autonomie pour les élèves, l'organisation de classe... bref, ce qui fait votre spécificité).
     
  3. Lors de réunions individuelles, prenez toujours des exemples concrets de l'élève dans les situations de classe. Assurez aux parents que vous êtes ici pour trouver ensemble des solutions pour aider leur enfant. Là aussi, pensez à minuter.

Conclusion

Le sentiment d’imposture est inhérent à tous et toutes. En avoir conscience et comprendre nos mécanismes internes sont autant de possibilités pour ne pas se sentir submergé par ce sentiment. En pensant réussite plutôt que difficultés, en notant vos avancées, en échangeant aussi avec des pairs, cela devrait vous rassurer pour continuer à exercer avec toute votre énergie et votre conviction. Ce métier demande exigence et énergie. Remerciez-vous tous les jours d’accomplir ces gestes professionnels riches de petites victoires quotidiennes ! 

Virginie Giraud-Augerat

Professeure des écoles en élémentaire depuis 1997, guérie du syndrome d'imposture

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Nous allons voir ici comment créer une carte mentale de son parcours professionnel et personnel. Elle permet d’avoir une vision d’ensemble sur les compétences principales que l’on a développées.

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