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Revue de presse internationale sur la continuité pédagogique

Julia
20 avril 2020 11:45
5 mn

Cette revue de presse internationale entre dans le cadre de la veille contributive que Louis Derrac, consultant et formateur spécialisé dans les domaines de l’éducation et de la culture numérique, a lancée autour de la continuité pédagogique mise en place en France et dans le monde.
 

Cela fait maintenant plusieurs semaines que les établissements scolaires et de l’enseignement supérieur sont fermés, dans la plupart des pays du monde. L’UNESCO, qui suit la situation internationale comptabilise ces chiffres impressionnants :

  • 1,575,270,054 apprenants touchés
  • 91.3% de l’ensemble des apprenants
  • 191 fermetures au niveau national

 

Alors que le Président français a annoncé la réouverture « progressive » des écoles à partir du 11 mai, je vous propose de revenir sur ces dernières semaines de « continuité pédagogique », avec quelques enseignements venus d’ailleurs… et finalement beaucoup de points communs entre les pays observés.

Impréparation des systèmes éducatifs

Cela a été un des très gros ratés en France. Le ministère de l’Éducation avait dit qu’il était prêt pour assurer la continuité pédagogique. Sur les réseaux, les enseignants étaient plus sceptiques, c’est le moins qu’on puisse dire. La première semaine leur a ensuite donné raison : saturations multiples des solutions numériques, surcharge de travail, décrochage d’une partie des élèves, etc.

Il est important de noter que cette impréparation n’était pas franco-française mais assez générale, si l’on en croit la presse étrangère. Aux États-Unis comme en Angleterre ou au Canada, les solutions se sont montées rapidement, en réaction à la fermeture des écoles. Il y a eu peu d’anticipation, même si plusieurs pays ont d’abord fermé pendant une semaine pour donner à leurs enseignants le temps de s’organiser, là où les enseignants n’ont eu qu’un gros week-end en France.

[...] Si M. Carranza (Schools chancellor de New York, l'équivalent du recteur en France) a appelé à "la flexibilité et la patience", il a également salué les enseignants, les administrateurs, les parents et les étudiants pour avoir "été à la hauteur". "Nous faisons littéralement voler l'avion pendant que nous le construisons", a-t-il déclaré.

Traduit de cet article du New York Times

 

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Les mieux préparés l’ont déjà vécu (en quelque sorte)

Certains pays s’en sortent tout de même mieux, en Asie notamment. On pourrait penser que c’est grâce à leur formidable avance technologique. Raté, c’est parce qu’ils ont l’habitude… des typhons et des manifestations anti-gouvernement. À Hong Kong, qui a eu une année mouvementée sur les deux plans, les enseignants ont mis à profit leur expérience pour proposer des environnements d’éducation complets, bien au-delà du simple enseignement à distance. Et leur expérience est d’abord sur un plan pédagogique, pas technique.

Nous avons l'habitude de dispenser un enseignement à domicile dans le cadre d'une interruption pour cause de typhon, qui est généralement d'un à deux jours. Pendant les manifestations, nous avons commencé à utiliser davantage de vidéos, et nous avons ensuite revu l'enseignement à domicile dans nos écoles.

Laura Tyson, directrice des relations avec la communauté à l'école Kellett, à Hong-Kong

 

Précisons tout de même que les épisodes de typhons asiatiques durent généralement deux jours, ce qui en fait des ruptures courtes. Il faudra voir comment l’enseignement à distance a été mené sur une plus longue période.

J’avais déjà écrit que pour ma part, il ne me semblait pas choquant que les systèmes éducatifs aient été pris de court par la mise en place d’un enseignement exclusivement à distance. Personne ne pouvait anticiper la situation exceptionnelle que nous sommes en train de vivre.

Limites de l’enseignement à distance

Un autre constat partagé partout dans le monde, c’est que passer d’un enseignement présentiel à un enseignement à distance n’est pas chose aisée. La plupart des acteurs vont même plus loin : la « continuité pédagogique » est une fausse promesse, voire même une absurdité compte tenu de l’état émotionnel de leurs élèves.

Le seul mérite des cours en ligne – et c’est déjà très bien – est de proposer une distraction intelligente aux élèves. Demander plus à ces dispositifs serait de l’acharnement pédagogique.

Martin Delplace, professeur de Français en Belgique

Ensuite, les enseignants constatent très vite les limites de l’enseignement à distance, techniquement et pédagogiquement. Et heureusement, de nombreuses institutions le rappellent pour décharger leurs collègues.

Reconnaissons que la qualité de l'éducation ne sera pas aussi bonne dans les formats alternatifs que dans le modèle pédagogique que nous avons en fait prévu. Cela ne pose pas de problème non plus - nous essayons simplement de survivre.

Jim Mahler, vice-président du CFT (California Federation of Teachers) et président du conseil du CFT Community College

 

Des limites techniques et pédagogiques

Techniquement, on retrouve beaucoup de similarités : la difficulté des plateformes à tenir la charge sur les débuts, les problèmes d’équipements, inégaux selon les familles mais aussi selon les enseignants, les facilités des élèves à utiliser les outils institutionnels ou non.

Un ordinateur portable, une connexion Internet, un serveur, une panoplie d’applications numériques ne peuvent pas, tant s’en faut, se substituer à l’école comme milieu de vie et encore moins au travail sur le terrain des enseignants et des enseignantes.

Réjean Bergeron, essayiste et professeur de philosophie au niveau collégial à Montréal

 

Pédagogiquement, les enseignants du monde entier partagent également de nombreux constats. D’abord, il ne suffit pas d’appliquer à distance des méthodes pédagogiques qui fonctionnent en présentiel.

Ensuite, ils expliquent que l’éducation repose sur énormément d’interactions entre enseignants et élèves, et notamment sur des feedbacks (la réponse de l’élève à l’interrogation de l’enseignant). Toutes ces formes d’engagement sont impossibles à reproduire à distance sans une véritable maîtrise de l’enseignant et une certaine habitude des élèves. Et il en va de même pour les enseignants. 

"Je peux voir les étudiants prendre des notes et leur donner un feedback immédiat lorsque j'enseigne [en face à face] à l'école, mais je ne peux pas le faire pendant les cours en ligne", a déclaré Xie, qui a ajouté que l'engagement entre le professeur et son élève en ligne est "presque inexistant".

Jessie Xie, enseignante de 24 ans vivant dans la ville de Chengdu (Chine)

 

Enfin, tous pointent que l’éducation, ce n’est pas que la transmission de connaissances ou d’exercices de l’enseignant à l’élève. Mais aussi un lieu d’interactions entre élèves, de socialisation essentielle au développement, d’activités sportives, etc.
 

Inégalités sociales

Un troisième constat mondial, c’est que la crise fait remonter à la surface la réalité crue des inégalités sociales.

Ces inégalités sont multiples :

  • Accès à internet et à des équipements numériques fonctionnels
  • Capacité à suivre un enseignement à distance dans des conditions correctes : pouvoir s’isoler dans une pièce, avoir des parents disponibles…
  • Capacité à maîtriser les usages scolaires du numérique (envoyer des mails, se connecter à l’ENT, télécharger des PDF)


Selon les pays, d’autres problèmes, moins scolaires mais pourtant déterminants dans le parcours d’un enfant viennent s’ajouter :

  • L’insécurité alimentaire
  • Les violences familiales
  • Les angoisses des enfants liées au confinement et au futur professionnel des parents.
     

En Angleterre et aux États-unis notamment, de nombreux enseignements sont terrifiés pour leurs élèves :

Je suis épuisée et misérable et j'ai très peur pour beaucoup d'enfants. Ceux qui sont en marge de la vie des gangs, en danger de se faire exploiter, dans des maisons peu sûres et avec peu de nourriture dans le placard. Je ferme mes stores, je me cache dans un coin, je pleure et puis je me ressaisis.

Un chef d'établissement britannique

 

Le retour de la « fracture numérique »

Les difficultés d’utilisation des outils numériques pour suivre l’enseignement à distance, souvent simplifiées sous le terme de « fracture numérique » (« digital divide ») font l’objet de nombreux articles.

Les premiers résultats de nos données de 2019, encore non publiés, confirment que les enseignants et les directeurs d'école considèrent la pauvreté des familles comme un facteur clé de l'accès aux technologies dont les élèves ont besoin pour apprendre. Plus de 80 % des enseignants pensent que la situation socio-économique des élèves a un impact sur leur accès aux technologies nécessaires à l'apprentissage. Et un tiers des enseignants ont directement observé que les enfants vivants dans la pauvreté avaient moins accès aux technologies que leurs pairs plus aisés.

Amy Graham, chercheuse postdoctorale, et Pasi Sahlberg, professeur de politique de l'éducation à l'UNSW de Sydney

 

On notera que les États-Unis, l’Australie et la Chine sont habituellement considérés comme des pays où le numérique éducatif est très déployé. Notamment la Chine qui est souvent citée, dans le monde de la Edtech, comme un modèle à suivre.

Louis Derrac, consultant et formateur spécialisé dans les domaines de l’éducation et de la culture numérique

 

L'article original a été publié sur le site de Louis Derrac sous Licence Creative Commons et partagé avec son accord.

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