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Vues d'ailleurs - Les écoles italiennes à l'heure du confinement

Julia
30 avril

L’équipe d'ÊtrePROF a voulu savoir comment, hors de nos frontières, les enseignants relèvent le défi de la continuité pédagogique. Sara Coccolo, directrice d’une école de la banlieue turinoise, dirige un établissement comptant 1000 élèves de 3 à 14 ans et 110 enseignants. Elle raconte la préparation de la continuité pédagogique, sa mise en place et la vision qu’elle a de l’après en Italie, pays le plus endeuillé d’Europe par la pandémie de Covid-19. 
Cet article est la synthèse de l’interview de Sara Coccolo par l’équipe de Manag’Educ début avril, dont vous trouverez la vidéo à la fin de la retranscription, ci-dessous.

 

1) Comment avez-vous préparé le confinement ?

Ici, la fermeture des écoles n’a pas vraiment été anticipée. Je passais le week-end dans les Alpes, quand j’ai reçu sur mon téléphone des messages annonçant que l’école serait fermée le jour suivant… Ça a été un gros choc. Même si tout le monde était au courant de la crise sanitaire, nous n’étions pas préparés ! Au début, nous pensions que la situation ne s’éterniserait pas ; nous nous contentions de rassurer les familles. Le processus a été graduel : j’ai constitué une équipe restreinte, chargée de m’appuyer pour définir les plateformes gratuites que nous allions utiliser, telle Zoom.
 

2) Dans quels domaines avez-vous eu besoin d’aide ?

En plus du soutien technique que je viens d’évoquer, le premier défi à relever concerne l’équipement. Certaines familles - environ 20 % dans notre cas  - consultent Internet sur les téléphones mobiles. Ce n’est pas adapté pour l’enseignement. Nous avons  demandé aux familles de signaler leurs besoins. Nous avons reçu il y a dix jours de l’argent pour acheter du matériel et nous en avions que nous pouvons prêter. Nous  distribuons actuellement ordinateurs, tablettes,… La plupart des écoles italiennes rencontre cette difficulté. Nous avons aussi des problèmes de traduction pour les familles étrangères et avons besoin d’aide dans ce domaine.

3) Y a-t-il beaucoup de familles que vous ne parvenez pas à contacter, avec lesquelles vous n’avez pas de relation ?

Non. En plus du travail pédagogique, je suis en ce moment en relation avec les services sociaux. Nous cherchons encore à établir un contact avec les familles dont nous sommes sans nouvelle. Mais encore une fois, elles sont peu nombreuses.

 

4) Quelles difficultés particulières avez-vous dû dépasser ?

Les petits, le travail avec les élèves de classes de maternelle. Les enseignants envoient des chansons, des dessins mais que voulez-vous faire avec des enfants de 3 ans ? Il leur manque le principal : la relation. Et, pour le meilleur, la situation nous pousse à changer. L’école ici est assez traditionnelle, certains professeurs sont rétifs aux nouvelles technologies. Là, nous sommes obligés de nous adapter et c’est un aspect positif de cette crise.

 

5) Y a -t-il d’autres choses dont vous vous félicitez, d’autres points positifs ?

Nous ne pouvons pas vraiment parler de réussite mais nous travaillons dans ce sens. Nous avons décidé en équipe de maintenir la Semaine des sciences que nous avions programmée et qui devait impliquer tous les enfants, quel que soit leur âge, de l’école maternelle au collège. Ça aurait été un gros événement, avec des conférences, des expériences, des remises de prix… Nous avons décidé de ne pas renoncer. Le programme s’adapte à la crise sanitaire. Nous prévoyons des expériences qui peuvent être réalisées à la maison. Nous demanderons à certains de filmer. Nous espérons que ce sera un succès, nous en avons besoin.

 

6) Est-ce que vous parvenez à poursuivre les apprentissages, introduire de nouvelles notions ?

Hier seulement, le gouvernement a précisé les obligations pour les écoles. Donc maintenant cette question se pose et j’ai dit aux professeurs que nous devrons aussi évaluer les élèves. En Italie, les écoles ont assez autonomes : nous avons des objectifs et sommes libres de décider comment les atteindre. Les compétences digitales seront davantage évaluées qu’auparavant, tout comme l’autonomie aussi. Nous élaborons de nouveaux sujets, de nouvelles compétences.

 

7) Comment voyez-vous l’après confinement ?

La date de réouverture des écoles n’est pas fixée. Nous en saurons plus mi-mai. Il y a deux hypothèses : réouverture en mai ou à la rentrée. Je pense que cela sera plutôt à la rentrée, en dernier, lorsque les usines, les entreprises, etc. auront rouvert. Mais comment imaginer que les petits portent des masques et respectent la distanciation sociale entre eux ?

Le 26 avril 2020, le gouvernement italien a décidé de l'ouverture ou non des établissements scolaires
“L’école est au centre de nos pensées et rouvrira en septembre”, a annoncé Giuseppe Conte lors d’un entretien avec le quotidien de gauche La Repubblica, soulignant que “tous les scénarios préparés par un comité d’experts prévoyaient des risques élevés de contagion en cas de réouverture (avant septembre, ndlr) des écoles”.

À noter que cette reprise tardive peut également s’expliquer par le fait que l’année scolaire en Italie se termine fin mai/début juin, soit un mois plus tôt qu’en France. Les élèves n’auraient repris les cours que pour deux semaines tout au plus. 

Source : Le Huffington Post

 

7) Est-ce que l’école sera différente ?

Cette expérience laissera des marques profondes, il faudra aider les enfants à y réfléchir, c’est notre devoir. Peut-être serons-nous plus attentifs qu’avant aux mesures d’hygiène et garderons-nous certaines méthodes de travail mises en place pendant le confinement, enfin je l’espère. Même en terme d’organisation.

 

8) Est-ce que les relations avec les familles seront les mêmes ?

En ce moment, les familles sont seules avec les enfants, elles demandent du soutien. Peut-être, dans le futur, auront-elles davantage confiance en nous, les enseignants. C’est quelque chose qui nous manque parfois...

 

9) Le confinement a commencé plus tôt pour vous ; avec ce recul, quel conseil donneriez-vous ?

J’ai eu l’occasion de visiter des écoles en France. J’ai été impressionnée par leur efficacité. Si j’avais un seul conseil à donner, ce serait d’être souple, flexible, de s’adapter. C’est la seule réponse que nous pouvons apporter.

 

Retrouvez une partie de l'interview de Sara Coccolo :

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