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Quand j'ai compris que je pouvais être responsable des échecs de mes élèves

En tant que prof, les échecs des élèves, on se les prends souvent pleine face. Comment faire pour admettre qu'on peut en être responsable et profiter de cette posture pour avancer avec eux ? Simon nous raconte comme ça s'est passé pour lui quand il a compris ça !

Il m’aura fallu du temps et beaucoup d’énergie dépensée… Des heures de préparation de séances et quelques dizaines d’enjeux s’empilant les uns sur les autres dans mon esprit… De longs moments de discussion (oscillant entre l’envie de jouer la fontaine de larmes et celle de procéder à une distribution de claques gratuites) avec mes collègues et ami.e.s… Et, surtout, plusieurs kilos de mauvaise foi matinée de culpabilité………..pour être finalement capable de me l’avouer : le problème vient quand même souvent de moi !

Je vais expliquer le pourquoi et le comment de cette révélation, tenter de vous en livrer la genèse et de vous fournir les clés de lecture que j’ai acquises au fil des ans.

Les débuts

Ayant démarré en milieu défavorisé, j’ai assez vite été convaincu qu’il était de mon devoir de préparer des séquences de travail intelligentes, innovantes, équilibrées et maîtrisées, respectueuses du rythme de chacun.e, où les élèves seraient acteurs et actrices et non réceptacles… Cet objectif, dans lequel nous nous retrouvons tou.te.s, désireux.ses que nous sommes de créer les conditions de la réussite pour nos élèves, recèle en vérité de nombreux vices cachés que j’aurai passé plusieurs années à identifier (plus quelques autres pour parvenir à les éviter systématiquement…). Mon expérience a fait émerger une sorte de cercle vicieux qui ressemblait à peu près à ça :

 

Le cercle vicieux

J’ai envie de bien faire >> J’ai envie de BIEN et BEAUCOUP préparer mes séances >> Je dépense du temps et de l’énergie (pas de problème, c’est pour la bonne cause) >> J’espère que cette énergie et ce temps porteront leurs fruits en classe >> J’ai peur de ne pas avoir fait ASSEZ (ou assez bien) >> Je culpabilise un peu >> Mes élèves étant des enfants normaux, avec des niveaux hétérogènes, ma séance se passe rarement exactement comme prévu (il y a tellement de grains de sable potentiels pour gripper la machine que je croyais pourtant avoir parfaitement huilée…) >> Je suis, au choix, déçu, frustré, en colère… >> Il m’est trop difficile d’endosser la responsabilité seul >> Je culpabilise mes élèves à coups de petites remarques et attitudes inconscientes, subtiles mais redoutables à très court terme (soupirs, yeux au ciel, décibels qui montent, « c’est quand même pas compliqué, vous avez tout le matériel ! », « vous le faites exprès ou quoi ? », « mais il y a juste à observer !! » et j’en passe, je pourrais écrire un dictionnaire des phrases assassines que j’ai employées à un moment ou un autre de ma carrière tout en refusant de voir les dégâts qu’elles causaient...) >>  Je retourne chez moi consacrer les ressources en énergie qu’il me reste à pondre une nouvelle séance qui, cette fois-ci, ne pourra que se passer comme sur des roulettes blindées……..et ainsi de suite, jusqu’à épuisement des dites ressources.


"J’ai ainsi vu mon énergie et ma patience diminuer progressivement"

Et ce jusqu’à ce que mon estime de moi-même en tant qu’enseignant, professionnel de la transmission de savoirs et infaillible référent, garant d’une pédagogie moderne et implacable, se retrouve au 3 ème sous-sol à côté des poubelles…

Mes préparations étaient emplies d’enjeux qui me dépassaient et grignotaient ma lucidité : espoir, attentes (pour moi comme pour les élèves), tension palpable en classe…qui finissaient invariablement par se transformer en pression sous-jacente à chaque séance préparée avec soin.
C’est ainsi que j’ai progressivement compris le sous-texte involontaire de mon comportement en classe : « J’ai réfléchi, longtemps, donné de mon temps pour réunir les conditions de votre réussite, vous n’avez pas le droit d’échouer ».

Pour couronner le tout, je me suis rendu compte que cette pression tapie dans l’ombre faisait écho à une autre, similaire, venant des parents. Car dans tous les milieux, le sous-texte est peu ou prou le même : argent et énergie dépensés, éducation bienveillante, enjeux d’excellence
intellectuelle ou objectif d’élévation sociale etc., tout pousse l’enfant à ressentir que les espoirs et attentes placé.e.s en lui.elle ne lui autorisent pas tant de liberté que ça…

 

On fait quoi ?

Alors, que faire, me direz-vous, une fois que la révélation vous a mis sa claque ? Evidemment aucune astuce ni réponse implacable n’existent ici, car nous parlons là de l’essence même de ce métier, qui ne peut se résumer en quelques recettes toutes faites. Je peux néanmoins vous livrer quelques pistes de réflexion que j’ai accumulées au fil des ans, qui sont peu à peu devenues des piliers de ma manière de penser mon métier. Ainsi me semble-t-il essentiel de :

- Se poser des questions, sans cesse, sur la pertinence et la précision de ce que l’on propose en classe : un mot trop complexe qui nous aura échappé dans une consigne et c’est un tiers des élèves qui se met en PLS ; une activité très ludique…mais qui n’aurait pas de sens ; un passage à l’abstraction très bien pensé…mais prématuré…sont autant de bâtons que nous nous/leur mettons dans les roues.

- Eprouver l’exercice : si je réfléchis 3 secondes avant de répondre, il y a fort à parier que mes élèves fassent un nouveau concours de combustion spontanée.

- Toujours garder en tête qu’aucun.e élève n’est en difficulté par choix. Que les pires des provocations germent dans des esprits qui souffrent. Que l’enfant qui « ne veut pas faire » préfèrerait sans nul doute « le faire avec plaisir et facilité ».

- Ne jamais oublier que nous sommes les professionnel.le.s chargé.e.s de l’épanouissement intellectuel de nos élèves (ce qui ne signifie pas nécessairement finir le programme à tout prix ou leur faire comprendre absolument tout ce qui est fait en classe…) et que celui-ci passe parfois par notre capacité à interrompre une activité, voire la jeter aux oubliettes (oui, oui, même celle que nous avons mis 2 heures à préparer mercredi…), à reconnaître une erreur dans la conception de la séance, ou encore à s’excuser quand on a manqué de discernement (promis, juré, aucun.e enseignant.e n’est encore mort d’avoir dit « Excusez moi, je m’en prends à vous alors que c’est à moi de trouver la solution et je vais la trouver, ne vous inquiétez pas !! Et si je ne la trouve pas on continuera de chercher ensemble !! Ouais !! »).

Et, parfois, tout simplement (ou pas), préparer un peu moins "

et conserver son énergie pour celles et ceux qui en ont le plus besoin : nos élèves (pas les fiches de prep…ni la machine à café…).

Nous demander de préparer sans cesse, c’est aussi nous demander de contrôler le temps, les réponses potentielles, les différences de niveaux, les difficultés de comportement, les problèmes extra-scolaires…en somme de s’assurer que RIEN ne nous échappera. Mais QUI est assez aveugle pour croire une seule seconde que cette « maîtrise » est réelle et respectueuse des êtres humains que nous avons devant nous, avec leurs particularités, leurs éclairs de génie et leurs courts-circuits ? Alors, prenons de la distance pour commencer, montrons nos failles nous aussi, et faisons confiance aux élèves en les mettant dans la boucle de ce grand projet qu’est une année en classe. En somme, traitons-les comme des partenaires en qui nous avons foi et confiance, pas comme exécutants en qui nous plaçons nos peurs et nos espoirs, ou encore comme preuves de notre « professionnalisme »…

 

Simon, PE dans le 94

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